3 Octobre 2017

Afrique: Quand la guéguerre Erdogan/Fethullah se joue sur le terrain de l'éducation

Depuis la tentative de putsch manqué en Turquie en mi-juillet de l'année dernière, le président Recep Tayyip Erdogan a résolument décidé de traquer en Turquie même et partout ailleurs dans le monde, tous les partisans de son ennemi juré, Fethullah Gùlen, prédicateur et richissime homme d'affaires réfugié aux Etats unis et considéré, à tort ou à raison, comme l'instigateur, l'organisateur et le financier du complot.

En effet, après avoir organisé une véritable battue dans les casernes, les commissariats de police et les administrations publiques et privées contre tous ceux qui sont supposés avoir trempé directement ou indirectement dans ce putsch qui a fait des milliers de victimes, le très paranoïaque Erdogan a décidé de venir ratisser jusqu'en Afrique, en s'en prenant au mouvement HIZMET qui compte un réseau d'écoles, d'ONG et d'entreprises et dont le principal dirigeant n'est autre que Fethullah Gulen.

Ainsi, à coup de pressions diplomatiques, le régime turc a sommé plusieurs pays africains de fermer immédiatement la centaine d'écoles disséminées sur tout le continent et considérées comme des centres de formation de futurs putschistes.

Si certains pays africains comme la Somalie, la Gambie, le Soudan, le Rwanda, la Guinée, le Maroc et le Sénégal ont cédé aux injonctions d'Ankara et ont procédé à la fermeture des écoles affiliées à Fethullah Gulen, d'autres, par contre, ont fait de la résistance comme le Nigeria, l'Afrique du sud et la Tanzanie, pour ne citer que ceux-là.

Et pour convaincre les plus réticents que les écoles incriminées seraient liées à ce qu'ils désignent désormais sous l'acronyme de FETO (Fethullah Terrorist Organization) sans doute pour mieux les diaboliser, Erdogan et les siens ont créé une fondation dénommée « Maarif » pour contrôler désormais ces centres de formation appelés « Yavuz Selim » ou « Groupe Horizon International », en fonction des pays d'accueil.

Il est évident que l'objectif in fine est de faire infléchir les positions des gouvernements qui ne sont pas encore convaincus du bien-fondé de la cession de ces infrastructures à la fameuse fondation, et subséquemment, de réduire considérablement l'influence de l'ennemi public numéro un du régime turc.

Il y a comme une sorte de cynisme que les dirigeants africains ne doivent pas cautionner

La question est maintenant de savoir si au-delà du caractère arbitraire de la décision prise par certains pays de se plier aux desiderata d'Ankara, la liquidation de ces écoles réputées être des centres de formation d'excellence ne sera pas lourde de conséquences sur le plan éducatif notamment, au regard de la qualité de leurs enseignements qui, chaque année, tire les résultats globaux des examens vers le haut, partout où elles sont installées.

En tout état de cause, si au bout du compte, le président Erdogan parvenait à ses fins, c'est-à-dire à « dégulenniser » la Turquie et le reste du monde, il aurait au passage causé un énorme tort à beaucoup d'enfants, du continent notamment, qui n'ont que faire de sa guéguerre avec Fethullah Gulen et qui ignorent même ce que les deux représentent dans leur propre pays.

Passe encore si l'homme fort d'Ankara profite du putsch manqué pour régler ses comptes avec son ancien allié, mais de là à compromettre l'avenir de milliers d'enfants innocents à travers le monde pour assouvir son désir de vengeance, il y a comme une sorte de cynisme que les dirigeants africains ne doivent pas cautionner.

Il faudrait, en effet, que l'on s'assure que le passage sous le giron de la fondation Maarif de ces écoles implantées en Afrique avec la bénédiction des autorités n'entraînera pas une baisse de la qualité de l'enseignement, encore moins une fermeture progressive de ces établissements.

Et il appartient aux dirigeants des pays concernés par cette diplomatie offensive de la Turquie, de veiller au respect strict d'un certain nombre de clauses administratives et pédagogiques par les responsables de Maarif qui sont inféodés au pouvoir turc, avant d'autoriser ce qu'on pourrait qualifier d'OPA à ciel ouvert, afin de ne pas sacrifier l'avenir de milliers d'élèves sur l'autel des intérêts stratégiques et de la diplomatie du portefeuille.

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