2 Octobre 2017

Tunisie: Le texte, le nomade et l'exilé volontaire

Passion nomade à deux dimensions

Car ce roman de soi est rempli à ras-bord de notes de lectures romancées où l'auteur s'imagine à chaque fois héros de l'un de ses romans favoris, de plus en plus nombreux, qui se tissent autour des faits autobiographiques. Le petit Hassouna ouvre les yeux à 5 ans sur les livres et la magie de la narration à partir d'un mystérieux coffre vert de son oncle qui se révèle follement épris de la littérature amenée dans le sillage de la tradition du Prophète (saaws), à commencer évidemment par le Coran. Il hérite cet amour pour les lettres alors que le village aussi semble s'éveiller, construit une école où vont aussi les filles. Les lumières s'insinuent.

Ces premières illuminations sont émaillées d'un flux impressionnant d'anecdotes d'enfance où le point de départ est, comme de juste, un roman ; "Majdoline" de Mustapha-Lotfi Manfalouti, le premier qu'il lit après le Coran. C'est Hamid, "aventurier" du village, qui propose le troc : il l'offre à Hassouna si celui-ci veut bien lui écrire une lettre d'amour à sa bien-aimée. Le voici auteur à honoraires.

A 15 ans, il entre au lycée de Hafouz, la petite ville toute proche, et c'est là qu'il s'inscrit à la bibliothèque qui lui donne accès à une somme immense de lecture à laquelle il n'avait jamais osé rêver. Déjà, par les volumes, il voyage, la passion nomade se saisit de lui, elle ne le lâchera plus jamais. Mais ce ne sont pas seulement les livres qui sont en cause.

Exil imposé, exil volontaire

"Tous mes voyages sont une vengeance de la privation que j'ai subie à l'enfance. Les montagnes et les collines entouraient mon village de toutes parts, m'interdisant de voir au-delà, alors que les aînés disparaissaient souvent puis revenaient avec des histoires fantastiques sur des villes étonnantes", cogite celui qui n'a vu la mer qu'à l'âge de 15 ans. Mais maintenant il en a dix-sept et il est à la capitale. Il achète ses propres livres, à lui, à la rue Zarkoune réputée pour ses dizaines de milliers de livres d'occasion. Il devient enclin à la solitude et son monde intérieur se développe pour accueillir un nouvel amour ; celui du cinéma. Ses pensées sont concentrées sur l'analyse incessante de ses lectures digérées et re-digérées à satiété. C'est un provincial dans la capitale et sa soif est insatiable.

A l'Université, il s'éprend d'une jeune fille mais c'est aussi le moment où il lit "L'amant de Lady Chatterley", comprenant progressivement toute la complexité de la personnalité de l'héroïne qui lui fait rapidement oublier cette jeune Tunisienne encore à l'état brut. Ses recherches lui font découvrir qu'il n'existe aucun parallèle à cette personnalité "libre" dans la culture arabo-musulmane, à l'exception peut-être de Aïcha Bent Talha qui était un esprit libre tenant quasiment salon littéraire à l'aube de l'islam. Le parallèle le frappe : Chatterley a eu de nombreux amants, Aïcha a eu de nombreux époux.

Hassouna Mosbahi poursuit son ascension, s'arrête longuement (en plus de 100 pages) sur la Russie et surtout Dostoïevski puis sur la lointaine et mystérieuse civilisation japonaise.

Une première boucle est bouclée quand il retourne au village sans le sou, exclu de son poste d'enseignant pour des raisons politiques. Il y passe quelque temps puis quitte le pays pour n'y revenir que vingt ans plus tard. Depuis lors, il retourne à l'exil qui n'est plus imposé mais volontaire, encore et encore. Son âme est devenue nomade.

"A la poursuite de la félicité", 281p., mouture arabe

par Hassouna Mosbahi

Editions Arabesques, 2017

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