1 Octobre 2017

Tunisie: Pourquoi sommes-nous si hésitants à appliquer la loi ? (suite et fin)

Sentant un certain laxisme et beaucoup d'hésitation de la part du gouvernement, les malfrats dans les domaines de la corruption, de la contrebande, de la fraude fiscale, des tromperies de toutes sortes (fourniture de viande avariée, de viande d'âne et de chat, égorgement de bêtes mortes, la gestion de certains abattoirs, salamis avariés, préparation impropre des kakis pour enfants, etc.) s'en sont donné à cœur joie pour faire fortune au détriment du peuple qui souffre en silence tellement la vie est devenue difficile dans notre pays, dans ce pays où, il y a une décennie,Tunis était classée parmi les cinq villes les moins chères du monde.

D'autre part, des gangs dans différents domaines se sont formés dans plusieurs régions de l'intérieur, pour fonctionner en pays conquis tellement leurs œuvres sont réalisées avec beaucoup de facilités et énormément d'assurance. On se croirait dans les favelas sud-américaines : en effet, des gangs spécialisés dans l'attaque, de nuit, de demeures où ils pénètrent par effraction pour ligoter les propriétaires, et prennent tout leur temps pour chercher et trouver l'argent et les bijoux qui sont faciles à cacher ou à écouler. Ils repartent tranquillement sans être inquiétés le moins du monde.

D'autres volent les voitures et après quelques jours, le propriétaire est contacté par un messager ou même par téléphone et est sommé de payer une rançon pour récupérer son véhicule. La plupart des victimes, ayant peur et n'osant pas avertir les forces de l'ordre, acceptent les conditions et suivent les instructions du voleur pour récupérer leurs biens.

Une autre catégorie de gangs est celle qui plante des herbes et des plants destinés aux stupéfiants. Il semble que les quantités dépassent, maintenant, les quelques plants habituellement plantés dans des bacs à fleurs pour occuper d'importantes surfaces. On ne peut pas ne pas se demander pourquoi tout cela n'était pas aussi développé avant 2011 ? C'était, tout simplement, la peur d'être, sévèrement, sanctionné qui les empêchait de commettre pareils forfaits.

Beaucoup de nos concitoyens croient que tous ces gangs, ainsi que les barons de la contrebande, du marché parallèle et ceux qui ne paient pas le fisc ont commencé à décupler leurs actes répréhensibles et à agir ainsi, avec force et en puissance, parce que le code pénal n'est pas assez sévère. Faut-il penser d'urgence à le faire réviser pour que les sanctions, c'est-à-dire l'incarcération, c'est-à-dire la prison soient des plus exemplaires.

C'est seulement ainsi que les malfrats et leurs acolytes réfléchiront mille fois avant de continuer leurs basses besognes. Il faut faire promulguer, et le plus tôt possible, des textes de loi avec des sanctions des plus dissuasives. La fraude fiscale est punissable de prison dans de très nombreux pays. Pourquoi ne pas faire autant si cela n'existe pas chez nous ?

Notre pays serait, d'après les experts en fiscalité, doté de capacités financières lui permettant de ne pas avoir recours à l'emprunt extérieur. De nombreux médecins et avocats qui paieraient une taxe forfaitaire de 500 à 1000 dinars par an comme impôts alors qu'ils devraient payer 20 à 40 fois plus au minimum.

Pourquoi ne pas responsabiliser l'ordre des médecins et l'association des avocats et leur demander de faire des propositions concrètes et sérieuses à ce propos et ce, en vue de payer les impôts sur les gains réels et non forfaitaires? Devrons-nous détacher, pendant des mois, des comptables auprès des cabinets de ces messieurs pour avoir une juste idée sur leurs gains réels ? Après tout, pourquoi ne pas le faire, à titre d'essai, auprès d'un certain nombre d'entre eux, tirés au hasard ?

L'économie du commerce parallèle représenterait 35% du produit intérieur brut (PIB). 35% de la richesse produite par les Tunisiens sont issus de l'économie parallèle.

Certains experts estiment que si ce pourcentage (35%) était inclus dans le circuit formel, l'État pourrait bénéficier de 28 milliards de dinars, soit le montant du budget de l'État pour une année.

D'autres questions, les unes aussi importantes que les autres, sont, régulièrement, éludées, telles que la recherche des responsables des recrutements de nos jeunes envoyés aux foyers du terrorisme, en Syrie, en Irak, en Libye et ailleurs ! Pourquoi cet effort et ces initiatives n'étaient pas utilisés pour convaincre la jeunesse tunisienne qui remplit, quotidiennement, les cafés, à effectuer leur devoir du service national pour participer au combat contre les terroristes dans notre pays en vue de les éliminer ou de les en chasser une bonne fois pour toutes ?

C'est surtout lors de ces moments difficiles qu'on distingue le bon grain de l'ivraie. Notre pays traverse une période très dure de son histoire, presque aussi dure que celle qu'a connue Carthage lors de ses péripéties avec Rome. Sa jeunesse s'est révoltée pour la liberté, la dignité et le travail. Certains gouvernements, au début de la révolution, n'ayant aucune expérience du pouvoir, ont dépensé sans compter et ont même utilisé les réserves destinées aux générations futures.

Ces dépenses inutiles qui n'ont pas servi au développement des régions défavorisées de l'intérieur mais à payer les salaires des dizaines et des dizaines de milliers de personnes injectées dans la fonction publique qui n'en avait aucunement besoin.

Les dédommagements attribués, et tel ministre de l'Education qui ramena le volume horaire hebdomadaire des enseignants du primaire de trente à quinze heures, mesure unique au monde mais qui nous a obligés à doubler les effectifs de ces enseignants ainsi que leur masse salariale, tel autre ministre de l'Intérieur qui accorda, en une seule fois, jusqu'à trois avancements à des milliers de personnels,mesure et décision inédites, sans se soucier des répercussions budgétaires, tout cela ajouté à l'arrêt de la production de phosphate durant des années, sont à l'origine de nos problèmes financiers.

Ceux-ci ne pourront être réglés que par un sursaut d'orgueil, d'éveil, de conscience et d'honneur de ceux qui croient en ce pays et qui l'aiment, de ceux à qui ce pays a tant donné, ce pays, la Tunisie, l'héritière de Carthage qui, a dominé la Méditerranée occidentale durant des siècles et qui aujourd'hui, lance un vibrant appel à tous ses enfants, vivants sur son sol et à l'étranger, pour leur dire que le moment est grave et que chaque Tunisien doit prendre ses responsabilités pour sauver nos trois mille ans d'histoire, pour que nos enfants et nos arrière-petits-enfants retrouvent le beau pays qu'il a, toujours, été, durant ces millénaires : laborieux, ouvert, généreux, agréable, hospitalier et toujours accueillant.

La Tunisie, l'héritière de Carthage, compte sur ses enfants... Alors, ne la décevez pas !

Tunisie

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