2 Octobre 2017

Afrique: Les organisations régionales africaines sont-elles des machines à trahir les aspirations profondes des peuples ?

Les crises qui secouent les pays africains interrogent la capacité de l'Union Africaine (UA) et ses organisations sous-régionales à contribuer à la concrétisation des aspirations légitimes des peuples.

Outre le cas du Gabon où la crise née des élections contestées d'août 2016 joue les prolongations, au Togo la crise née des manifestations monstres des populations exigeant le retour à la constitution de 1992 et le départ du Président Faure Gnassingbé peine à trouver une issue. Pendant ce temps, en Ouganda, des populations manifestent leur exaspération face aux velléités de modification de la constitution par le pouvoir en place.

Alors que des personnalités africaines en appellent à une implication plus active de la Cedeao au Togo, l'Union européenne ne lâche pas le Gabon et on assiste à un silence complice de la communauté internationale en Ouganda.

Au Gabon, Ali Bongo veut des élections à deux tours sans limitation des mandats

Le gouvernement gabonais vient d'adopter un projet de loi prévoyant des élections à deux tours sans limitation des mandats. Chose curieuse, ce projet prévoit un mandat unique de 9 ans non renouvelable pour les membres de la Cour Constitutionnelle, mais reste muet sur la limitation des mandats présidentiels. Un autre subterfuge inventé par le pouvoir d'Ali Bongo dans la suite du dialogue organisé récemment avec une frange de l'opposition.

Comme on le sait, Ali Bongo a été réélu suite aux élections d'août 2016, dans des conditions troubles sans commune mesure avec les insuffisances ayant poussé récemment David Maraga et la Cour Suprême du Kenya à annuler la réélection du président Uhuru Kenyatta.

La mission d'observation électorale de l'Union européenne (MOE) avait dénoncé dans son rapport, des anomalies ainsi que les coupures et fortes restrictions d'Internet décidées après l'annonce des résultats provisoires. Cette élection controversée a fait l'objet d'une résolution votée par le Parlement européen le 14 septembre et qui « demande aux autorités gabonaises (... ) de mettre un terme à tous les actes de harcèlement, d'intimidation et de persécution contre les opposants, et de prendre des mesures concrètes pour garantir la liberté d'expression ».

Ladite résolution, deuxième du genre, invite clairement la France et le Président Emmanuel Macron à clarifier leur position face à la fraude électorale et la violence avérées qui ont découlé de l'élection présidentielle du 27 août 2016. Il est question également de mettre en place des sanctions ciblées contre les affidés du régime oppressif de Libreville[1]. Le gouvernement gabonais n'a d'ailleurs, pas tardé à dénoncer un acharnement.

Difficile de comprendre pourquoi c'est l'Union européenne qui monte au créneau pour défendre les aspirations du peuple africain du Gabon alors que l'Union Africaine qui s'était empressée de prendre acte de l'élection de Ali Bongo après la décision de la cour constitutionnelle reste muette.

En Ouganda, des velléités d'installation d'un pouvoir dynastique suscitent des craintes dans la population dans une quasi-indifférence de la communauté internationale

Depuis quelques jours, les séances du parlement Ougandais sont transformées en véritable pugilat. En cause, une proposition de loi introduite par le parti de Yoweri Museveni, et qui vise à déverrouiller la clause limitative d'âge qui frappe la fonction présidentielle. Cette révision constitutionnelle viserait à permettre au Président Museveni de se représenter en 2021. Selon le site allafrica.com, certains soupçonnent l'existence d'un plan de succession qui fait du probable héritier du trône, son fils.

Pour des acteurs de la société civile, les Ougandais craignent le chaos. Selon Farida Rure[1], activiste de la société civile en Ouganda, le peuple est à bout de patience. Ce climat de tension qui pourrait exploser à tout moment, ne semble pas encore susciter l'attention de l'Union Africaine, ni de la communauté internationale.

Il faut rappeler que le Président Museveni n'en est pas à son coup d'essai. En 2005, la Constitution avait été modifiée pour supprimer la limitation à deux mandats présidentiels, lui permettant ainsi de briguer autant de mandats que possible.

