6 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Menace de nouvelles sanctions des Etats-Unis - « Ils ne peuvent pas nous faire peur », selon Mende

La dernière lettre de sept sénateurs américains au président Donald Trump a créé la panique au sein de la MP. Si celle-ci tente encore d'afficher son sang-froid, elle a néanmoins encaissé le coup. La lettre a atteint sa cible, même si de l'avis du porte-parole du gouvernement Lambert Mende, les signataires de ladite lettre « ne peuvent pas leur faire peur ». Un défi directement lancé à l'administration américaine.

Le 3 octobre 2017, sept sénateurs démocrates des Etats-Unis écrivaient au président Donald Trump pour demander son implication dans le dénouement heureux du chaos politique qui prévaut en RDC, où le président Joseph Kabila s'obstine à s'accrocher au pouvoir malgré la fin en décembre 2016 de son second et dernier mandat. Dans la lettre, les sept sénateurs exigent du président Trump plus de fermeté dans le traitement du dossier congolais afin de faire fléchir la majorité au pouvoir et son autorité morale, Joseph Kabila.

A Kinshasa, cette lettre a été commentée dans tous les sens. Si la majorité présidentielle continue à marmonner, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, s'est empressé de répliquer à l'initiative des sénateurs américains. Il a fait valoir le point de vue du gouvernement. Selon le site actualite.cd il a, sans surprise, minimisé la portée de la lettre de sept sénateurs démocrates américains à la Maison Blanche. Comme à l'accoutumée, il a laissé entendre que « Ces sénateurs sont des démocrates. C'est l'opposition au président Trump. Il faut le préciser, ils sont minoritaires au Parlement ».

La MP, indique Lambert Mende, est sur ses gardes et n'est pas prête à céder au chant de cygne d'outre-Atlantique. Et de se consoler : « Ils ne peuvent pas nous faire peur. Ça nous importe peu leur action, c'est improductif. Ça n'aura pas d'effet. Ils sont dans la même lignée que Tom Perriello, Obama et les autres ».

Par ailleurs, le porte-parole du gouvernement se réconforte - à sa manière - de la mise en œuvre de l'accord du 31 décembre 2016 qui donne, pense-t-il, un sursis à leur régime. « L'accord du 31 décembre, dit-il, est en cours d'application et nous n'allons pas céder face à ces gens qui sont de l'Opposition aux Etats-Unis».

Une mauvaise lecture aux conséquences imprévisibles

Une fois de plus, la Majorité présidentielle vient de se perdre en conjectures, là où elle devait faire preuve de lucidité pour percevoir à sa juste valeur la portée du message de sept sénateurs américains. Même si le Sénat n'est composé que de 100 membres, avec une légère dominance des Républicains, ce n'est pas pour autant qu'il faut minimiser leur influence dans la politique des Etats-Unis.

C'est avec cette même minorité au Sénat, rappelle-t-on, que les sénateurs ont pu faire échouer l'abrogation par le président Trump de l'Obamacare, cette réforme de la santé initiée par le président Obama pendant sa présidence de huit ans. La MP et Lambert Mende feront mieux de relire et comprendre la politique américaine. Le Sénat américain est une force qui pèse énormément dans l'orientation de la politique des Etats-Unis. C'est un fait indéniable que la MP ferait mieux aussi d'intégrer dans son sempiternel schéma de glissement.

De ce point de vue, la lettre du 3 octobre 2017 adressée par sept sénateurs démocrates au président Trump ne peut pas être considérée comme un fait anodin qui rentre dans le train-train quotidien de la politique des Etats-Unis. C'est un acte politique de haute facture que la MP tente de minimiser. Grave erreur.

En lançant un défi à la fois au Sénat américain et au président Trump, Mende et la MP jouent avec le feu. Ils marginalisent certes l'influence du Sénat, mais ils ignorent sans doute jusqu'où peut aller la démarche initiée par les sept sénateurs.

Voilà une brèche sur laquelle l'Opposition au pouvoir en place à Kinshasa, particulièrement le Rassemblement, devrait se saisir pour porter haut sa voix. La MP est aux abois. C'est une certitude. C'est un bateau ivre où certains continuent à chanter la valse, alors que l'équipage est en train de couler. Comme Jupiter qui rend fou ceux qu'il veut perdre, la MP a perdu tout son sang-froid. A l'échelle internationale, sa crédibilité est fortement entamée.

Aussi les sept sénateurs ont-il demandé au président Trump de« prendre des mesures immédiates pour positionner les États-Unis à jouer un rôle de chef de file dans la prévention d'un conflit similaire et être prêts à appuyer une réponse qui permettra de sauver les vies (... ) ».

Le Rassemblement qui se reconnait en Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi a de quoi prouver qu'il peut servir d'alternative crédible en vue de l'alternance. Car, il ne fait l'ombre d'aucun doute que le pouvoir a été honni de toutes parts.

De Bruxelles, siège de l'Union européenne, jusqu'à New York aux Nations unies, en passant par Washington, capitale fédérale des Etats-Unis, le régime de Kinshasa a perdu tous ses repères. La grande offensive menée à coup de dollars américains auprès de différents lobbys n'a eu qu'une portée mitigée. Un coup d'épée dans l'eau qui n'a ni inversé la tendance ni fait fléchir les instances décisionnelles des Etats-Unis.

Kinshasa est affaibli. Contrairement à ce que prétend Lambert Mende, le régime a peur, très peur. Il sait que la roue de l'histoire ne tourne plus en sa faveur. La lettre de sept sénateurs pourrait être ce coup fatal pour un pouvoir en phase avancée de déliquescence. Au Rassemblement de se réorganiser pour profiter du vide qui se crée autour du président Kabila et de sa famille politique.

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