26 Septembre 2017

Burundi: Sauti Sol, le célèbre groupe kenyan, au secours de « la dictature » au Burundi ?

Le célèbre groupe afro-pop kenyan Sauti Sol a fait deux concerts à Bujumbura le week-end dernier.

Alors que le groupe a été accueilli tambour battant comme on accueille les chefs d'Etat dans ce petit pays d'Afrique centrale, la poétesse et activiste burundaise Ketty Nivyabandi l'accuse de légitimer la dictature de Bujumbura.

Dans une lettre ouverte à Sauti Sol, la poétesse burundaise Ketty Nivyabandi écrit :

« Je ne peux pas décrire mon choc et ma consternation complète alors que je vous regarde dîner avec des représentants du même gouvernement qui a transformé moi et 500 000 autres en réfugiés. Vous regarder vous préparer à jouer dans ma ville natale, où beaucoup d'entre nous ne peuvent plus mettre les pieds par peur de la torture, du viol et de la mort aux mains des autorités actuelles, sent comme une trahison amère. Pour beaucoup d'entre nous qui adorent votre musique et la belle ambiance qu'elle nous apporte, il est difficile de concilier ce que vous nous représentez - une Afrique vibrante, jeune et brillante - avec votre concert à Bujumbura aujourd'hui ».

« En tant qu'artiste moi-même, je comprends le besoin et l'ambition de communiquer avec des publics nouveaux et divers, en particulier sur notre continent. Ce que je ne comprends pas, c'est lorsque cette connexion se produit au détriment de notre intégrité morale. Les artistes ont toujours porté les voix des sans voix, souvent à l'avant-garde des mouvements pour l'émancipation complète de nos peuples », ajoute Ketty Nivyabandi.

Ketty Nivyabandi était parmi les leaders de la contestation contre un troisième mandat illégal du président Pierre Nkurunziza en 2015. Depuis, elle vit en exil. Un rapport des experts indépendant de l'ONU a conclu récemment que les autorités burundaises ont commis depuis 2015 et continuent de commettre des crimes contre l'humanité dans un contexte de violations massives des droits humains dont les exécutions extrajudiciaires, la torture, les violences sexuelles et les disparitions forcés de personnes.

« Les despotes ont toujours demandé aux artistes internationaux de se produire dans leurs républiques impitoyables, mais cela me brise le cœur pour de vous voir vous compromettez jusqu'à ce point. Je ne suis pas certaine que vous comprenez que votre performance légitime le régime et sert son objectif de relations publiques de représenter le Burundi comme une destination «pacifique» et «amusante», au milieu des atteintes aux droits humains les plus cruelles et inhumaines », renchérit Ketty Nivyabandi dans sa lettre ouverte.

Laisser la politique aux politiciens ?

La lettre semble avoir fait son effet puisque Sauti Sol s'est senti obligé d'y répondre sur son site internet : « Au cours des années, nous avons reçu de nombreuses demandes de nos fans sur les réseaux sociaux pour venir jouer au Burundi. Lorsque nous avons reçu l'invitation de l'Association des Entreprises Kenyanes au Burundi en collaboration avec l'ambassade kenyane pour se produire à l'Exposition commerciale Kenya-Burundi pour représenter le Kenya, nous avons été heureux de saisir l'opportunité. Notre voyage et notre performance dans votre pays bien-aimé, n'étaient pas sur invitation du gouvernement de la République du Burundi ».

Les auteurs de l'album « Live and die in Africa » ajoutent que leur musique « parle de paix, amour et unité » et qu'ils « laissent la politique aux politiciens », laissant leur message parler par soi-même.

Malgré cette controverse, Sauti Sol semble avoir fait une bonne impression à Bujumbura. Le site internet burundais Akeza écrit que les kenyans ont offert « le plus grand show musical que la ville ait connu».

Et pour le blogueur de Yaga Ivan-Corneille Magagi, « le passage de Sauti Sol a fait plus de bien que de mal aux Burundais ».

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