6 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Deborah Malula à propos des élections - « Ce qui arrive était prévisible pour nous »

interview

Coordinatrice et trésorière de la Jeunesse socialiste au sein du Parti socialiste (PS-RDC), Déborah Malula a, dans une interview accordée à notre rédaction, passé en revue la situation générale que traverse la République démocratique du Congo (RDC). Partant de son combat d'activiste, Déborah Malula dresse un tableau sombre de la crise que connaît le pays et relève la nécessité d'organiser les élections.

INTERVIEW

LePotentielonline (L.O.) : Bonjour Mademoiselle Malula Deborah. Si vous deviez choisir, vous aimeriez qu'on vous considère comme une militante, une activiste ou une politicienne?

Malula Deborah (MD) : Je me considère comme une patriote! Car l'amour de son pays implique tous les termes que vous avez employés parce qu'aucune personne dans ce monde ne supporterait de voir sa maison pillée, saccagée et détruite. Il est donc légitime que tous ceux qui sont en âge de raisonner se préoccupent même un peu de la politique de leur pays.

L.P. : A vous voir, d'aucuns se disent que vous êtes trop jeune pour avoir une réelle vision politique et que vous donnez l'impression d'être instrumentalisée par le Parti socialiste, comme un appât pour la jeunesse. Qu'en pensez vous?

M.D. : Sourire! On dit qu'aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre d'années. Cependant, je répondrai à ces derniers que si l'éducation était une vraie priorité en RDC, ce sont toutes les jeunes filles de mon âge qui mèneraient le même combat que moi. Beaucoup, éprouvent la même colère face aux problèmes que vit notre pays à cause de la mauvaise gestion et de l'incompétence de certains politiques. Mais, seulement ces jeunes filles n'ont peut être pas les occasions ni les moyens de porter leur voix. Moi, j'ai eu cette chance grâce à la jeunesse socialiste qui m'a fait connaître.

L.P.: Justement, depuis quelques années nous avons été habitués à entendre parler de vous par la jeunesse socialiste, mais depuis votre dernier passage à Kinshasa, en juillet 2016 pour le meeting du Rassop, un silence radio s'observe de votre part. Pourquoi?

M.D. : Effectivement, je me suis fait rare à Kinshasa d'abord pour des raisons personnelles. Puis, pour des raisons de sécurité. Car, mon dernier séjour à Kinshasa a été très traumatisant par le fait que j'ai été victime, avec un membre de ma famille, d'un enlèvement. Mais, je préfère ne pas encore en parler car la police n'a pas fini son enquête. Toutefois, ça va mieux maintenant. Cependant, la jeunesse socialiste continue de s'agrandir et de porter nos valeurs dans le paysage congolais et ailleurs, dans la mesure où notre travail de sensibilisation est aussi réalisé en Europe - que ce soit en France ou en Belgique - grâce à la détermination de nos membres, à l'instar de Monsieur Dunda Christopher, également représentant du PS-RDC en France. Avec lui, nous avons mis sur pied plusieurs campagnes de sensibilisation de la communauté congolaise dans les régions parisienne et roubaisienne, autour de notre actualité.

L.P.: En parlant de sensibilisation, nous avons vu, il y a quelques mois, une vidéo de vous sur les réseaux sociaux dans le cadre de la sensibilisation des jeunes congolais de la diaspora sur la nécessité d'organiser des élections en RDC. Quel est votre avis, maintenant que ce report des élections semble, une fois de plus, s'officialiser avec les déclarations de la CENI?

M.D. : Si vous avez l'habitude de suivre les interventions de Daniel Mwana Nteba à la télé et dans la presse, vous comprendrez que celui-ci a souvent prédit la suite des événements avec trois coups d'avance. Donc, ce qui arrive était prévisible pour nous et c'est ça que nous voulions éviter au PS. Mais le pire c'est que, peu de leaders de l'opposition ont fait campagne pour empêcher cela. C'est à croire que ceux-ci jouent le jeu du pouvoir. Et je ne serai pas surprise de voir certains aller vers le 3ème dialogue souhaité par la Majorité présidentielle (MP). Je suis déçue.

L.P.: Selon un article paru sur Radio Okapi, le Parti socialiste dont vous êtes membre, déplorait l'interdiction de son meeting prévu après celui du Rassemblement des Forces sociales et politiques acquises au changement (Rassop), le 3 septembre 2016. Pourriez vous nous donner un peu plus de détails à ce sujet?

M.D. : Malgré l'image de démocratie que veulent laisser transparaître certains de nos dirigeants, j'ai souvent l'impression que nous n'avons pas quitté la deuxième république où la liberté d'expression et la loi souffraient de l'influence de certains. Bien que je n'étais plus présente à Kinshasa car, je devais vite repartir en France pour les raisons que j'ai précédemment évoquées. Cependant, je sais que notre parti avait toutes les autorisations nécessaires à la réalisation de ce rassemblement important pour notre positionnement sur la scène politique surtout à l'époque de l'apogée du Rassop. Malheureusement, les autorités municipales de Limete ont décidé d'interdire cet événement, sans donner des réelles raisons. Ce qui prouve à suffisance que les détracteurs de Notre premier secrétaire national « Daniel Mwananteba » n'en sont plus à leur coup d'essai. Car, lui même subit beaucoup d'attaques. On cherche à étouffer la vérité, mais bon...je ne vous apprends rien à ce sujet.

