5 Octobre 2017

Afrique: Paul Kananura - « l'Afrique est devenue la fille idéologique de l'Occident et réceptrice de l'Orient »

interview

L'Institut Mandela organise, le 04 novembre prochain à Paris (France), une conférence sur les « Enjeux de l'Opposition en Afrique ». En prélude à cette grande messe, le Président de l'Institut Mandela, Paul Kananura a, dans une interview exclusive accordée au Journal Le Potentiel, expliqué le bien-fondé de ces assises et l'intérêt, pour chaque acteur socio-politique, d'y participer activement.

L'Institut Mandela organise, en novembre prochain à Paris, une Conférence sur les « Enjeux de l'opposition en Afrique ». Quel est l'intérêt, pour les acteurs socio-politiques de la RDC, de participer à cette Conférence pendant cette période de grandes turbulences politiques au pays?

La RDC traverse une crise politique, démocratique et institutionnelle depuis des années. Il est temps que les acteurs politiques et de la société civile dépassent la soif ou la logique de la confiscation du pouvoir pour penser à l'intérêt supérieur de la nation.

Un débat dépassionné pour trouver un consensus de la gouvernance incluse, où se voient toutes les strates de la nation, est plus que nécessaire.

Et l'Institut Mandela offre cet espace de débat dans un esprit constructif, (débat ya bien comme on dit à Kinshasa) pour l'édification d'une société démocratique et inclusive.

Le Congo est un Grand Pays avec un Grand Peuple et d'énormes ressources stratégiques qui devraient l'assurer le destin d'une Nation puissante.

Aujourd'hui c'est un géant au pied d'argile. Il est malade de ses hommes politiques dont beaucoup ont une vision à court terme qui ne cadre pas avec des schémas géopolitiques et géostratégiques du monde.

Cette vision consiste à chercher ou négocier le pouvoir et/ou les postes sans savoir pourquoi faire avec pour protéger les populations et le pays des prédateurs.

La conférence insistera sur la logique des projets de société dont le pays a grandement besoin. Nous en avons discuté longuement avec le Sénateur Raymond Ramazani Baya lors de la préparation de cette conférence en juillet dernier.

La relative bonne santé politique, avec 477 Partis politiques, désoriente le peuple quant au choix du meilleur projet de société. De ce fait, elle nuit gravement à la santé démocratique car les choix privilégient des considérations ethniques et régionalistes au détriment de l'esprit national.

Cela favorise la désintégration politique de la nation qui provoque des tentations de rébellion à répétition. Il faudra que des coalitions ou regroupements de partis politiques se fassent, ne pas par affinités politiques, mais plutôt par cohérence idéologique.

Un politique sans cohérence idéologique est un traître en toute circonstance car il place son intérêt personnel avant les intérêts de la nation et du peuple.

Le Congo a une longue histoire de lutte pour son indépendance : de la Révolte des Batetela de Luluabourg en 1895 à la révolution de Lumumba. La nouvelle génération consciente devrait se lever comme un seul homme pour imposer la dynamique de construction d'un pays stable et juste.

Des jeunes ont raison de réclamer de plus en plus de transparence et de dignité dans l'exercice des hautes fonctions.

Le pays doit retrouver ses racines, sa fierté et sa dignité lumumbistes, avant de conquérir sa place dans le monde complexe. Et la conférence pourra rappeler cette évidence vitale pour la survie du Congo en tant que nation indivisible.

 Quelles sont vos principales attentes à l'issue de la Conférence du 04 novembre prochain ?

Nous espérons qu'à la sortie de la conférence, nous pourrions partager et promouvoir les propositions suivantes :

- la politique est une mission pour faire une action publique et non un métier à vie ;

- le projet politique à vendre auprès des électeurs est plus important que le discours de règlement de compte très souvent entonné par l'opposition, qui fait qu'elle n'arrive pas au pouvoir car elle n'offre pas d'autres alternatives que la prison aux acteurs en responsabilité en cas d'alternance politique, ce qui les incite à se maintenir au pouvoir coûte que coûte ;

- la compréhension partagée que le rôle de l'opposition est de s'inscrire dans le débat publique et non d'être en prison ;

- la culture politique moderne bannit la chasse aux sorciers en cas d'alternance ;

- la clarification de la différence entre la société civile et l'opposition est une obligation juridique, car leur confusion est très dommageable à la démarche citoyenne.

