3 Octobre 2017

Cameroun: Enjeux pétroliers autour de la crise anglophone

Une entreprise canadienne a d'ores et déjà signé avec des sécessionnistes, un contrat d'exploration des réserves de Bakassi.

La radicalisation des contestataires les deux régions anglophones du Cameroun, avec des explosions récentes de bombes artisanales dans la ville de Bamenda, ainsi que les «marches pacifiques» coordonnées intervenues dans différentes villes du Sud-Ouest et du Nord-Ouest le 22 septembre dernier, commencent à trouver des explications géostratégiques.

En effet, a-t-on pu apprendre de très bonnes sources, en novembre 2012, le «Government of the Southern Cameroons», mis en place par des Camerounais de la diaspora et revendiquant la partition du pays, a signé avec la société canadienne Kilimandjaro Capital Ltd, un ensemble d'accords d'exploration pétrolière sur les réserves de Bakassi, territoire réputé riche en pétrole sur lequel la communauté internationale a finalement reconnu la souveraineté du Cameroun, après un long feuilleton judiciaire avec le Nigeria.

«Nous sommes optimistes pour les perspectives dans l'enclave du Cabinda (Angola, Ndlr), au Biafra (Nigeria) et dans le Southern Cameroons, sur le long terme. La politique dans ces régions favorise l'autodétermination éventuelle. Ces actifs ont des coûts de transport minimaux et une énorme marge de progression en cas de succès. Nous observons également la situation au Zimbabwe et attendons des opportunités pour y arriver, notamment dans la région de Matabeleland, lorsque le gouvernement Zanu-PF de Mugabe finira par quitter le pouvoir», a confié Zul Rashid, le CEO de Kilimandjaro Capital Ltd, dans une interview accordée à la plateforme Marketwired le 11 août 2014.

En clair, cette entreprise pétrolière canadienne a fait de l'instabilité politique dans certains pays africains, son principal fonds de commerce. Kilimandjaro Capital Ltd mise ainsi sur le renversement de certains régimes politiques au pouvoir en Afrique, comme au Zimbabwe, ou encore sur le succès de certaines revendications séparatistes, comme au Nigeria et depuis un certain temps au Cameroun. «Ce genre d'actifs est très bon marché et peut rapporter énormément en cas de succès», s'est même laissé aller le CEO de Kilimandjaro Capital Ltd dans son interview à Marketwired.

Face à la propension de cette entreprise pétrolière canadienne à ne s'allier qu'à des groupements indépendantistes, pour des contrats pétroliers reposant essentiellement sur le succès des revendications politiques parfois violentes, l'ONG Global Witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles dans les pays en développement, avait déjà tiré la sonnette d'alarme dans un rapport publié en novembre 2015.

Tout en précisant qu'il est «extrêmement difficile de vérifier les véritables intentions de Kilimandjaro, associé à des groupes séparatistes», ce rapport de Global Witness précisait que pour ce qui est du «cas du Cameroun, l'exigence de l'accord (d'exploration pétrolière, Ndlr), visant à obtenir une indépendance totale (des deux régions anglophones du pays, Ndlr), incitera le mouvement (sécessionniste camerounais, Ndlr) à ignorer les alternatives pacifiques recommandées par la communauté internationale».

A l'aune de cette analyse un brin prémonitoire, l'on peut comprendre la mutation des revendications corporatistes lancée par les avocats et les enseignants dans les deux régions anglophones du Cameroun en octobre 2016, en de véritables revendications politiques visant désormais la partition du pays ; en dépit des mesures d'apaisement prises par les autorités gouvernementales pour un retour à la normale dans cette partie du Cameroun (recrutement de 1000 jeunes Camerounais bilingues pour le secteur éducatif, remplacement de certains magistrats francophones dans les tribunaux du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, création d'une Commission du bilinguisme et du multiculturalisme, rétablissement de l'internet dans les régions anglophones après plus de 03 mois d'interruption, libération des leaders anglophones interpellés, etc.)

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