2 Octobre 2017

Cameroun: Des gamins forcés à l'exode rural

Faute d'établissements scolaires fiables, des enfants de moins de 5 ans des villages quittent leurs parents pour Messamena et d'autres localités.

Le 8 septembre dernier, trouver des enfants en âge scolaire dans certaines familles est chose rare dans plusieurs villages de l'arrondissement de Messamena. Alain Bidja, âgé d'une trentaine d'années est agriculteur à Kabillone, village situé à une cinquantaine de kilomètres de Messamena, dans le département du Haut-Nyong, région de l'Est.

Il est marié et père de cinq enfants dont le dernier est âgé d'à peine 3 ans. C'est douloureusement qu'il s'est séparé desdits enfants. « Ils sont chez mes beaux-parents non loin d'Abong-Mbang. C'est là-bas que nous les avons inscrits à l'école. Parce qu'ici, il n'y a pas d'enseignants, le niveau de ceux qui y vont est très bas », explique-t-il.

Mais si ce parent a eu la chance de loger sa progéniture en « lieu sûr », comme il s'en vante, son ainé Destin Mati n'est pas logé à la même enseigne. « J'ai été obligé de vivre une année de divorce forcé avec mon épouse. Elle s'est installée à Yaoundé avec nos enfants pour leur permettre de fréquenter des écoles dignes de ce nom. Ici, les écoles ont des problèmes d'infrastructures et de personnel», se lamente M. Mati père de plusieurs enfants qui fréquentent le secondaire pour les uns, le primaire et la maternelle pour les autres.

Seulement, l'expérience de Yaoundé, il n'a pas pu la rééditer cette année. « Les dépenses étaient énormes. Je devais payer le loyer à 35.000Fcfa, assurer leur alimentation à la maison, leur donner l'argent de poche et de taxi. Je n'ai pas pu épargner un seul sous durant toute l'année. Pourtant avec ma tronçonneuse et mes champs, j'ai un revenu non négligeable », déroule-t-il.

Quoi que partie de Yaoundé, la progéniture de Destin Mati n'est pas à l'école du village. « Ils sont à Messamena avec l'avantage que je ne paie pas de loyer. Ils habitent la petite case que j'ai construite là-bas. Pour leur nutrition, leur mère peut les approvisionner quand ce n'est pas moi-même qui le fais », se console par tiellement ce père de famille qui a le chagrin de s'être séparé de ses bambins.

Exploitants forestiers

Bien que pénible, cette solution fait progressivement tache d'huile et pourrait se généraliser si rien ne venait à être fait, comme l'on l'observe. L'école publique de Moleuleu en est une illustration. Ici, aucun signe de vie une semaine après la rentrée. « Nous commençons à parler véritablement de rentrée scolaire ici à partir du mois d'octobre. Les parents ne se pressent pas.

Quand bien même ils le font, les maîtres n'acceptent pas de rester à leur poste. Comme ce sont des jeunes fraîchement sortis des écoles normales d'instituteurs de l'enseignement général (Enieg), ils ne supportent pas de vivre sans salaire », fait savoir un notable de ce village, la déception à peine voilée.

« Normalement, dans les arrangements des communautés avec les exploitants forestiers, il est prévu le versement de l'argent pour le paiement des maîtres. Malheureusement, cet argent ne tombe pas », s'offusque-t-il.

Or, selon les dires des spécialistes de la petite enfance, cet exode rural d'un autre genre n'est pas sans conséquences sur la croissance de l'enfant.

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