3 Octobre 2017

Tunisie: Médias et société civile face à leurs responsabilités

Trois jours durant, le débat sera, ainsi, focalisé sur comment faire des journalistes et des acteurs associatifs de vrais combattants farouchement impliqués dans la guerre contre la corruption.

Un fléau qui a, impunément, pris des proportions catastrophiques débordant sur tous les étages de l'administration publique, sans pour autant épargner les sphères politiques et diplomatiques. Mais, il n'y a pas que la Tunisie qui est censée en faire son cheval de bataille, tous les pays arabes devraient aussi s'en soucier. Et sans merci. Car, son ampleur à l'échelle arabe, souligne Me Tabib, n'est plus à démontrer. Seulement, indique-t-il, deux pays arabes sont classés parmi les premiers 50 Etats reconnus transparents et moins corrompus.

Sinon, le reste se trouve au bas de l'échelle, sous l'emprise de la malversation et de la contrebande. « La corruption est un phénomène complexe et transfrontalier», fait-il aussi remarquer. D'où, à ses dires, il est temps de combattre ces réseaux mafieux, mettant en avant le rôle crucial des médias et de la société civile au niveau national. Un travail de réseautage interarabe s'avère également de mise, a-t-il encore ajouté.

Le nécessaire partenariat multipartite

L'objectif de ce colloque, tenu en collaboration avec l'Organisation arabe de développement administratif relevant de la Ligue des Etats arabes, semble aller au-delà des frontières géographiques. Et le président de l'Inlucc d'enfoncer le clou: « Tous les chiffres et indicateurs démontrent que les pays arabes sont les plus affectés par la corruption ». C'est un constat inquiétant. Pour cause, il a plaidé pour un partenariat plus efficace et réaliste. « Mener une vaste campagne anticorruption c'est bien, éradiquer le mal à ses racines, c'est encore mieux », relève-t-il.

Ce qui requiert, selon lui, autant de mesures et de moyens. L'apport des médias et de la société civile est aussi nécessaire, en tant que contre-pouvoir et force de pression et de proposition sur le plan législations, stratégies du gouvernement et instances de contrôle public. Malgré ses moyens assez limités, conclut-il, l'Inlucc n'a pas manqué d'organiser des sessions de formation et d'établir des relations de partenariat avec le Syndicat des journalistes (Snjt), le Capjc (Centre africain de perfectionnement des journalistes et des communicateurs) et le Centre de Tunis pour la liberté de la presse (Ctlp). L'essentiel est de sensibiliser sur une contre-culture de corruption.

Sur cette lancée, le représentant de l'Organisation arabe du développement administratif, M. Hassen Dhiab a articulé son intervention autour des mécanismes de lutte à adopter à l'échelle arabe. Il a qualifié la corruption de comportement humain immoral et prémédité auquel l'on doit faire face, en usant de toutes les lois liberticides et les mesures répressives. Malheureusement, les projets de loi sur la déclaration du patrimoine, les conflits d'intérêts ou sur l'enrichissement illicite sont encore bloqués au sein de l'ARP. Seule la loi sur la protection des dénonciateurs a été, récemment, adoptée, mais elle n'a pas encore fait ses preuves. C'est que les citoyens voulant dénoncer un soupçon de corruption ont, toujours, peur des contrecoups de leurs informations.

Ils ne se sentent plus protégés. Pour eux, l'Etat des droits semble aux abonnés absents. Et là, M. Dhiab a tenu à insister sur l'application de la loi et la réactivation des instances du contrôle et d'inspection. « Pourquoi pas une prime à la dénonciation des corrompus », se propose-t-il. La députée Jamila Ksiksi, vice-présidente de l'ARP, chargée de la société civile, reconnaît, à ce niveau, un certain déficit législatif. Mais, à l'en croire, l'ARP en est profondément consciente. D'autant plus le tissu associatif post-révolution, qui compte près de 20 mille organisations civiles, a été en mesure d'agir dans le bon sens. « Certes, il existe une volonté politique anticorruption, mais trébuchante.. », admet-elle.

Pour elle, la démocratie participative, dans le cadre de ce qu'on appelle « Open-Gov » servirait de facteur mobilisateur. Car, estime-t-elle, la guerre anticorruption n'est guère un choix. C'est une obligation, pour ainsi dire. La mission de conscientisation est aussi du ressort des médias, lesquels sont, plus que jamais, appelés à mener un travail d'investigation journalistique poussé sur la corruption et lever le voile sur les dossiers suspects.

L'effet contrôle

Toutefois, on ne peut, à la fois, être juge et partie. Cela dit, la corruption, petite ou grande, demeure, sous nos cieux, un sport national. Nul ne peut en douter ! Même au sein de certaines organisations de la société civile ou dans les rouages des médias, ce mal n'a cessé de causer des dégâts. L'on parle, ici, des sociétés-écran, dont le financement est douteux. M. Mabrouk Kourchid, promu au poste de ministre des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières s'est dit être témoin d'affaires de corruption, allusion faite à l'Association de développement des oasis de Jemna et le squattage des parcelles de terrains propres à l'Etat.

« Jusqu'à ce jour, on a pu récupérer quelque 18 mille hectares occupés illégalement par des citoyens dans différentes régions », recense-t-il. Il ne croit nullement en la capacité de l'Etat à faire face à ce phénomène, faute de législation. «On a hérité des textes de loi caducs, et encore moins contraignants pour lutter contre la corruption », évoque-t-il. Et d'ajouter que des projets de loi sont en passe d'être approuvés. «D'ici janvier, une carte numérique comportant 35 mille hectares de terres arables verra le jour », annonce le ministre. Au demeurant, les volets contrôle et législation sont, d'après lui, les maîtres-mots auxquels s'ajoute l'appui nécessaire des médias et de la société civile.

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