4 Octobre 2017

Ile Maurice: Corporate Social Responsibility - Où en sommes-nous aujourd'hui ?

«Depuis 2016, nous rencontrons d'énormes difficultés. Nous devions organiser un séminaire résidentiel pour les enfants mais nous n'en avons pas les moyens. Nous n'avons même pu faire de sortie pédagogique cette année», décrie Véronique Mars, coordinatrice de l'association Ki fer pa mwa.

Celle-ci effectue des cours de rattrapage pour 55 enfants de Batterie-Cassée, Karo Kalyptis et cité Briqueterie.

Cette épée de Damoclès, Brigitte Kwong Cheung Ning, de l'Association Père Laval des Sans Abri, la ressent aussi. «Nous ne savons pas si nous pouvons toujours opérer demain. Nous encadrons une dizaine de personnes rejetées par la famille ou sorties de prison. Nous leur procurons tout le nécessaire. Je suis inquiète: comment continuer alors que le financement diminue. C'est devenu aléatoiremaintenant.»

Conscient de ces craintes, Dana Chengen, président de la Mauritius Council of Social Services (MACOSS), rencontre ses membres aujourd'hui, à 15 heures, au siège de l'institution à Ébène : «Nous sommes à l'écoute. Nous devons comprendre les problèmes rencontrés par les ONG au niveau du CSR pour décanter la situation»

Quelle est l'origine de ce manque de fonds ? «Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle législation imposant aux compagnies de verser 50 % de leurs fonds CSR à la Mauritius Revenue Authority (MRA) pour le compte de la National CSR Foundation (NCSRF), les fondations comme la nôtre se retrouvent dans une situation difficile», explique Mario Radegonde, manager de l'ENL Foundation.

Mettre la clé sous le paillasson

Il affirme que les finances disponibles pour mener les actions sur le terrain diminuent subséquemment. De ce fait, l'organisme a dû réduire le nombre de ses projets. «Le financement des ONG est aussi impacté. Avant, elles pouvaient frapper à plusieurs portes du secteur privé. Certaines ont déjà dû mettre la clé sous le paillasson», ajoute-t-il.

Depuis sa création en 2009, l'ENL Foundation a chapeauté l'accompagnement scolaire d'enfants de régions défavorisées, ce qui a contribué à un meilleur «taux de réussite au Certificate of Primary Education (CPE) de 30 à 90 % parmi les bénéficiaires», selon notre interlocuteur. Des ateliers de théâtre, des initiations au sport et à la microentreprise chez les femmes ont également été entamées.

La préoccupation du manque de ressources est partagée par Kristina Samudio, CSR Manager à la Fondation Solidarité d'Eclosia. Lancée également en 2009, l'organisation a soutenu 158 projets en matière d'employabilité, d'éducation, de logement social, entre autres.

«Dans le contexte actuel, il est difficile de 'plan ahead' et de prévoir un appui à long terme. Il y a aussi une incertitude du sort de nos partenaires sur le terrain qui ont des difficultés à trouver les financements», précise-t-elle.

L'attribution des 50 % des fonds du CSR à la MRA remonte à une mesure budgétaire. Un amendement à l'Income Tax Act stipule ainsi que la moitié des fonds du CSR est versée à la MRA. Les 50 % restants sont utilisés pour les ac- tivités du CSR au niveau des entreprises. Cette démarche est en vigueur depuis le 24 juillet 2017 et s'aligne avec l'institution de la National CSR Foundation (NCSRF), incorporée sous la Foundation Act, le 30 décembre 2016. L'organisme est en opération depuis février 2017.

Plus de transparence

L'objectif est d'apporter plus de transparence dans le procédé. En effet, cet aspect avait été critiqué ainsi que le manque de focalisation sur la pauvreté et d'assistance aux groupes vulnérables. Avec le Budget 2016/2017, un nouveau cadre a été défini pour y remédier avec la création de la NCSRF. «Des paramètres ont été établis pour assurer l'objectivité et la transparence. Par exemple, un appel à projets a été lancé publiquement. Les noms des ONG enregistrées auprès de la fondation et les bénéficiaires ainsi que les montants alloués sont accessibles sur notre site», indique Ajay Sowdagur, secrétaire général de cette fondation nationale. Une charte d'objectifs, de critères d'éligibilité et de nouveaux axes d'intervention prioritaires ont été définis. La NCSRF dispose d'un comité composé de membres du gouvernement, du secteur privé et de la société civile.

Quels sont les changements appliqués depuis sa mise en opération ? «La fondation nationale n'approuve plus les projets des entreprises. Il y a un mécanisme de soutien et de financement aux projets des ONG à travers l'appel à projets, de suivi et d'évaluation de ces derniers sur le terrain», souligne le secrétaire général de la NCSRF. Si l'organisme national entend bien mettre bon ordre dans le système du CSR, il n'en demeure pas moins que les inquiétudes quant à la pérennité des ONG subsistent.

«La NCSRF est sur la bonne voie et essaie d'honorer beaucoup de demandes. Cependant, il se peut qu'elle n'arrive pas à entrer dans la réalité des gens», indique Dana Chengen. Pour sa part, Mario Radegonde estime que l'État ne peut se «substituer aux entreprises». Il soutient «qu'il faut laisser au secteur privé la liberté de gérer sa responsabilité sociale,même si nous sommes d'accord qu'il doit y avoir des directives pour encadrer ces actions».

