4 Octobre 2017

Rwanda: Vers l'interdiction de l'importation des vêtements de friperie, malgré les menaces des USA

Le président rwandais Paul Kagame a souligné que le Rwanda poursuivra son projet visant la suppression progressive de l'importation de vêtements d'occasion malgré les menaces des États-Unis, qui avertissent que cette décision pourrait mener à la révision de l'éligibilité du pays à un accès hors taxes au marché américain.

Le président rwandais Paul Kagame a insisté sur le fait que le Rwanda poursuivra son projet visant la suppression progressive de l'importation de vêtements d'occasion malgré les menaces des États-Unis, qui avertissent que cette décision pourrait mener à la révision de l'éligibilité du pays à un accès hors taxes au marché américain.

Le président Kagame s'exprimait ainsi dans le cadre d'une conférence de presse, quelques moments après avoir déposé sa déclaration de candidature auprès de la Commission électorale nationale (CEN).

En effet, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et le Soudan du Sud ont décidé d'interdire complètement l'importation de vêtements et de chaussures usagés à l'horizon 2019, arguant que cette mesure permettrait aux pays membres de stimuler l'industrie locale de confection de vêtements.

Cependant, les membres de l'association des matières secondaires et textiles recyclés (Secondary Materials and Recycled Textiles Association - SMART), une association des entreprises du textile des États-Unis d'Amérique (É.-U.), avancent que cette décision de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC) interdisant l'importation de vêtements et de chaussures d'occasion impose des difficultés économiques considérables à l'industrie américaine des fripes.

Les pétitionnaires affirment que cette interdiction est en contradiction directe avec les exigences selon lesquelles les bénéficiaires de la loi sur la croissance et les potentialités de l'Afrique (AGOA) doivent œuvrer vers l'élimination « des barrières au commerce et aux investissements américains » et promouvoir « des politiques économiques qui visent la réduction de la pauvreté ».

Par conséquent, le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR) a lancé la révision de l'éligibilité de l'Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie aux avantages découlant de l'AGOA.

Les États membres de l'EAC constituent l'un des plus importants débouchés de l'industrie américaine du vêtement, représentant des exportations directes d'une valeur totale d'environ 24 millions de dollars au titre de l'année 2016.

Les importations des États-Unis sous l'AGOA s'élevaient à 43 millions de dollars en 2016, un chiffre en hausse par rapport aux 33 millions de dollars enregistrés en 2015, tandis que les exportations se chiffraient à 281 millions de dollars en 2016, en hausse des 257 millions de 2015.

Ces velléités de révision sont renforcées davantage par les efforts fournis par l'EAC afin de mettre en œuvre ladite interdiction.

Le parlement tanzanien par exemple a voté en juin 2016 en faveur d'un budget dans le cadre duquel les droits à l'importation sur les vêtements d'occasion ont été doublés, passant de 0,2 à 0,4 dollar américain par kilogramme.

Le même mois, le Kenya et l'Ouganda ont également annoncé la hausse des droits de douane sur les vêtements usagés, des hausses semblables à celles instituées par la Tanzanie. Le Rwanda de son côté a augmenté les droits d'entrée sur les mêmes articles, passant de 0,2 à 2,5 de dollars américains par kilogramme.

Les pétitionnaires notent que ces augmentations de droits sont si importantes qu'elles équivalent à une interdiction de fait sur les fripes, ce qui indique clairement la volonté des États membres de l'EAC d'imposer ladite interdiction.

Le président Kagame, pour sa part, a affirmé que, vu la conjoncture, le Rwanda devait choisir entre poursuivre l'importation de vêtements usés et développer l'industrie textile locale.

« Le Rwanda et d'autres pays de la région bénéficiaires de l'AGOA doivent s'atteler à d'autres activités, nous devons créer nos industries et en assurer la croissance, a déclaré le président Kagame.

On est confrontée à une situation où nous devons choisir entre devenir un destinataire de vêtements usagés, ou de cultiver notre propre secteur industriel.

En ce qui me concerne, faire le choix est assez simple, on choisira ce dont les Rwandais ont besoin. Nous pourrions subir des conséquences. Mais même lorsqu'on est confronté à des choix difficiles, il y a toujours un moyen », a-t-il ajouté.

Le président a fait savoir que ce ne serait pas la première fois que le Rwanda prendrait des décisions difficiles dans l'intérêt général du peuple.

Les efforts du Rwanda en faveur de l'autonomie

Dans les prévisions budgétaires au titre de l'année fiscale 2017/18, le gouvernement a diminué les taxes sur les intrants sous l'initiative « Made-in-Rwanda », laquelle est censée faciliter la croissance de l'industrie textile locale.

Le président Kagame fait partie des chefs d'États africains qui prônent de meilleures conditions dans les échanges entre les pays africains et ceux de l'Occident afin d'assurer des avantages réciproques.

Il a déjà indiqué à plusieurs reprises qu'il est grand temps de considérer l'Afrique comme un partenaire égal en matière de développement et non comme un bénéficiaire requérant des dons et de l'aide.

L'année dernière, dans le cadre des efforts visant la réduction de la dépendance du continent sur les financements étrangers, Kagame a été sollicité afin de mener les réformes de l'Union africaine y relatives.