L.P.: Vous nous parlez de l'époque de l'apogée du Rassop. Prétendez-vous qu'il y ait un déclin?

M.D. : Soyons réalistes. Le Rassop d'aujourd'hui n'est plus celui qu'il était du vivant de Tshisekedi père. Car, malgré les efforts du fils, Félix Tshisekedi pour maintenir la cohésion, il y a eu trop de séparations et de trahisons de la cause première de cette unification. Apparemment, c'est pour des postes politiques proposés par la MP afin de prolonger son pouvoir. La plus grande erreur de nos leaders de l'Opposition est de négocier souvent avec la Majorité au pouvoir surtout quand celle-ci n'est pas en position de force. Le Rassop a loupé plein d'occasions de prendre les choses en main. Et après la démonstration de force que j'ai vécu le 31 juillet 2016 lors du meeting sur triomphal, je n'aurai jamais cru que le Rassop en arriverait là, après seulement quelques mois. Dommage!!

L.P.: Il y a quelques temps, Monsieur Sindika Dokolo a lancé le mouvement « Congolais Debout » dans lequel beaucoup de jeunes de la diaspora adhèrent, à en croire les statistiques de leur site internet. Ne pensez-vous pas que vous rapprocher de cette plateforme afin d'atteindre le plus de jeunes dans votre combat serait une bonne chose?

M.D. : Écoutez! Cette initiative est fortement louable car, nous devons tous avoir le même objectif pour vaincre et favoriser le changement. Seulement, j'espère que ce mouvement apprendra des erreurs du Rassop pour ne pas être un feu de paille à son tour. Cependant, je ne trouve pas qu'il soit utile pour mon travail d'adhérer à un mouvement, même si celui-ci ne fait pas de distinction entre les partis. Parce que, je suis avant tout un membre du PS qui a une vision et une stratégie propre à lui. Et d'ailleurs je tiens à rappeler que nous venons de lancer notre site internet afin de stimuler les adhésions internationales et mieux expliquer notre mission au public encore ignorant.

L.P.: En parlant de feu de paille, que diriez-vous à ceux qui disent que vous n'êtes activiste que sur internet et comme beaucoup, vos actions ne dureront pas?

M.D. : Rire! Je crois qu'il faudrait leur dire de se réveiller car l'heure est aux nouvelles technologies et qu'internet aujourd'hui est le médias le plus influent de notre siècle, si pas le meilleur. Même la reine d'Angleterre Tweet. Rire ! Réveillez vous, si toute la RDC pouvait maîtriser ce langage, je crois qu'on serait mieux entendu à l'international. Pourquoi croyez-vous qu'en Afrique les gouvernants coupent internet plus souvent qu'ils ne résolvent les problèmes du peuple. C'est parce que la force de ce média leur fait peur.

L.P.: Sur votre compte tweeter vous avez réagi en quelques mots contre l'invalidation des passeports semi-biométriques par le Ministère des Affaires étrangères. Pourriez-vous nous en dire plus?

M.D. : Bien sur! Il est vrai que sur tweeter, parfois les réactions sont tellement succinctes qu'on peut donner l'impression qu'on ne cherche qu'à se faire remarquer. Mais je crois que chaque tweet n'est qu'une partie d'une pensée profonde. La thèse de l'harmonisation des passeports congolais aux normes internationales avancées par Monsieur Lambert Mende, est peut être justifiable. Mais, était-ce vraiment le moment de mettre encore le feu à la poudre, dans une période aussi difficile des relations entre peuple et gouvernants, par une telle nouvelle? Je crois que non, et aussi rusée que la Majorité soit, je ne crois pas qu'elle aurait risqué d'énerver la population avec une nouvelle histoire de ce genre s'il n'y avait pas un réel intérêt stratégique derrière! Dans tous les cas, ça ne sent pas très bon. Car les gens ont l'impression d'être extorqués surtout que l'Etat doit encore beaucoup de passeports à des gens qui ont payés le précédent modèle sans l'avoir reçu.

L.P.: Avez-vous un dernier mot à rajouter sur l'actualité congolaise car nous arrivons à la fin de notre entretien?

M.D. : J'ajouterai seulement qu'il faudrait que nos dirigeants ouvrent les yeux avant qu'il ne soit trop tard. Car, lorsque la gangrène sera trop avancée, il n'y aura plus d'autre choix que de couper le membre infecté! Je sais que les plus avertis comprendront parfaitement ce que je veux dire par ces mots.

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