2 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Impossibilité de tenir les élections avant le 31 décembre 2017 - Une victoire d'étape pour Joseph Kabila

analyse

En République démocratique du Congo, le successeur de Joseph Kabila ne sera pas connu avant le 31 décembre 2017 comme le prévoyait l'accord de la Saint-Sylvestre dernière, arraché de haute lutte par la Conférence épiscopale congolaise (CENCO), au terme de négociations âpres et serrées entre le pouvoir d'un Joseph Kabila constitutionnellement en fin de mandat depuis décembre 2016 et une opposition qui tient à l'alternance. Et pour cause.

Depuis la signature dudit accord qui laissait pratiquement un an au pouvoir pour organiser l'élection présidentielle, rien n'a été véritablement fait pour tenir le délai au point que le délai constitutionnel de 90 jours prévu par la loi pour la convocation du corps électoral dans le cadre de l'organisation du scrutin, a été dépassé depuis le 1er octobre dernier. Plus de doute donc que la date butoir du 31 décembre 2017 ne sera pas tenue.

Le président congolais a su jouer la montre

Aussi, ceux des adversaires du président Joseph Kabila qui piaffaient d'impatience de le voir débarrasser le plancher au plus tard dans trois mois, devront se résoudre, bon gré mal gré, à le supporter encore au-delà de cette date. C'est donc une victoire d'étape pour le président congolais qui doit certainement boire son petit lait, en attendant de voir les choses venir.

Car, sauf tremblement de terre, cataclysme ou autre événement inattendu, on ne voit pas comment le locataire du Palais de marbre pourrait ne pas continuer à occuper son fauteuil, après cette date. Et bien malin qui saurait dire jusqu'à quand, tant le calendrier électoral qui est sur toutes les lèvres, se fait pourtant encore attendre, avec un président de la Ceni qui ne veut se risquer à avancer aucune date. Kabila, qui est visiblement dans la logique du j'y suis, j'y reste, semble donc avoir habilement manœuvré pour retourner la situation en sa faveur, en profitant des failles d'un accord qui était tout sauf contraignant pour lui.

En effet, sans remettre quoi que ce soit en cause, l'un des reproches que l'on pourrait faire à l'accord de la Saint-Sylvestre, c'est d'avoir présumé de la bonne foi du président Kabila en croyant qu'il s'y plierait en en respectant scrupuleusement les clauses. Aujourd'hui, force est de constater que c'était faire preuve de naïveté, puisque l'on s'achemine inexorablement vers la mort programmée de cet accord sans une évolution notable de la situation.

Or, jusque là, c'était le seul texte sur lequel l'opposition pouvait se fonder pour se targuer de tenir encore Joseph Kabila par la barbichette. Mais tout porte à croire que le président congolais a su jouer la montre en usant de la langue de bois pour conduire à l'abattoir un accord qu'il n'a jamais vraiment porté dans son cœur. Aussi, à l'expiration de ce dernier le 31 décembre prochain, l'on se demande ce qui va se passer en RD Congo.

Après les funérailles de l'accord de la Saint-Sylvestre, Kabila voudra renégocier un nouveau contrat avec son peuple

La Cenco va-t-elle jeter l'éponge ? Que va faire l'opposition ? De quels moyens dispose-t-elle pour contraindre Joseph Kabila au départ ? Va-t-on vers une impasse ? Autant de questions qui sont loin de trouver réponse dans l'immédiat tant l'avenir s'avère des plus incertains.

Mais l'on ne serait pas étonné qu'après les funérailles de l'accord de la Saint-Sylvestre, Joseph Kabila veuille renégocier un nouveau contrat avec son peuple, en se remettant dans la course à sa propre succession. Peut-être est-ce même le but de la manœuvre. Car, pour lui, la fin justifiant sans doute les moyens, il attend certainement son heure pour sortir du bois et dicter un calendrier qui ne pourrait qu'aller dans le sens de ses intérêts.

C'est pourquoi l'on ne peut s'empêcher de penser que le calendrier électoral promis, ne sera connu que lorsque Kabila aura eu toutes les garanties de pouvoir prendre part à une compétition électorale dont il est hors de question qu'elle puisse lui échapper. Et il y a lieu de croire que cet appel aux exilés, à rentrer au bercail pour l'organisation de ces fameuses consultations électorales dont la date n'est même pas encore connue, participe de la stratégie de faire rentrer au pays des opposants gênants comme Moïse Katumbi, pour mieux les embastiller et se dégager un boulevard à sa propre succession.

D'autant plus que depuis la mort de son charismatique leader, Etienne Tshisékédi, l'on a le sentiment que l'opposition peine véritablement à parler d'une même voix et à tenir le pari de la mobilisation des troupes pour maintenir la pression sur Joseph Kabila. C'est pourquoi l'on est fondé à croire que le chef de l'Etat congolais est bien parti pour ne pas quitter de sitôt le pouvoir en RD Congo.

En tout état de cause, il est affligeant de voir comment un grand pays comme la RD Congo peut être l'otage d'un petit président comme Joseph Kabila. C'est pourquoi les Congolais doivent comprendre que s'ils veulent vraiment le départ de leur président, ils doivent se retrousser davantage les manches en comptant sur leurs propres forces.

Car, de l'Organisation des nations unies à l'Union africaine en passant par l'Union européenne, ce ne sont pas les appels à la raison ni les pressions qui auront manqué sans pouvoir faire entendre raison au maître de Kinshasa qui est toujours resté droit dans ses bottes. Par conséquent, il appartient au peuple congolais de prendre son destin en main, s'il veut changer le cours de l'histoire. Autrement, il risque de continuer, pour longtemps encore, à ronger ses freins avec un Kabila éternel au pouvoir.

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