3 Octobre 2017

Togo: Crise togolaise / Gilbert Bawara - «L'exemple burkinabè a induit les gens en erreur »

La rue togolaise devrait de nouveau gronder aujourd'hui. L'opposition appelle à des manifestations, « l'ultime avertissement » avant une grande marche prévue demain. Depuis plusieurs semaines les opposants appellent à des réformes constitutionnelles, notamment le retour à la Constitution de 1992, qui limitait le nombre de mandats présidentiels. Le pouvoir a en partie accédé à cette requête.

Si effectivement un projet de loi a été soumis au Parlement début septembre, qui fixe le nombre de mandats présidentiels à deux, la nouvelle Constitution ne fait pas mention de cette clause : « En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats. »

La coalition de l'opposition soupçonne le président Faure Gnassingbé de vouloir se représenter à l'élection de 2020 après déjà deux mandats. Cette nouvelle mouture de la loi fondamentale sera soumise à référendum dans les mois à venir.

L'opposition, ragaillardie par un illustre inconnu il y a encore quelques mois, Tikpi Atchadam, président du PNP, ne veut pas en entendre parler et maintient la pression. Désormais, elle exige tout simplement le départ de Faure, dont le père, Eyadema, a régné sur le Togo durant 38 ans.

Même si Lomé se refuse pour l'heure à parler de « crise », les images de manifestants molestés par la police ont tourné en boucle sur les médias internationaux et terni l'image du pays à l'étranger.

Le gouvernement togolais se livre à une opération de déminage dans les pays voisins. Le ministre de la Fonction publique, Gilbert Bawara, et celui de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel Yark, Damehame, étaient en visite hier à Ouagadougou.

Avant de prendre le vol retour, ils ont convié quelques journalistes burkinabè autour d'un déjeuner dans un hôtel de la place.

On n'en saura rien sur la teneur de leurs échanges avec les autorités burkinabè mais les deux envoyés de Faure ont voulu démentir toutes « les fausses informations » qui circulent en ce moment sur leur pays.

A cette occasion, puisqu'ils sont dans le pays de l'insuæection populaire des 30 et 31 octobre, ils ont déclaré que l'exemple burkinabè a induit des gens en erreur.

Considéré comme le porte-parole du gouvernement togolais, c'est Gilbert Bawara qui a tenu la plupart du temps le crachoir.

Mais lorsqu'on lui demande l'objet de leur entretien avec le ministre des Affaires étrangères burkinabè, Alpha Barry, qu'ils venaient de rencontrer, il devient peu bavard. « On lui a juste dit qu'on voulait rencontrer des journalistes burkinabè ».

On n'en saura pas davantage sur une possible audience que le chef de l'Etat leur a accordée à Kosyam, Gilbert Bawara se contentant de glisser malicieusement qu'il ne connaît pas toutes les rues de Ouaga.

Il a assuré par la suite que l'axe Ouaga-Lomé se porte bien, lorsqu'on l'interroge sur les conséquences de la chute de Blaise Compaoré, qui était considéré comme le « mentor » du fils Gnassingbé.

« Les relations entre nos Etats vont au-delà des intérêts personnels. D'ailleurs Faure considère le président Roch comme son aîné », poursuit-il. Son collègue et lui sont en mission commandée au Burkina pour démentir les rumeurs qui courent sur leur pays.

D'abord, tient-il à le nier, le Togo n'est pas un pays liberticide : « Ceux qui sont à l'extérieur ont le sentiment qu'il n'y a pas de liberté de manifestation au Togo ou que les manifestations et les marches sont réprimées dans le sang.

Cela a été rapporté un peu partout dans le monde et nous voulons rappeler qu'après l'élection présidentielle de 2010, tous les samedis il y avait des marches. Tipki Atchadam lui-même a organisé plusieurs marches en 2017 avant le 19 août sans qu'il y ait des incidents, des dérapages, des violences ou des destructions.

