6 Octobre 2017

Afrique: Jeu de pingpong entre l'ONU et le Mali

Le Conseil de sécurité de l'ONU réclame plus d'engagement des autorités maliennes dans la mise en œuvre de l'accord de paix signé en 2015. Bamako exige le renforcement du mandat de la mission de l'ONU au Mali.

Jeudi, à l'issue d'une réunion, l'ambassadeur de France à l'ONU François Delattre indiquait qu'il y a un "consensus" au Conseil de sécurité sur "la nécessité d'adresser un message ferme aux parties maliennes quant à l'importance de mettre à profit les mois qui viennent pour progresser de manière significative dans la mise en œuvre de l'accord de paix." Déjà, mardi dernier, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'était dit "profondément préoccupé" par la "reprise des affrontements entre les groupes armés signataires de l'accord".

En dépit des progrès réalisés pour pacifier le pays, le chef de la diplomatie malienne a reconnu que d'énormes difficultés freinent la pleine mise en œuvre de l'accord politique d'Alger de juillet 2015. C'est pourquoi Abdoulaye Diop sollicite une implication plus accrue de l'ONU. Pour lui, les déclarations de l'ONU ont donné "l'impression d'un immobilisme généralisé dans la mise en œuvre de l'accord de paix, malgré les efforts du gouvernement du Mali et de la communauté internationale", a dit en substance Abdoulaye Diop, qui intervenait par vidéo-conférence depuis Bamako.

"Le Mali doit prendre ses responsabilités mais être soutenu"

Pour le professeur de droit public à l'Université de Bamako, Moumouni Soumano, "c'est vrai que le Mali doit prendre ses responsabilités. Mais face aux défis, pour vraiment y arriver, le pays a besoin du soutien d'autres acteurs, y compris les Nations unies". Moumouni Soumano estime cependant compliqué de régler totalement les problèmes. "Les frontières sont tellement poreuses que c'est difficile. Pas plus tard qu'avant-hier, il y a eu des attaques au Niger."

Le président du Forum civique de Bamako fustige lui aussi le manque d'efficacité du contingent de l'ONU au Mali. "Pour le commun des Maliens, la Minusma prend fait et cause pour une partie de la rébellion. Je pense qu'en filigrane, c'est un peu sous l'influence française", estime-t-il. Pour lui, il faut que les Nations-Unies écoutent davantage les populations maliennes, au risque de faire fausse-route. "On ne saurait vraiment à long terme confier sa sécurité à des puissances étrangères, même si c'est à une organisation internationale", explique, au micro de la Deutsche Welle, le professeur Issa N'diaye.

Le Mali ne s'appartient plus

Maître Seydou Doumbia, le président d'Avocats sans frontières Mali, plaide lui pour la mise en route rapide de la force du G5 Sahel, afin d'aider l'armée malienne à combattre les djihadistes qui écument des pans entiers du territoire national. "Rien fondamentalement n'a changé et on peut se dire vraiment que la situation est même en train de changer dans le mauvais sens", selon lui. Il cite la recrudescence des violences, notamment ciblées vers les instances de défense qui sont au nord, sur les troupes maliennes et sur les troupes étrangères. "On peut dire que chaque semaine apporte son lot d'attaque et d'indignation. On peut dire aujourd'hui que le Mali ne s'appartient plus", ajoute l'avocat.

Sanctions

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, début septembre, une résolution d'inspiration française créant, à la demande du Mali, un régime général de sanctions pour tous ceux qui contrevenaient à l'accord de paix de 2015 signé à Alger, la capitale algérienne.

Lors de son intervention, le ministre malien des Affaires étrangères a réitéré la demande de son pays, soulignant que le souhait du Mali est que ces sanctions, si elles étaient prises, soient des "sanctions justes, transparentes et équitables". Une option que n'encourage pas Soumaïla Cissé, le chef de file de l'opposition parlementaire malienne.

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