5 Octobre 2017

Cameroun: Revendications - Les ingrédients de la radicalisation

En plus de la coupure d'Internet, qui a asphyxié l'économie locale ces derniers mois, l'absence de dialogue entre le gouvernement et les leaders de la contestation anglophone n'aide qu'à radicaliser les populations du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

Limbé, ville côtière de la région du Sud-Ouest, ce samedi 30 septembre 2017, LQE rend visite à certains citoyens de cette belle cité réputée pour son hospitalité. Malgré le couvre-feu instauré par le gouverneur de la région, Bernard Okalia Bilaï, la veille (vendredi 29 septembre 2017, dès 21h), il est quand même possible de circuler en ville. A bord d'un véhicule personnel ou d'un taxi. Les mototaxis, quant à elles, ne peuvent se contenter de se mouvoir qu'à l'intérieur des quartiers.

Aux grands carrefours de la ville, des pickups remplis de policiers et de gendarmes veillent au grain. En ville, très peu de personnes vont et viennent. La majorité des habitants de Limbé, en cette période de couvre-feu, a préféré resté à la maison. Dans certains quartiers, les hommes devisent autour d'une bière glacée, pendant que les femmes s'occupent du repas de la journée. Ici, l'ambiance est plutôt calme. On pourrait même penser, en dépit des commerces fermés, que la crise est achevée. Mais il suffit d'observer les gens de plus près pour comprendre rapidement que le malaise est profond.

« Comment les gens peuvent-ils être heureux, quand le gouvernement n'a jusqu'ici apporté aucune solution au problème anglophone ? Tout ce qu'il a pu faire, c'est de fouetter les leaders et de les jeter en prison », déplore James K, journaliste d'un des principaux journaux de langue anglaise du pays. A l'en croire, la crise, qui secoue les deux régions anglophones du pays, n'aurait pas atteint l'ampleur actuelle, si elle était gérée avec du tact.

« Le mépris et l'arrogance des membres du gouvernement ont aggravé le problème. D'abord, ils refusent de reconnaître l'existence du problème. Ensuite, ils nous traitent de terroristes. Puis, ils fouettent les leaders de la contestation et les jettent en prison. Et enfin, ils coupent Internet, asphyxiant par conséquent l'économie de cette partie du pays », explique-t-il. Des propos qu'approuve Gilbert M, enseignant d'histoire. « Nous constatons, avec beaucoup de peine, que beaucoup de nos frères francophones ne nous comprennent pas. Certains se disent que nous voulons diviser le pays en deux. Ce qui est faux.

Réclamer le retour à l'Etat fédéral, n'a rien à voir avec la sécession. C'est vrai qu'il y en a ici qui penchent de plus en plus pour cette option, mais ils sont minoritaires. Ce que nous voulons, c'est une gestion de nos affaires au niveau local, pour ne plus être obligé d'aller à Yaoundé, pour le moindre puits d'eau», fait-il savoir. Pour sa part, les Camerounais d'expression française ont posé des actes qui, ces derniers mois, ont contribué à radicaliser de nombreux anglophones.

« Je veux parler ici de certains pseudo-intellectuels qui, à longueur de journée, clament sur les réseaux sociaux que le problème anglophone n'existe point. Idem, pour des journalistes qui appellent au massacre des anglophones. Ou encore, une chaine, qui des mois avant parlait de dératiser la zone anglophone. A cela, il faut ajouter, les coupures d'Internet, la forte militarisation, le français comme langue qui sauve ou encore l'ouverture du feu sur les manifestants», souligne-t-il.

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