Au Togo, de plus en plus sollicitée pour une implication active, la Cedeao semble avoir du mal à sortir du bois

Depuis plusieurs semaines, les Togolais manifestent pour réclamer le retour à la constitution de 1992. Le pays traverse une crise politique majeure. Des rassemblements d'ampleur historique[2] ont eu lieu début septembre, au cours desquels les populations demandaient la mise en place de réformes et le départ du président Faure Gnassingbé au pouvoir depuis 2005. Le gouvernement avait proposé une réforme constitutionnelle qui prévoit d'instaurer un scrutin uninominal majoritaire à deux tours ainsi qu'une limitation des mandats présidentiels, mais sans effet rétroactif. Ce que récuse l'opposition. Le projet de loi n'ayant pu obtenir la majorité requise des 4/5e des voix pour être adoptée directement par le parlement, il faudra recourir à un référendum.

Comme le résume le site allafrica.com, « c'est la légitimité même du pouvoir de Faure qui pose aujourd'hui problème aux Togolais dont une large frange ne réclame ni plus ni moins que son départ du pouvoir ». Les forces de l'opposition qui ont retrouvé une unité d'action, restent déterminées à aller jusqu'au bout des revendications du peuple.

Alors que les populations du nord Togo fuient vers le Ghana voisin, la crise politique actuelle commence à peser sur l'économie du pays. En effet, les journées de marches pacifiques ainsi que les coupures d'Internet ont un coût pour l'économie du pays dont la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et on apprend que l'ancien président du Ghana John Jerry Rawlings demande l'intervention de la CEDEAO[3]. C'est d'ailleurs sa deuxième prise de parole directe depuis les manifestations d'août au Togo.

Dans une première consultation, la Cedeao avait demandé aux différentes parties de dialoguer. Puis, silence radio. On comprend quelque part les difficultés que peut avoir l'organisation sous-régionale à se positionner, sa présidence tournante étant actuellement assurée par le Président du Togo.

L'Union Africaine et ses organisations sous-régionales ont-elles atteint leurs limites ?

Après son succès en Gambie, on se demande jusqu'où ira la CEDEAO au Togo ? Surtout quand on considère que la crise actuelle au Togo est le résultat du non-respect de précédents accords signés entre les acteurs politiques togolais sous l'œil bienveillant de la Communauté internationale.

Concernant le Gabon, on se demande pourquoi c'est l'Union européenne et non l'Union Africaine qui monte au créneau ? L'UA aurait-elle sous-traité la question Gabonaise à ses bailleurs de fonds ? Quel deal secret a-t-elle négocié sur le dos des populations oppressées du Gabon, et globalement sur le dos de tous les fils et filles de l'Afrique qui aspirent à l'émancipation du Continent noir ?

En Ouganda, pour terminer, le sentiment d'inquiétude doublé de résignation des populations ne semble guère émouvoir l'organisation panafricaine et plus globalement l'ensemble de la Communauté internationale. Pour le politologue congolais Alfred Shango Lokoho, « la communauté internationale face à la multiplication des foyers d'instabilité, n'ose pas justement trop le (Museveni ndlr) critiquer, se disant qu'il y a encore le brasier congolais qui est là, on voit ce qui se passe au Burundi, donc on voudrait quand même que cette région reste plus ou moins stable dans l'Afrique de l'Est »[1].

Comme cela est de coutume, en se drapant dans ce sacro-saint principe de non-ingérence couplée à une certaine diplomatie de l'ombre, souvent aux résultats contraires aux aspirations des peuples, l'Union Africaine ne sert ni l'émancipation ni la renaissance de l'Afrique. Incapable de s'autofinancer, elle attend peut-être des instructions de ses financeurs pour savoir quel levier actionner pour préserver le réseau qui fait du continent sa chasse gardée. Cette « minorité dominante », comme l'appelle Arnold Toynbee et « qui correspond dans le contexte africain à une élite corrompue, avide d'avantages matériels, plus soucieuse de proclamer ses droits que de faire face à ses lourdes responsabilités historiques »[2].

En tout état de cause, l'UA continue tristement de démontrer après un demi-siècle d'indépendance que les Africains ne méritent pas leurs dirigeants. Des Chefs d'Etat qui, en plein 21e siècle où de multiples recherches et des exemples patents déconstruisent les théories du grand homme et des grands traits en matière de leadership, continuent à s'imaginer comme des « leaders providentiels », des illuminés ou encore des envoyés des dieux pour régner ad vitam aeternam. Et, c'est rafraichissant de savoir, comme l'annonce Alain Mabanckou, que le printemps de l'Afrique subsaharienne est à l'horizon ! Avis donc aux dirigeants africains qui négligent leurs peuples.

Togo

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