4 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Bruno Tshibala évasif sur la tenue d'élections

Photo: © Flickr/CC/Chatham House/©Suzanne Plunkett 2017
Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'Union africaine (photo d'archives).

Aux commandes du gouvernement depuis mai 2017, le Premier ministre n'arrive pas à convaincre sur sa maîtrise du processus électoral alors qu'il prétend en même temps être sûr de son aboutissement.

Devant la presse réunie mardi au jardin de la Primature, Bruno Tshibala a effleuré le sujet sans arriver à donner des garanties sur la tenue effective d'élections.

Evasif dans ses réponses, il a botté en touche, se réfugiant derrière une éventuelle évaluation avec la tripartite CENI - CNSA - Gouvernement ou encore derrière des défis sécuritaires.

Y aurait-il élections en décembre 2017, comme le prévoit l'Accord politique du 31 décembre 2016 ? La question a été posée mardi au Premier ministre, Bruno Tshibala, lors d'une conférence de presse organisée au jardin de la Primature. Apparemment, le Premier ministre n'en sait pas grand-chose.

Sa réponse laisse pantois tous les observateurs avertis de la scène politique. « Notre mission est d'organiser les élections. Mais, à quel moment ? Je ne saurais le dire. Il faudra attendre l'évaluation ».

Or, en fait d'évaluation, une tripartite, quoique sur fond de controverse, a eu lieu dernièrement à Kananga sans que l'on tire grand-chose concernant les avancées du processus électoral.

En revenant sur la rhétorique tripartite Céni - CNSA - Gouvernement comme préalable à la suite à donner au processus électoral serait rouler l'opinion publique dans la farine.

A Kananga, le Premier ministre Tshibala le sait, il n'a pas été associé à la fameuse évaluation tout comme le président du CNSA (Conseil national de suivi l'Accord du 31 décembre 2016).

A tout prendre, la question électorale échappe au Premier ministre. Il n'en a pas la maîtrise. Et lorsqu'il s'est agi de parler du financement des élections, Bruno Tshibala a adopté la langue de bois.

Il s'est contenté de tourner autour des généralités très connues du public, notamment, le gouvernement se limite juste à financer les élections, l'organisation et la programmation des scrutins relèvent de la compétence de la Céni. Si bien que le Premier ministre est resté muet sur la hauteur du financement déjà consenti en faveur de la centrale électorale.

Comme on pouvait s'y attendre, la prestation du Premier ministre a non seulement suscité une vague d'interrogations mais encore elle a laissé tout le monde sur sa soif.

Dès lors, la question qui revient sur toutes les lèvres est celle de savoir si Bruno Tshibala a réellement le contrôle de son gouvernement.

Il prononce des discours, tient des points de presse ou fait des déclarations fracassantes, mais jouit-il de plein pouvoir dans la conduite de l'action gouvernementale ? Sur ce questionnement, le doute est permis.

Des faits corroborent cette thèse. Concernant le processus électoral, le Premier ministre a prouvé une fois de plus qu'il n'est pas partie prenante à tout ce qui a trait aux élections.

Absent à Kananga lorsque la Majorité présidentielle s'est retranchée avec la Céni pour évaluer, à leur manière, le processus électoral, il ne pouvait pas rassurer.

C'est donc sans surprise qu'il n'a pas fait mention, devant la presse, de chiffres concernant le financement déjà mis à la disposition de la Céni par son gouvernement. Apparemment, la question électorale se traite loin des regards de Bruno Tshibala. Mardi devant la presse, le Premier ministre ne pouvait que se montrer évasif.

Le glissement toujours à l'ordre du jour

Comme tous les animateurs des institutions issues des élections de 2011 - hormis le Sénat et les assemblées provinciales qui évoluent depuis 2006 dans un régime d'exception - le Premier ministre Tshibala espère à son tour bénéficier du glissement. La tenue d'élections n'est donc pas une priorité, pour lui.

Mardi, il s'est servi du drame qui s'est abattu dans l'espace Kasaï pour évoquer indirectement l'impossibilité de respecter l'échéance fixée dans l'Accord de la Saint-Sylvestre (fin décembre 2017), pour organiser les élections. « Les opérations d'enrôlement viennent d'être lancées dans le Kasaï.

Et comme d'autres provinces, le Kasaï doit aussi bénéficier de trois ou quatre mois pour boucler toutes les opérations », a dit en substance le Premier ministre Tshibala.

Tout calcul fait, on devrait se retrouver dans ce schéma de l'après-décembre 2017. Ce qui est une aubaine pour le Premier ministre pour autant que son bail à la primature sera ipso facto prolongé.

Ceci pouvant expliquer cela, quoi de plus normal que dans son plan, la tenue d'élections ne soit inscrite au nombre de priorités. Le fait de s'accrocher à la tripartite Céni - CNSA - Gouvernement rime avec la logique du glissement. Et Bruno Tshibala peut se frotter les mains tant qu'il y est.

Entre ses déclarations du 13 septembre 2017 sur les antennes de RFI et ses réponses d'hier mardi, c'est le jour et la nuit.

Lorsque RFI l'interroge sur la publication du calendrier électoral, Bruno Tshibala tranche en ces termes : « Nous allons procéder à l'évaluation du processus et ainsi annoncer un calendrier réaliste dans quelques jours ». Quelques jours sont passés et puis, plus rien.

A ce jour, aucune institution n'est empressée. En réalité, du gouvernement jusqu'à la Céni, en passant par un CNSA qui tarde à retrouver sa légitimité, les élections demeurent un idéal.

L'évaluation maintes fois promise, passe pour de la poudre aux yeux du souverain primaire. Bref, dans sa prestation d'hier mardi, le Premier ministre s'est perdu en conjectures en lieu et place des signaux clairs et nets sur la tenue d'élections.

Cette langue de bois qu'il a adoptée révèle le vrai projet de son gouvernement, c'est-à-dire renvoyer le plus loin possible les élections pour conforter un glissement collectif.

Il ne reste plus qu'au peuple d'en tirer toutes les conséquences et de faire valoir son droit au vote, tel que consigné dans la Constitution.

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