À cela, Ajay Sowdagur affirme qu'un travail de partenariat entre les secteurs public et privé est nécessaire. «Le secteur privé à lui seul ne peut s'atteler aux problèmes de société. Il faut de la transparence et une garantie d'équité pour toutes les ONG», conclut-il.

En chiffres:Rs 166 millions

C'est le montant du décaissement effectué par la National Corporate Social Responsibility Foundation (NCSRF) à septembre 2017. Cette somme a permis de financer 177 projets depuis l'entrée en opération de l'organisme national en février 2017. Depuis le début de ses activités, la NCSRF a reçu 297 demandes de projets. De ce taux, 46 n'ont pas été retenus, six ont été retirés par les soumissionnaires et 68 sont présentement à l'étude.

Les bénéficiaires témoignent :

Jenny Achichiaou, de la Plateforme Citoyenne de Cité Sainte-Catherine

«Nous encadrons 250 enfants de 2 à 18 ans. Là, nous leur apprenons à jouer de la musique au lieu de rester dans la rue», déclare Jenny Achichiaou. Elle fait partie de la plateforme citoyenne de cité Sainte-Catherine, à Saint-Pierre. L'organisation bénéficie du soutien des fondations CSR d'Eclosia, d'ENL et de Rogers pour un projet de développement communautaire, lancé le 25 septembre 2017. Selon elle, le CSR permet d'encadrer les parents en difficulté. «Nous avons des cours de naturopathie, d'alphabétisation, d'informatique, de culture végétale à la maison, de gestion de budget, etc. Le CSR a changé les choses pour nous», confie-t-elle.

Lindsay Dercy, de la Cypress Handicapped Association

«Nous encadrons les personnes handicapées. Le CSR nous a énormément aidés à y parvenir», soutient Lindsay Dercy, fondateur de la Cypress Handicapped Association. Créée en 1993, l'ONG préconise des activités au bénéfice de 35 handicapés sujets à la trisomie, l'épilepsie et des retards dans le développement, etc. «Nous faisons de l'alphabétisation, de la natation, du jardinage et disposons d'un laboratoire informatique», explique-t-il. Cependant, il estime que les fonds sont insuffisants pour les prochains projets, dont la construction d'un centre d'accueil et l'achat d'un véhicule.

Gaurav Heerowa, de l'Association Sportive Black Riverside

Fondée depuis 2003, l'Association sportive Black Riverside bénéficie enfin du soutien du CSR. «Auparavant, nous avions obtenu de l'aide de l'Union européenne, de l'ambassade américaine, du NGO Trust Fund, entre autres. Nos demandes aux entreprises sous le CSR n'avaient jamais abouti jusque-là», déclare Gaurav Heerowa, secrétaire de l'organisation. Basée à Gros-Cailloux, l'organisation compte 300 bénéficiaires âgés de 7 ans et plus. Intégrant le sport et le travail communautaire, celle-ci vient de recevoir l'approbation de son projet de développement sportif par la NCSRF. Ainsi, cela a contribué à l'ouverture d'une école de football à Gros-Cailloux et à la préparation d'une autre à Bambous.

Ajay Sowdagur : «Nous élaborons actuellement un plan stratégique»

Une principale critique faite au CSR est que les fonds n'aient pas été destinés au soutien des groupes vulnérables. Pourquoi ces manquements ?

Il n'y a pas eu d'évaluation du CSR depuis 2009. Il est difficile de faire une observation sur l'impact spécifique auprès des groupes vulnérables. Mais plusieurs fondations privées et ONG ont vu le jour et de nombreux projets ont pu être financés. Quant aux manquements, au vu de la dispersion des initiatives CSR de part et d'autre, il n'y a pas eu une coordination efficace pour assurer un impact plus visible sur les bénéficiaires à l'échelle nationale. La création d'une fondation nationale a justement pour but d'assurer une meilleure transparence dans l'utilisation des fonds.

Et comment ? Quel est votre rôle au juste ?

La fondation n'entreprend pas directement la mise en place des projets CSR. Notre rôle principal est d'œuvrer pour une société mauricienne plus équitable et inclusive. Nos priorités sont d'appuyer et encadrer les ONG dans leurs démarches, faire le suivi et l'évaluation des projets. L'équipe complète de la NCSRF a été constituée le 4 septembre 2017. Nous élaborons actuellement un plan stratégique. Nous aurons des consultations avec les prestataires pour un état des lieux et des discussions approfondies sur les problèmes qui émergeront en vue d'améliorer le système actuel.

Souvent, les champs d'intervention comme l'éducation, l'allègement de la pauvreté, le soutien aux handicapés, sont saturés par les ONG. Ne faudrait-il pas les regrouper en réseau ?

Les ONG sont nos partenaires stratégiques. La NCSRF compte travailler en étroite collaboration avec les différents ministères et les entreprises, justement pour assurer une meilleure coordination. Une synergie dans nos actions est essentielle car nous avons une vision commune. Chaque ONG a ses propres mission et structure. Le regroupement de celles aux actions communes serait une bonne chose en termes d'impact. Nous voulons évoluer de façon stratégique pour apporter un changement réel. Notre approche collaborative implique aussi la création de réseaux d'action, de recherche et d'innovation.

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