Et d'ailleurs, nous pensons qu'un délai de carence de 2 à 3 ans doit être établi pour le passage de la société civile à la politique. Nous rappelons que ce délai est de 8 ans pour les Généraux américains. C'est un exemple à suivre avec une distance raisonnable ;

- le respect des décisions institutionnelles, même si elles sont parfois condamnables car on ne peut pas décrédibiliser des institutions qui vous permettront de gouverner demain ;

- enfin l'essentiel, c'est la préservation à tout prix de la stabilité nationale : la violence électorale détruit le potentiel de développement et la confiance des investisseurs. La logique de gouverner dans la ruine n'est pas très intelligente ; elle découle d'intérêts personnels autres que l'intérêt supérieur de la nation. A chacun de choisir son camp.

Qu'entendez-vous par : « Afrique des possibles » pour lequel l'Institut Mandela fait son cheval de bataille ?

L'Afrique sera ce que nous en ferons. L'« Afrique des possibles », c'est le continent de l'efficacité économique, de la solidarité sociale et du progrès scientifique. Cette « vision des possibles » attire aussi l'attention des pouvoirs publics sur les inégalités sociales qui posent de sérieux problèmes d'avenir.

La quête de croissance sans esprit redistributif entretient un système inégalitaire, générateur d'apartheid sur la base des revenus, aliénant et destructeur à terme pour les Pays qui ne pourront pas contenir l'explosion de la bombe sociale.

Et pourtant, l'Afrique a des ressources pour négocier le virage de l'émergence. Ce continent est, malgré ses nombreuses contradictions, présenté comme étant le continent de demain : nouvel eldorado des investisseurs étrangers et puissance démographique avec une population de 6 milliards d'habitants en 2100 contre environ 1,216 milliard actuellement.

Les mentalités et consciences changent, l'Afrique se libère petit à petit du tuteur des puissances étrangères, à telle enseigne que l'on se permet même d'affirmer avec fierté la « Renaissance Africaine ».

C'est par autonomie économique, politique et militaire que cette « renaissance africaine » pourra s'imposer dans la mondialisation des idées et du marché. Il y a ainsi du pain sur la planche : l'Afrique doit déployer une recherche scientifique de pointe permettant de se mettre à l'abri sur le plan sanitaire, économique et militaire.

 Le Programme « Africanisation de la démocratie » de votre institution veut que les principes et valeurs de la démocratie universelle tiennent compte des contextes « locaux et nationaux », pour résoudre des conflits liés à l'exercice du pouvoir. Etes-vous entrain de promouvoir une sorte de « démocratie à l'africaine » ?

Nous partons d'un constat que l'accès au pouvoir conditionne l'accès à la richesse. Ceux qui sont privés du pouvoir sont de facto exclus de l'accès à la richesse. Pour accéder à cette richesse, le seul moyen c'est la violence.

Ce n'est pas ce que nous souhaitons pour l'Afrique. Donc, il est possible d'inventer des modes de gouvernance inclusive qui assurent la représentativité de toutes les couches et strates de la nation.

En ayant adopté de force les langues, les modèles d'administration étatiques, le système religieux, scolaire et de justice de la colonisation, l'Afrique est devenue la fille idéologique de l'Occident et réceptrice de l'Orient.

Ces modèles introduits fascinent toujours plus les consciences en lutte pour l'existence quotidienne.

Cette consommation de pensée ne permet pas aux Africains de se rendre compte qu'ils sont obligés de se débarrasser de leur héritage traditionnel et de tous les rouages de gestion morale qui maintenaient la démocratie et la paix sociale.