Mais la différence est que cette fois-ci, il y a eu une volonté d'agression, d'attaque contre les forces de sécurité. Des armes ont été arrachées des mains de certains militaires qui gardaient des banques, ils ont été tabassés jusqu'au sang, ils ont laissé faire au lieu de réagir car ce comportement pouvait avoir des risques de carnage. »

Une réglementation conciliante sur les manifestations

A l'en croire, contrairement à ce que « beaucoup de dirigeants à l'étranger pensent », son pays a même une réglementation conciliante sur les manifestations publiques.

Il soutient qu'on peut y manifester tous les jours de la semaine, de 6h à 22h. La condition serait d'informer uniquement l'autorité qui peut avoir des recommandations. » Pourquoi alors la marche du 19 août a été interdite ?

« L'autorité peut dire d'éviter tel itinéraire qui peut contenir une place commerciale et cela n'a rien à avoir avec la politique, c'est le bon sens. Il ne faut pas empêcher nos concitoyens qui vendent, qui vivent de leur commerce d'exercer leurs activités, c'est notre rôle», argue-t-il.

Autorisée ou pas, la répression des manifestations a déjà occasionné environ cinq morts et plusieurs blessés. Gilbert Bawara ne se débine pas sur ce bilan : « Nous reconnaissons que des manifestants ont été bastonnés, ce sont des bavures.

Et les bavures policières, ça existe partout. Vous avez vu en Catalogne. Il faut les déplorer, les condamner et œuvrer à ce qu'il y ait davantage de retenue».

Le ministre togolais de la Fonction publique accuse ensuite l'opposition d'avoir engagé un bras de fer avec le pouvoir. « Ce qui se passe en ce moment au Togo, c'est que la minorité politique a décidé que ce qu'elle veut, c'est ça qui doit passer.

Nous aurions aimé qu'un consensus puisse être dégagé pour faire les réformes à l'Assemblée nationale mais à partir du moment où l'opposition a retiré ses propositions et à quitter l'hémicycle, c'est une volonté de prise en otage du processus démocratique ».

Pour lui, son gouvernement a montré sa volonté d'engager les réformes politiques et n'entend pas reculer devant la rue qui est « différente du peuple ». «Nous irons jusqu'au bout en organisant le référendum à une date qui sera fixée prochainement », lance-t-il.

Par ailleurs il souffle que l'opposition n'a pas le monopole de la rue. A l'entendre donc il n'est pas question pour le pouvoir de faire marche arrière en inscrivant dans la Constitution la mention qui empêche tout prétendant de briguer deux mandats.

« Même si cette disposition existait, une loi qui est adoptée aujourd'hui, à moins qu'elle-même consacre la rétroactivité, s'applique à partir du moment où elle entre en vigueur », estime le ministre. En conclusion : Faure Gnassingbé qui a déjà fait deux mandats pourra se représenter si la nouvelle Constitution est adoptée.

Faure ne doit pas être jugé sur sa filiation

Depuis 50 ans, les Gnassingbé dirigent le Togo. Faure qui a succédé à son père en 2005 n'est-il pas victime du ressenti des Togolais vis-à-vis de cette dynastie? Notre interlocuteur sans broncher sort sa parade : « Personne n'a demandé à naître dans une localité, de tel père ou de telle mère.

Dans aucune démocratie, la filiation ne peut être un élément déterminant. Jugeons Faure par rapport à ses actions. Et si les gens pensent que sa descendance fait de l'effet chez les Togolais, on ira aux élections et on verra. Si certains estiment qu'ils sont populaires, cela doit se traduire dans les urnes.»

Avec ses positions tranchées ne va-t-on pas vers un scénario à la burkinabè où le président en place a été chassé par la rue ?

Gilbert Bawara ne veut pas y croire. « Nous agissons avec beaucoup de responsabilité. Personne n'a intérêt à ce que tout bascule. Nous restons ouverts et nous ferons tout pour que le bon sens prévale. Et le bon sens suppose des compromis.

Hors de ce sentier, pas de salut », se convainc-t-il. Pour le ministre, « l'exemple burkinabè a induit les gens en erreur».

Il en veut pour preuve cette promesse faite par les opposants pendant une manifestation que le régime allait tomber le lendemain. Mais cela n'est jamais arrivé. « Chaque pays à ses réalités », affirme le ministre avant d'assurer : « Au Togo, l'armée est républicaine, elle est loyale. »

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