3 Octobre 2017

Afrique: Le financement des énergies renouvelables, un champ d'opportunités pour l'Afrique

Les porteurs de projets, les fonds d'investissement, les institutions financières de développement, les banques commerciales ou encore les agences de crédit export sont autant de structures qui investissent le domaine.

Ils s'accordent au gré de leur intérêt pour contribuer à l'émergence de solution énergétique pour l'Afrique. Lancée en 2011, l'initiative des Nations-Unies « Sustainable Energy for all » (SE4ALL) en lien avec les plus grands bailleurs internationaux tels que la Société financière internationale (Groupe Banque Mondiale) dynamise depuis la croissance du secteur par l'octroi de crédit et par l'accompagnement des pays bénéficiaires.

Ce sont également des acteurs sur lesquels se repose les pouvoirs publics internationaux pour mettre en œuvre leur coopération verte en Afrique. À l'instar des stratégies diplomatiques et réglementaires, chaque pays adopte une position spécifique quant aux modalités de financement. Ce qui détermine leur position est leur capacité à moduler bilatéralisme ciblé et multilatéralisme actif pour soutenir la croissance des énergies renouvelables.

Par exemple, à travers l'initiative Power Africa, les États-Unis mobilisent, coordonnent et font converger la stratégie de développeurs nationaux comme General Electric avec celles de fonds d'investissement tels que Denham Capital.

La promotion des énergies vertes : la recherche d'un équilibre entre le tout privé et la centralité de l'État

Si aucun profil type ne peut se dégager, des points de convergence peuvent toutefois être observés quant aux méthodes de financement. Ainsi, quatre d'entre elles semblent se démarquer. Selon les capacités du pays hôte, le secteur privé disposera d'une place plus ou moins significative définissant ainsi son implication dans le déploiement du projet énergétique.

En effet, lorsque les projets sont financés par l'État d'accueil, les développeurs jouent un rôle moindre dans l'apport financier que lorsqu'ils soumettent des projets clefs en main financés sur fonds propres. Il en va de même lorsque l'État d'accueil accorde des concessions sur ses ressources naturelles en l'échange d'un prêt à un taux avantageux.

C'est le modèle « prêt contre ressources » appliqué par la Chine sur le continent. Le pays s'appuie d'ailleurs sur son EximBank et la CDB, les bras armés de son influence auprès de ses partenaires africains.

La diplomatie au service du Green Business en Afrique

Les pays qui investissent en Afrique usent de leur puissance économique et financière qu'ils s'agissent d'investissements directs à l'étranger (IDE) ou d'aide publique au développement (APD). En tant que principaux pourvoyeurs d'APD, les pays nordiques, l'Autriche et les Pays-Bas adoptent une approche similaire. Tous partagent la volonté d'influencer et d'agir multilatéralement pour s'affirmer comme les outsiders de la Green Diplomacy en Afrique.

A contrario, la France et l'Allemagne ont les moyens de leurs ambitions. Ils disposent des forces financières pour agir unilatéralement. Conscients de l'érosion de leurs positions face aux Américains et aux Chinois, ils semblent réaliser qu'il faut parfois s'unir pour maintenir leurs marges de manœuvre. De plus, ils disposent d'un statut de fabricant de doctrine puisqu'ils redéfinissent au nom de l'Europe la compréhension de l'Afrique. Cela fait de la France et de l'Allemagne des moteurs de la projection de l'influence européenne sur le continent africain. Si les conséquences du retrait britannique de l'Union européenne sont encore difficilement identifiables, il semble a priori que le Royaume-Uni jouira à l'avenir d'une liberté d'action accrue en matière d'énergies vertes et aura les moyens de déployer plus efficacement sa « diplomatie de l'off-grid ».

Enfin la Chine et les États-Unis, plus gros consommateurs mondiaux d'énergie, se sont lancés depuis plusieurs années dans un duel frontal dans ce secteur stratégique. La Chine s'est progressivement imposée comme le nouvel acteur de poids en Afrique pour le financement des énergies renouvelables. En parallèle, le revirement stratégique qu'opère Donald Trump laisse supposer que les États-Unis adopteront une vision similaire à celle des Chinois. Washington ferait ainsi le choix de délaisser les aides publiques au développement pour se concentrer sur les IDE à travers une vision purement business.

Et l'Afrique dans tout cela ?

Le green business n'est pas l'apanage des acteurs extra-africains, partout sur le continent des porteurs de projets et des producteurs d'énergies continentaux émergent. Profitant de la vision des États stratèges, ces nouveaux champions du Sud s'affirment et prennent part à l'émancipation de l'Afrique.

Ces entreprises permettent à ces États de redistribuer les cartes de l'Offset (conditionnement de l'obtention d'un marché à diverses formes de compensation industrielle) en Afrique. Ainsi, des alternatives financières africaines, pensées par et pour les Africains, dopent désormais la concurrence en matière d'investissement. En plus de cette mise en concurrence, elles redéfinissent l'art et la manière de faire des affaires en Afrique. Les aides publiques au développement, jusqu'alors première source de financement, laissent une place grandissante aux IDE et aux financements issus de la diaspora.

Cette bascule dans la nature des financements imposera dans le futur de nouvelles parties prenantes et intimera aux bailleurs de fonds traditionnels de renouveler leur approche du continent africain.

*Karim Bounoi est ancien banquier et expert en intelligence économique

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