4 Octobre 2017

Tunisie: L'Etat face à ses serviteurs

Ils sont quatre mille fonctionnaires à avoir envoyé des demandes pour bénéficier de la retraite anticipée parmi ceux dont l'âge a dépassé les 57 ans, c'est-à-dire ceux qui vont bénéficier encore de trois ans dans leurs postes.

D'après les estimations du gouvernement précisées dans son programme économique et social soumis à la discussion puis à l'approbation des signataires du Document de Carthage, qui doivent se réunir demain jeudi 5 octobre, le nombre des fonctionnaires concernés par l'offre de la retraite anticipée varie entre 3.000 et 5.000.

Mohamed Trabelsi a notamment précisé que, pour le moment, ils sont quatre mille fonctionnaires demandeurs de retraite anticipée, que leurs demandes seront examinées prochainement et qu'il n'est pas sûr qu'elles soient toutes acceptées. Donc, il faut comprendre que le chiffre annoncé est temporaire, attendant confirmation ou réduction au cas où il s'avérerait que l'Etat a encore besoin de certaines compétences dont il ne veut pas se défaire.

Et comme le chiffre annoncé par le ministre des Affaires sociales n'a pas beaucoup impressionné ceux qui s'attendaient à voir l'administration tunisienne libérée de ces milliers d'agents qui ne cessent de revendiquer l'augmentation de leurs salaires et de leurs primes de rendement, de productivité... Une source gouvernementale informée a fait savoir que les 4.000 demandeurs de mise en retraite anticipée âgés de plus de 57 ans font partie d'un premier programme de décongestion de l'administration.

La même source ajoute : «Il existe un deuxième programme de départ volontaire des fonctionnaires âgés de moins de 57 ans. Il concerne entre 10 mille et 15 mille agents administratifs et il entrera en vigueur en 2018».

30.000 fonctionnaires ciblés

Maintenant que les précisions chiffrées sont faites et que l'on est assuré ou presque que l'administration tunisienne comptera d'ici fin 2018 au moins 14 mille fonctionnaires de moins (4.000 bénéficiaires de la retraite anticipée et 10 mille retraités de leur propre gré), on ne peut que s'interroger sur la pertinence et l'impact de la promotion de la campagne retraite anticipée et retraite volontaire auprès des fonctionnaires qui se sont trouvés dans le désarroi total entre les déclarations rassurantes du gouvernement, les petites phrases déroutantes des responsables de l'Ugtt et enfin les révélations catastrophiques distillées à un rythme quasi quotidien par les responsables des caisses sociales et aussi par ces experts qui pullulent sur les plateaux radio et TV faisant planer le danger de voir l'Etat et ses caisses sociales incapables de servir aux fonctionnaires leurs salaires et aux retraités leurs pensions.

Certes, l'objectif est ambitieux et on ne se lassera jamais de le répéter: il n'est plus question que la masse salariale servie aux serviteurs de l'Etat continue à grimper vertigineusement pour atteindre 15% ou plus du produit intérieur brut. Tout le monde est convaincu qu'il est impératif que cette masse salariale soit ramenée à 12,5% du PNB, et même les opposants les plus irréductibles aux recommandations ou conseils du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) sont aujourd'hui d'avis qu'il faut arrêter l'hémorragie même si le coût social sera cher. Et c'est bien ce coût qui divise toujours syndicalistes, responsables gouvernementaux et responsables des caisses sociales à qui reviendra de payer les milliers de travailleurs retraités de leur propre gré ou du fait des programmes de sauvetage des entreprises publiques menaçant faillite.

Ceux qui se demandent comment le gouvernement va agir pour convaincre ses agents de partir évoquent aussi le cas des entreprises publiques et aussi privées qui cherchent à se débarrasser de leurs employés de trop et voudraient que l'Etat les aide à le faire.

En tout état de cause, la rencontre-concertation que tiendra demain Youssef Chahed avec les signataires du Document de Carthage soutenant son gouvernement sera, à coup sûr, très animé. Il est acquis que les syndicalistes qui ont planché dimanche et lundi sur la question des caisses de sécurité sociale et sur les grandes orientations de la loi de finances 2018 auront leur mot à dire sur d'autres chiffres comme les 2 mille millions de dinars de déficit accusé par les caisses sociales ou les 2 mille 600 millions de dinars que la Cnss et la Cnrps doivent à la Cnam.

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