26 Septembre 2017

Afrique du Sud: Afriforum, le porte-voix des derniers Blancs d'Afrique du Sud

Association de défense des droits de l'homme pour les uns, « lobby blanc » pour les autres, Afriforum a été créé en 2006 par des Afrikaners officiellement pour défendre « les intérêts des communautés ». Onze années plus tard, l'association est omniprésente dans le paysage médiatique et judiciaire sud-africain malgré les 5% d'Afrikaners qui composent le pays et qu'elle prétend représenter.

Lorsque la première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe, agresse une jeune Sud-Africaine à Johannesburg en août dernier ; ce sont eux qui la poursuivent en justice. Lorsqu'une fratrie de businessmen indiens est soupçonnée de corrompre le président Zuma ; ce sont encore eux qui les poursuivent en justice. La liste est longue.

Les quelque 200 employés d'Afriforum sont avocats pour la plupart. C'est grâce aux nombreuses affaires judiciaires auxquelles l'association prend part qu'Afriforum doit sa renommée et son hypermédiatisation en Afrique du Sud et dans le monde.

Elle a son propre département de poursuites judiciaires privées. A sa tête Gerrie Nel, l'ancien procureur de la République, réputé pour avoir condamné l'athlète Oscar Pistorius.

Il a quitté le secteur public en mars pour venir grossir les rangs d'Afriforum. Il a d'ailleurs participé au lancement, début septembre, du tout dernier département d'Afriforum : The Anti-racism Unit.

« C'est une nouvelle équipe spécialement dédiée à contrôler les propos racistes, qui sont en nette augmentation dans le pays », affirme Willie Spies, le porte-parole de l'association qui nous reçoit dans les locaux flambants neufs d'Afriforum, à Centurion, dans la banlieue de la capitale Pretoria. Ici, tous les panneaux sont en afrikaans, une langue issue du flamand et parlé par près de sept millions de personnes en Afrique du Sud.

Willie Spies précise que cette nouvelle unité antiraciste doit combattre toutes les formes de racisme dans la nation arc-en-ciel. Néanmoins, il ajoute rapidement que « nous observons un deux poids, deux mesures face aux nombreuses attaques.

Les propos anti-Noirs sont bien plus pénalisés que les propos anti-Blancs » Il cite notamment un chant (lien ici) entonné l'an dernier par le leader du parti d'opposition EFF, Julius Malema. Ce chant appelle à tuer les fermiers blancs, les « Boers ».

« Lobby raciste de la suprématie blanche »

Lindsay Maasdorp est un des leaders du parti extrémiste Black First Land First « Les Noirs d'abord, la terre d'abord », ennemi juré de l'association.

En juin dernier, Afriforum porte plainte contre lui et plus de cent activistes pour des appels à la haine et des propos racistes. « Je n'ai pas de temps à perdre avec les racistes d'Afriforum », lâche-t-il, exaspéré par cette association qu'il juge « hypocrite ». « Afriforum est clairement raciste.

Elle cherche uniquement à perpétuer la suprématie blanche sur le pays, qui, en réalité, ne s'est pas arrêtée dans les années 1990, affirme-t-il.

Lorsqu'ils défendent Gabriella Engels contre Grace Mugabe, pourquoi croyez-vous qu'ils le font ? Ce n'est certainement pas pour défendre la jeune mannequin, mais évidemment pour se confronter aux Mugabe, qui, eux, ont osé affronter les Blancs ».

Au centre du combat de Black First Land First, l'attribution des terres aux populations noires. Aujourd'hui, environ 70% des terres sud-africaines appartiennent à des fermiers blancs. C'est également l'un des nombreux combats qu'Afriforum porte devant la justice.

L'association défend par exemple près de 45 000 fermiers blancs expropriés au Zimbabwe. Elle communique souvent à grand renfort de spots publicitaires comme Ons Was Daar (« Nous étions là » en afrikaans).

Un Etat parallèle

Au vu de son influence et de ses nombreux services, Afriforum est plus qu'un simple contre-pouvoir. « Afriforum, c'est un Etat parallèle, c'est un Etat dans l'Etat », selon Hein Willemse, professeur de littérature afrikaans à l'Université de Pretoria.

Lui est coloured (métisse). Il s'inquiète surtout de l'instrumentalisation de l'afrikaans par le puissant lobby. « Ils disent qu'ils représentent une communauté de langue, mais ce n'est pas vrai.

Ce sont des nationalistes et des opportunistes qui cherchent à défendre les intérêts blancs ». Il précise que l'afrikaans est parlé en majorité par des gens de couleur (60%) que par des Blancs (40%).

L'hydre Afriforum s'étend dans tous les secteurs de la société. Le porte-parole Willie Spies ne connaît même pas entièrement la liste des services proposés.

Car outre son unité antiraciste et de poursuites judiciaires, Afriforum bénéficie de ses propres universités, de ses propres écoles et même de son propre groupe de médias. Willie Spies est d'ailleurs depuis peu le manager de Radio Pretoria ; une radio qui, tout un symbole, n'émet qu'en afrikaans.

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