3 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Médiation africaine - L'UA réussira-t-elle la où la CENCO a échoué ?

Photo: © Flickr/CC/Chatham House/©Suzanne Plunkett 2017
Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'Union africaine (photo d'archives).

Une mission de haut niveau de l'Union Africaine conduite par le président de la Commission de l'Union, Moussa Faki Mahamat, accompagné de la Commissaire des Affaires politiques, Minata Cessouma, a séjourné 4 jours durant à Kinshasa.

Cette délégation a rencontré l'ensemble de la classe politique congolaise dont le président Joseph Kabila et l'Eglise catholique, avec pour objectifs de résoudre l'impasse politique dans laquelle est englué le pays en tentant de convaincre les protagonistes de la scène politique et principalement l'opposition, d'accepter l'idée d'une élection en 2018, vu l'échec de la date butoir de la fin de l'année.

Pour ce faire, l'organisation continentale mise sur une méthode bâtie autour de maîtres-mots comme « dialogue », « écoute » et « accompagnement ». Ce faisant, elle entend se positionner comme une alternative à la posture très critique des pays occidentaux et à la politique des sanctions.

Le pari du succès des missi dominici de l'UA n'est pas gagné d'avance

A priori, l'on ne peut que se féliciter de cette initiative de l'UA qui, pour une fois, prend ses responsabilités alors qu'elle a si souvent brillé par son absence dans bien des foyers de tension sur le continent. Elle s'offre ainsi l'occasion de se rattraper après le flop de sa première médiation conduite par le Togolais Edem Kodjo.

Et c'est en cela que cette mission africaine sur les rives du Congo peut constituer une lueur d'espoir dans cette chambre noire congolaise et ce d'autant plus que le président de la Commission de l'UA est nouveau et est certainement animé de la volonté d'imprimer sa marque à l'institution dont il hérite et par ricochet à la marche du continent.

Cela dit, cette offre de bons offices faite par l'UA suscite des interrogations quant à ses chances réelles de succès. L'on peut en effet se poser la question de savoir si la diplomatie africaine réussira à débusquer le diable de son antre, là où les prières des hommes d'Eglise n'ont eu que l'effet d'un coup d'épée dans l'eau.

De quelles armes dispose véritablement l'organisation panafricaine pour faire plier Kabila qui n'a cédé ni face à la pression de la rue, ni face aux sanctions américaines et européennes ? A l'évidence, sans jouer les Cassandre, le pari du succès des missi dominici de l'UA n'est pas gagné d'avance.

Et pour causes. D'abord, pour qu'une médiation ait des chances de succès, elle se doit de partir avec la confiance de tous les protagonistes.

Or, on le sait, l'UA n'a pas bonne presse dans l'imaginaire des populations et des oppositions africaines. Traînant la sulfureuse réputation de syndicat des chefs d'Etat africains, elle n'a jamais pu, dans ses interventions à travers le continent, se défaire de cette image qui lui colle à la peau.

Et ce n'est certainement pas au moment où le président en exercice de l'organisation lui-même, le Guinéen Alpha Condé, nourrit des velléités de modification constitutionnelle pour briguer un troisième mandat et de fait marquer son appartenance à la longue lignée des dictateurs africains, qu'interviendra la mue.

Du reste, dès la première médiation africaine menée sous la houlette de Edem Kodjo, l'opposition congolaise n'a jamais fait mystère de sa méfiance vis-à-vis de l'UA qu'elle accuse de parti pris pour le pouvoir.

Et comme « le molosse ne change jamais sa manière éhontée de s'asseoir » comme dit l'écrivain, il y a fort à parier que la plateforme de l'opposition ne donnera pas à l'UA le bon Dieu sans confession.

L'UA court vers un échec programmé

Par ailleurs, l'on peut douter de l'efficacité de la méthode préconisée par les émissaires de l'UA, dans un contexte marqué par la rupture de confiance entre acteurs de la scène politique congolaise et caractérisé par des positions de plus en plus tranchées.

Misant tout sur le dialogue, l'UA entend mener et poursuivre les consultations entre le pouvoir et l'opposition sur la base de la promesse faite par la Commission électorale de publier dans les prochains jours un échéancier pour les élections.

Quand on connaît le virus de procrastination dont est malade cette commission et les légendaires volte-faces de Joseph Kabila qui s'était pourfendu, il y'a peu, de la déclaration « je n'ai rien promis du tout », l'on pourrait se demander de quels arguments peuvent disposer les médiateurs de l'UA pour ramener à la table des négociations le Rassemblement de l'opposition.

Et comme pour prouver qu'elle n'entend plus se laisser mener en bateau à l'expiration de l'accord de la Saint-Sylvestre suite à la visite de l'UA, l'opposition a, dans un communiqué, appelé à une transition sans Joseph Kabila à la tête de l'Etat à partir de Janvier 2018.

De ce qui précède, l'on pourrait, sans grand risque de se tromper, dire que l'UA court vers un échec programmé. Et c'est en cela que tout laisse croire que le retour de l'organisation continentale dans le bourbier congolais n'est qu'un engagement pour se donner bonne conscience.

Si l'UA qui s'est librement dotée d'instruments de prévention des crises et des conflits voulait véritablement aider le peuple congolais, elle se garderait de s'engager dans ce cul-de-sac pour emprunter la voie des sanctions contre le dictateur Joseph Kabila qui empêche volontairement le fonctionnement des institutions républicaines à son seul et unique profit.

Faute de ce courage salutaire, le costume et la cravate de la diplomatie africaine encourent le risque de s'entacher de la glaise congolaise, là où les prélats, à défaut de pouvoir tirer les Congolais des sables mouvants, ont pu tout au moins conserver immaculées leurs soutanes.

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