4 Octobre 2017

Afrique: « Parlons menstrues », et brisons le silence autour des règles féminines

En Afrique certains sujets liés à la santé sexuelle restent tabou dans les familles et la société. Les menstrues en font partie. Plusieurs filles atteignent l'âge de la puberté sans être éduqués sur ce cycle de la vie quotidienne, qu'elles vivront jusqu'à la ménopause.

Selon le fonds de Nations unies pour l'enfance, Unicef, une fille sur dix manque les cours chaque semaine car empêchée de se rendre à l'école par les menstrues. L'Unicef indique que les causes principales de ce problème restent entre autre le manque de serviettes hygiéniques et l'accès aux toilettes et à l'eau potable.

En République Démocratique du Congo, les chiffres sont plutôt plus alarmants. Cinq (5) sur dix (10) filles s'absentent de l'école entre trois (3) à cinq (5) jours par mois faute d'accès aux serviettes hygiéniques. « 21% de filles n'ont pas accès à l'eau potable et des toilettes » indiquent les statistiques 2017 de la Fondation House of Irico, qui s'implique dans la sensibilisation aux côtés du gouvernement congolais pour un accès gratuit aux serviettes hygiéniques par les filles de 10 à 25 ans.

« Notre but est de garder les filles à l'école pendant leurs règles » explique Iris Nzolantima, coordonnatrice de la Fondation House of Irico. Cette femme, qui évolue également dans l'entrepreunariat s'est rendue au Canada du 17 juin au 01 juillet 2017 afin de collecter un lot de 2 millions de serviettes hygiéniques qui sera distribué à plus d'un million de filles et femmes vulnérables en milieux ruraux en République Démocratique du Congo.

« Je salue votre initiative sur un sujet qui, malheureusement, est resté un tabou pendant longtemps dans notre milieu », a écrit Oly Ilunga Kalenga en juin dernier en réponse à une demande de parrainage de la campagne initiée par la Fondation House of Irico. « La campagne Brisons le silence, parlons menstrues peut bénéficier de l'assistance technique du ministère de la santé par le biais du programme national de la santé de l'adolescent, surtout que votre cible concerne les jeunes filles dont l'âge varie entre 10 et 25 ans », a précisé le ministre.

Pour Iris Nzolantima, ce ne sont ni les bruits de guerre, moins encore les conflits ou l'insécurité qui privent l'école à certaines filles dans certains cas, mais les règles, qui du reste ne sont pas un choix de la fille, plutôt un phénomène naturel. D'où son appel aux leaders masculins à être les portes-étendards de la campagne « Brisons le silence, parlons menstrues », une approche qu'encourage la masculinité positive.

Alors qu'environ 78% des filles contre 48% de garçons abandonnent l'école en raison d'absence de latrines, ou d'eau courante (statistiques données par House of Irico), les filles restent particulièrement touchées par ce drame à cause des problèmes gênant que cela peut provoquer pendant la période de règles. « Au 21ème siècle la menstruation ne devrait plus être une raison (de plus) pour qu'une fille rate la chance d'acquérir l'éducation », avait dénoncé Iris Nzolantima le 28 mai dernier alors qu'elle prenait part à une activité de sensibilisation sur ce problème, appelant les autorités scolaires à doter les établissements scolaires de toilettes saines en vue de permettre aux jeunes filles élèves de s'occuper de l'hygiène sexuelle même à l'école.

Rappelant que la gestion de l'hygiène menstruelle (GHM) est couverte par six des objectifs de développement durable (ODD 3, 4, 5, 6, 8 et 9) la Fondation House of Irico plaide pour l'introduction de l'éducation sur la santé sexuelle, plus particulièrement de menstrues dans le cours d'éducation à la santé, dispensé au cycle secondaire de l'enseignement en RDC. Aussi l'ONG a lancé une importante campagne pour obtenir auprès de services fiscaux l'exonération de produits liés à l'hygiène sexuelle.

À l'occasion de la date du 28 mai lors de la célébration de la journée mondiale de l'hygiène menstruelle, l'équipe de la Fondation House of Irico a également mis en place la campagne de 28 façons pour briser le silence et parler des règles en République Démocratique du Congo. À l'occasion, cette campagne a rejoint celle organisée sur le continent dénommée « Règle comme Elle » qui consistait au partage de témoignages et de messages positifs autour de ce phénomène pour briser les clichés collés aux règles dans les sociétés Africaines où plusieurs coutumes recommandent l'isolement de la femme lors de sa période menstruelle.

« Les menstrues féminines ce n'est ni sale, ni honteux. C'est un phénomène naturel »

« Avoir ses règles est un signe d'une bonne ovulation, donc d'une bonne santé. Alors il n'y a pas question de se sentir honteuse »; « les menstrues féminines ce n'est ni sale, ni honteux. C'est un phénomène naturel »; « Dans l'Égypte ancienne, les hommes pouvaient prendre de congés pour s'occuper de leurs filles ou femmes pendant leurs règles »; « Une femme absente de son travail à cause de menstrues, ce sont des entrées de moins pour l'entreprise et l'économie du pays »;... tels étaient des messages partagés par les hommes et. Les femmes militant pour l'inclusion de sujets sur les menstrues dans le débat public.

Tout en espérant distribuer cette année plus de 2 millions de serviettes hygiéniques à plus d'un million de femmes Congolaises, Iris Nzolantima appelle le gouvernement Congolais à s'impliquer totalement dans cette campagne pour l'intégration de la femme. « Comme le Kenya qui a adopté une loi sur la santé sexuelle, la RDC doit lui emboîter le pas en vue de permettre aux femmes de jouir d'une égalité de chance dans les secteurs de l'éducation et du travail » plaide-t-elle, appelant les femmes placées dans les institutions de décisions à s'approprier cette lutte.

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