2 Octobre 2017

Burkina Faso: Rentrée politique du CDP / Achille Tapsoba, le président par intérim - « Maintenant, nous sommes pour l'alternance »

« Relancer le parti dans la cohésion et la solidarité », c'est sous ce signe que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a tenu à Ouagadougou le 30 septembre 2017 sa rentrée politique. « L'ex-parti-Etat, « qui entend marquer par cette démonstration de force son retour sur la scène politique, ne cache plus son ambition de reconquérir le pouvoir qu'il a perdu les 30 et 31 octobre 2014. « Nous sommes convaincus de la possibilité de l'alternance », a notamment déclaré son président par intérim, Achille Tapsoba.

Des « CDP ! victoire ! », scandés par des militants en feu, s'élèvent sur Kwame-N'krumah. Il y a comme un air de nostalgie ce samedi après-midi au siège de l'ex-parti au pouvoir. Le lieu est bondé de monde.

Certains militants ont ressorti du placard des habits en pagne aux motifs et couleurs du CDP. Le tissu a peut-être pris un coup de vieux mais l'honneur est sauf : l'épi et la daba, éternels emblèmes de cette formation politique, sont toujours là.

Le CDP aussi. Le parti revient de très loin. Après l'insurrection populaire, il a perdu de sa superbe malgré un score honorable aux élections législatives du 22 mai 2016.

Cette traversée du désert n'est plus qu'un mauvais souvenir, le CDP se sent pousser des ailes. C'est du moins le message qu'entendaient donner les responsables du parti par la tenue de cette rentrée politique.

« Les vents violents passent, les tornades passent et repassent, le CDP reste », s'est exclamé son président par intérim, Achille Tapsoba, devant une foule électrisée.

Autre symbole de cette « résurrection », c'est au siège historique du mouvement, qui a subi par « quatre fois des violences », la dernière en date ayant eu lieu le 30 octobre 2014, que s'est tenue cette démonstration de force.

« Comme son siège, le CDP reste debout », a lancé Achille Tapsoba. Et celui qui conduit provisoirement le navire de remercier les militants pour leur fidélité dans la tourmente.

Même si l'ancienne majorité veut donner l'image d'une seconde jeunesse, le président de la commission ad hoc chargée de remettre sur pied l'ex-parti-Etat, Léonce Koné, tempère : « Nous ne disposons plus des moyens que nous assurait le fait d'être un parti au pouvoir. »

D'où la sobriété avec laquelle se tient cette rencontre malgré la ferveur militante. « Cette activité tranche avec l'apparat et la débauche de moyens auxquels notre parti était habitué.

Si cette sobriété est dictée par les circonstances, elle est aussi voulue », a indiqué Léonce Koné avant de lancer une pique à peine voilée à leurs ex-camarades du MPP : « Nous faisons de la politique, pas du spectacle. Et je puis vous assurer que lorsque cela sera nécessaire, nous saurons reprendre les meetings géants recto verso avec intercalaire. »

Le CFOP a eu aussi son clin d'œil : « Nous allons améliorer cette forme d'expression politique en nous inspirant de l'expérience de nos partenaires de l'opposition sur les marches meetings ». « Mais sans débordements », s'est-il empressé de préciser.

Pour Achille Tapsoba, la mobilisation constatée ce samedi est un message passé à la classe politique. « Nous avons eu l'opportunité de connaître la chute. Mais qui sait tomber sait se relever. » Le parti, a assuré son président par intérim, « a tiré tous les enseignements, toutes les leçons de l'insurrection populaire».

Le CDP nouvelle version s'est d'abord attelé à la remise sur pied de ses organes de base, en commençant par les sections provinciales.

Le jour même de la rentrée politique, le bureau politique a validé le renouvellement d'une quarantaine de sections. Le travail se poursuivra dans les semaines à venir, a souligné Léonce Koné.

L'objectif final est que le parti de l'épi et de la daba soit de nouveau présent sur toute l'étendue du pays, « depuis les villes jusque dans les hameaux les plus reculés », a-t-il poursuivi.

Et de donner ce message : « Ceux qui nous choisiront pour alliés dans les luttes politiques futures pourront compter sur une force de mobilisation de grande ampleur, revigorée et motivée à bloc. »

Désormais le parti de Blaise Compaoré ne cache plus ses ambitions, dira son président intérimaire, qui assure par ailleurs la présidence tournante de la CODER depuis deux mois : « Nous voulons gagner les prochaines batailles dans la transparence, la légalité. « Qui l'eût cru ? » a-t-il lui-même reconnu.

« Il y a trois ans, nous voulions que Blaise Compaoré continue, aujourd'hui nous sommes pour l'alternance », a déclaré Achille Tapsoba. Avant de se livrer à une critique acerbe du pouvoir actuel.

Le plan Marshall du régime, le PNDES, a-t-il dit, a « accouché d'une souris ». « Avant, à notre époque, on disait que la vie était chère, elle était dure, maintenant, à l'époque de certains, la vie est plus que cailloux, elle est rock ».

A propos des dossiers judiciaires qui concernent des militants ou des personnes jugées proches du CDP, Achille Tapsoba s'est dit d'accord sur le principe, mais, a-t-il fustigé : « Nous ne voulons pas d'une justice à deux vitesses, à deux gabarits,... bref, une justice des vainqueurs ».

Après avoir demandé la permission aux représentants de partis politiques invités, dont Soumane Touré et Ali Badra Ouédraogo, Achille Tapsoba a eu une pensée pour « le fondateur du parti, le bâtisseur », Blaise Compaoré. Se sont ensuivis pendant un bout de temps des « Blaiso », « Blaiso », à se faire entendre jusqu'à Abidjan.

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