3 Octobre 2017

Cameroun: Réseaux sociaux - L'arnaque tisse sa toile dans le pays

L'escroquerie via Internet prend une ampleur inquiétante, et les malfrats multiplient des ruses pour soutirer subtilement de l'argent aux internautes.

Tout commence par une anodine demande d'amitié sur Facebook. L'appât selon le sexe, l'âge ou la situation sociale de la « proie » est très souvent un(e) européen (ne). Pour nous ce sera un homme blanc, la quarantaine à la silhouette de mannequin, le front dégarni et au sourire angélique. Costume et chemise impeccables taillés dans de belles étoffes. Son nom Bruno Lemaire.

Un nom qui tout de suite nous suggère le célèbre homme politique français. La page d'accueil confirme d'ailleurs nos soupçons. Son profil indique qu'il est né en 1969 à Neuilly-sur-Seine (France). Aucune autre information ne figure dans ce profil. Intriguée et intéressée, nous acceptons la demande d'amitié.

Le « diplomate » prend contact sans tarder. « Bonjour mon amie », écrit-il. « Bonjour répondons-nous ». La conversation qui va s'ensuivre devient très vite biscornue. « Je suis Bruno Lemaire, je suis ingénieur-infirmier, je suis Français. J'avais une amie au Cameroun mais elle vient de voyager pour la Suisse. Je lui avais pourtant déjà envoyé un container contenant deux voitures Rav4, des ordinateurs portables, vingt tablettes, des écrans plasmas, etc. Je t'en fais cadeau. Tu es une jeune fille sympathique. Appel ce numéro 699456713.

C'est Oumarou, mon contact de l'agence Nexpress là-bas au Cameroun. Va juste récupérer », écrit-il. « Je ne comprends pas ; de quoi s'agit-il exactement ? » lui lançons-nous avec un accent de naïveté. « Appel juste le numéro que je t'ai passé, il va te donner la démarche à suivre », ajoute le « bienfaiteur». Vue l'incohérence de certaines informations, nous décidons de poursuivre l'investigation.

Ruses

Il est 20h, lorsque nous décidions de joindre M. Oumarou. Le téléphone sonne. Au bout du fil et d'une voix rassurante : « Allo, c'est M. Oumarou ? » lançons-nous. « Oui », répond-il timidement ». « J'appelle de la part de Bruno Lemaire ; il m'a demandé de vous joindre pour retirer un colis. Où êtes-vous exactement et comment dois-je procéder pour entrer en possession dudit colis ?» enchaînons-nous. Et de répondre : « Oui le français ! Ah d'accord, le container qui a les voitures et les tablettes ? Oui, c'est ici à Maroua.

Il avait déjà tout payé. Vous devez juste envoyer les frais de convoi du container jusqu'à Yaoundé, c'est 250.000 Fcfa », indique-t-il. Avant de demander quand est-ce que ces frais pourraient lui parvenir. « Dès demain je ferais la transaction », promettons-nous. Le lendemain, M. Oumarou reprend contact, au son de notre voix et vue les différentes questions que nous lui posons, il se rend très vite compte que la supercherie a été mise à nue. D'un ton martial, il enchaine les injures et raccroche. Une heure plus tard, l'abonné n'était plus disponible.

Faux prophètes

Christelle, jeune cadre dans un établissement microfinance de la place, n'a pas eu cette chance. Un message d'un prophète sur sa page Facebook, et sa vie tourne au cauchemar. Le nom de son bourreau, le prophète Bushri, un célèbre homme de Dieu de Malawi, très suivi sur les réseaux sociaux et très connus pour ses prophéties. « Dieu m'a parlé concernant ta vie. Que dans 14 jours tu auras une surprise. Quelque chose de particulier va t'arriver. Mais avant, es-tu prête à faire un sacrifice ? » interroge l'arnaqueur. « Tout dépend de la nature du sacrifice », lance Christelle. Le monsieur se lance alors dans une succession de révélations sur sa vie, comme pour asseoir son arnaque, relate la jeune dame.

Sa proie tombée, il ajoute : « Il faut envoyer 80.000 Fcfa à ce numéro +237 09 4579 0831. C'est pour donner à manger aux orphelins et démunis dans un orphelinat », reprend le « prophète ». Instruction que Christelle fera vite d'exécuter. C'est après deux jours que la victime réalise qu'elle s'est fait avoir et qu'il ne s'agissait là que d'une arnaque bien ficelée. Le procédé est le même en ce qui concerne, les faux mariages. De nombreuses camerounaises en ont déjà fait les frais.

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