Notre but n'est pas de promouvoir une sorte de « démocratie à l'africaine », mais plutôt de promouvoir la « gouvernance inclusive » permettant à l'ensemble de la société de se voir dans le reflet du miroir du pouvoir.

Il est question que les principes et valeurs de la démocratie universelle tiennent compte des contextes locaux et nationaux pour résoudre des conflits liés à l'exercice du pouvoir.

Le Programme vise à inciter les pays africains à adopter des lois fondamentales garantissant la gouvernance inclusive.

C'est dans ce cadre que nous avons invité SEM Hamada Madi Boléro, Directeur de Cabinet du Président de l'Union des Comores, chargé de la Défense Nationale (Ministre de la Défense) pour inaugurer ce programme avec une conférence sur la « Présidence tournante aux Comores » qui a résolu le problème sécessionniste des îles pour se concentrer sur la gouvernance politique.

C'est un mode de gouvernance insulaire ; mais qui peut donner un exemple de résolution d'un problème national par une constitution fixant le cadre institutionnel adapté au contexte local. C'est au prix d'adaptation aux contextes locaux des fondements de l'idéologie démocratique que la vision de gouvernance inclusive et d'un autre « vivre ensemble » est possible.

 Un mot sur le Programme « Emergence de l'Afrique » de l'Institut Mandela ?

L'émergence est devenue un slogan politique plutôt qu'un projet de société. Le Programme « Emergence de l'Afrique » prépare annuellement les JECA (Journées Economiques et Consulaires Africaines) qui réunissent un auditoire d'investisseurs, de financiers, de politiques, de ministres et de diplomates pour parler de l'optimisme croissant des perspectives économiques de l'Afrique dans le but de promouvoir les investissements.

Cette rencontre de haut niveau réunit pendant deux jours, d'une part, des acteurs institutionnels pour le partenariat au développement et, d'autre part, des acteurs économiques dans le but de créer des opportunités d'affaires mutuellement profitables. La diplomatie économique rimait avec la diplomatie du développement pour la promotion des intérêts de l'Afrique sur la scène internationale.

La première journée est réservée aux Représentants des Pays pour une présentation globale du climat des affaires et les potentialités du pays pour attirer des investissements.

- Les Représentants des Etats présentent le climat des affaires et les potentialités de leurs pays en soulignant les atouts du pays (la situation de l'environnement et du cadre des affaires, la situation socio-économique et sécuritaire, les infrastructures, les perspectives économiques,... .), les politiques de promotion et de facilitation d'investissement (politiques fiscales pour attirer les capitaux étrangers, promotion et renforcement de la compétitivité, renforcement des compétences managériales des dirigeants d'entreprises pour le partenariat,... ) et les mesures de protections d'investissement (engagements et garanties publics de sécurisation des investissements).

-Les Entrepreneurs partagent des expériences innovantes, des informations économiques et des possibilités d'investissement ou de partenariat stratégique.

La deuxième journée est consacrée aux quatre panels sur les fondamentaux de l'économie. Les intervenants de différents panels abordent sérieusement certains défis majeurs comme l'investissement, la croissance durable, l'interconnectivité, l'employabilité et l'inclusivité pour souligner la transformation des économies africaines et l'amélioration de l'environnement des affaires dans le but d'attirer davantage d'investissements à travers la mise en place des politiques de promotion et de sécurisation d'investissement.

-Les acteurs institutionnels et de la société civile présentent des outils de partenariat au développement. Et le dernier panel de la journée est consacré à la Rencontre d'Affaires B to B pour faciliter les contacts d'affaires dans un cadre privatif et convivial. C'est le moment de proposer des services et des contrats.

L'Afrique entreprenante et l'Afrique diplomatique gomment l'afro-pessimisme pour converger vers l'afro-optimisme, en vue de s'approprier son avenir, son destin et son émergence dans la globalisation des échanges mondiaux.

Afrique

Scandale après la nomination de Mugabe par l'OMS

La polémique enfle après la nomination par l'OMS, le 18 octobre, du président zimbabwéen… Plus »

Copyright © 2017 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.