Le président a affirmé que l'intention des dirigeants africains de changer le statu quo représentait un grand pas en avant.

« Que les dirigeants africains aient trouvé nécessaire de faire les choses différemment est un très grand pas », avait-il affirmé. Il ajoutait que cette démarche par le continent atténuerait l'impact des facteurs externes sur son évolution socioéconomique.

Réactions des autres pays membres

Tanzanie :

En Tanzanie, des voix du milieu des affaires ont soulevé diverses préoccupations au sujet de ce que la Tanzanie pourrait perdre son éligibilité aux avantages de l'AGOA.

Néanmoins, le directeur exécutif de la Tanzania Private Sector Foundation (TPSF), Godfrey Simbeye, a noté que cette décision n'affectait que très peu l'économie du pays puisqu'elles sont peu nombreuses les industries qui profitent du marché.

Selon lui, le textile exporté en franchise vers le marché américain par la Tanzanie, le Rwanda et l'Ouganda en 2016 ne se chiffrait qu'à environ 100 milliards de shillings, un chiffre pourtant en hausse par rapport aux 73 milliards de shillings de l'année précédente.

Par contre, les États-Unis ont exporté vers l'EAC des marchandises d'une valeur de 618 milliards de shillings en 2016 et 565,4 milliards de shillings l'année précédente.

Étant donné que le pays s'est engagé dans une dynamique d'industrialisation, le retrait de la Tanzanie de l'AGOA pourrait confirmer l'adage selon lequel « à quelque chose malheur est bon », Simbeye a-t-il ajouté.

En contradiction directe, George Assenga, conseiller en placement auprès d'Eximbank, affirme que la décision des États-Unis pourrait impacter négativement le pays de deux façons : un marché instable pour les produits finis du pays et une baisse des recettes d'exportation.

Kenya :

Le Kenya, contrairement à ses voisins, a renoncé au projet d'interdiction. Le Dr Chris Kiptoo, principal secrétaire au commerce international et à l'industrialisation, a fait savoir que le pays avait décidé de se plier aux exigences de l'AGOA. « Après avoir vu la requête déposée en mars, nous nous sommes rendu compte de ce que le groupe de pression avait des arguments frappants », dit-il.

Cette déclaration s'oppose à celles faites en mai de cette année par Betty Maina, principal secrétaire auprès du ministère kenyan du Travail et des Affaires de l'EAC, lors du sommet de la fabrication et des affaires de l'Afrique de l'Est organisé au Rwanda. En effet, Maina affirmait que :

« C'est l'aspiration de tous les chefs d'État de la région et cette volonté a été confirmée. Au cours de ces dernières années, tous les pays se sont attelés au développement de leurs industries textiles afin de s'assurer qu'elles puissent fournir des vêtements neufs convenables et à des prix compétitifs dans le but d'éliminer la demande de vêtements d'occasion...

Le Kenya veut élargir la disponibilité de vêtements neufs confectionnés dans le pays à d'autres pays de l'Afrique de l'Est. Il s'est engagé à veiller à ce que les consommateurs aient un choix abordable de textiles fabriqués localement pour qu'au fil du temps, on puisse éliminer totalement les vêtements d'occasion ».

Le Kenya a donc été exempt de la révision envisagée, considérant les mesures prises récemment par le pays, dont l'annulation des hausses des droits de douane (entrée en vigueur le 1er juillet 2017), et l'engagement à ne pas interdire l'importation des vêtements d'occasion par le biais de politiques ou de mesures qui placent des restrictions excessives sur le commerce allant au-delà des mesures nécessaires à la protection de la santé humaine. L'USTR continuera néanmoins de surveiller les actions du Kenya pour s'assurer que le pays honore ses engagements.

À propos de l'AGOA

L'AGOA a été promulguée le 18 mai 2000 en tant que premier chapitre de la loi de 2000 sur le commerce et le développement. Il offre des incitations palpables aux pays africains pour que ces derniers poursuivent leurs efforts visant l'ouverture de l'accès à leurs économies et la construction de marchés libres.

L'AGOA accorde des préférences commerciales pour des importations contingentaires en franchise sur certaines marchandises qui entrent aux États-Unis, élargissant les avantages octroyés dans le cadre du Système généralisé de préférences (SGP).

Notamment, l'AGOA a permis d'accroître l'accès au marché américain de vêtements et autres produits textiles provenant des pays éligibles. Il porte également sur d'autres marchandises, telles que des fleurs coupées, des produits horticoles, des pièces d'automobiles, et de l'acier.

D'aucuns prétendent que l'AGOA est en contradiction avec les règles de l'OMC, l'organisation intergouvernementale chargée de la régulation du commerce international. Il est aussi perçu comme un accord inéquitable puisque les Africains n'ont pratiquement pas été impliqués dans son élaboration.

De plus, l'AGOA essuie des critiques dus au fait qu'il porte « principalement sur le pétrole et les matières premières ».

À la suite de sa promulgation, « la valeur des exportations est passée de 8,2 milliards de dollars au départ à 54 milliards de dollars en 2011, représentant une augmentation de plus de 500 pour cent ; les ressources naturelles, le pétrole surtout, constituant 90 pour cent desdites exportations. »

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