8 Octobre 2017

Mali: Plainte d'osc africaines contre Sarkozy à la Haye - La CPI rattrapée par sa gestion à géométrie variable ?

Photo: World Economic Forum
Nicolas Sarkozy

Des organisations de la société civile africaine viennent de mettre en place dans la capitale malienne, Bamako, le 7 octobre dernier, le Front international de la société civile panafricaine (FISPA). Ce Front a pour ambitions de défendre l'Afrique, la démocratie, la dignité et les droits de l'Homme.

Ces objectifs sont on ne peut plus nobles. Et les organisations qui ont bien voulu les porter, comme « Y en a marre » du Sénégal ou encore le « Balai citoyen » du Burkina, se sont déjà brillamment illustrées dans leurs pays respectifs en matière de défense des grandes causes, si fait que l'on peut a priori accorder du crédit à la FISPA. C'est pour cette raison d'ailleurs, peut-on dire, que l'artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly a accepté d'en être le parrain. Comme pour signifier qu'il est né pour mettre les pieds dans les plats, le Front a choisi, en guise de première action, de porter plainte à la CPI contre un ancien président, qui plus est, d'un grand pays, la France.

On peut difficilement donner tort à la FISPA

En effet, le FISPA est vent debout contre Nicolas Sarkozy pour avoir provoqué l'intervention en Libye, qui a débouché, on le sait, sur la mort du colonel Kadhafi. Pour être plus précis, l'activiste guinéen, Elie Kamano, a laissé entendre ceci : « Nous portons cette plainte contre Nicolas Sarkozy pour l'assassinat de Kadhafi, parce que cela a des conséquences dramatiques et néfastes sur le continent africain et sur les populations africaines ».

En termes clairs, plus que l'assassinat du tyran libyen, ce sont les effets calamiteux induits de l'acte sur les innocentes populations africaines, qui irritent au plus haut point les plaignants. De ce point de vue, l'on peut difficilement donner tort à la FISPA. En effet, l'on peut faire facilement le constat que depuis la mort du « Roi des Rois d'Afrique » dans les circonstances que l'on sait, son pays, la Libye, devenu subitement un pays acéphale, s'est rapidement métastasé pour se transformer en un foyer incandescent de terroristes et autres trafiquants criminels.

Et ceux qui en ont payé le prix fort et qui continuent de le payer, sont non seulement les Libyens eux-mêmes, mais aussi l'ensemble des populations de l'espace sahélo-saharien. Et bien malin qui saurait dire quand leur martyre prendra fin. Si l'on considère que tout ce drame est imputable à l'ancien président français Nicolas Sarkozy, pour avoir joué un rôle déterminant dans la chute de Kadhafi, l'on peut effectivement comprendre le bien fondé de la plainte du FISPA.

L'on peut d'autant plus le comprendre que les puissances occidentales, notamment la France et la Grande Bretagne, qui ont eu l'initiative, en 2011, de transformer la Libye en une boule de feu à force de bombardements, pour en débusquer le dictateur, n'ont pas daigné, une fois la mission accomplie, assurer le service après-vente. Et cela a été le plus grand manquement de l'opération.

Et c'est d'ailleurs pour cette raison que bien des Africains croient dur comme fer que la France de Sarkozy n'est pas intervenue militairement en Libye pour le salut des populations, mais pour régler des comptes personnels à Kadhafi. Cela dit, la grande question que l'on peut se poser est de savoir si le FISPA aura gain de cause en formulant une plainte contre Sarkozy à la CPI.

Il faut tout de suite dire qu'il n'est pas permis un seul instant de répondre par l'affirmative et cela, pour les raisons suivantes. La première est que sauf omission ou oubli, seuls les Etats, le Conseil de sécurité de l'ONU ou encore le procureur de la CPI ont la latitude de poursuivre un individu devant le tribunal de La Haye. Or, dans le cas d'espèce, la plainte a été déposée par une coalition d'organisations de la société civile.

La plainte du FISPA a de fortes chances d'être jugée irrecevable

L'autre raison est que Nicolas Sarkozy, au moment des faits, avait pris le soin de faire porter son action contre Kadhafi par le Conseil de sécurité de l'ONU. De ce point de vue, l'on voit mal la CPI, qui est une des structures spécialisées de l'ONU, se mettre en branle contre une autre qui, de surcroît, est la structure la plus emblématique des Nations unies, c'est-à-dire le Conseil de sécurité.

Pour tout dire, la plainte du FISPA à la CPI contre Sarkozy a de fortes chances d'être jugée irrecevable. Mais cette forte hypothèse n'enlève rien à la beauté ni à la noblesse de la démarche des organisations de la société civile africaines. En effet, elle a au moins le mérite de troubler des consciences et d'interpeller l'ONU quant aux précautions qu'elle doit prendre en amont et en aval de ses interventions dans un pays tiers, pour éviter que la solution ne devienne le problème, comme ce fut le cas de la Libye en 2011.

L'autre grand enseignement de cette plainte est que, quand un président est aux affaires, il doit mûrir tout ce qu'il entreprend au risque d'être interpellé par le tribunal de l'histoire, même à sa retraite. Et c'est ce qui semble être le cas de Nicolas Sarkozy. Même si effectivement, il ne craint pas d'être traîné devant la CPI, il y a que moralement, il peut être affecté par la plainte du

FISPA. Et l'affaire libyenne n'est pas la seule où il est pointé du doigt. Il y a aussi celle révélée par Médiapart où l'on accuse le même Sarkozy d'être derrière le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye et cela, de connivence avec le pouvoir de Alassane Ouattara et le procureur de l'époque de la CPI, Luis Moreno Ocampo. Vrai ou faux ? L'Affaire est suffisamment grave pour être élucidée. Car, la crédibilité de la CPI en dépend.

Déjà, l'institution n'a pas bonne presse auprès de bien des Africains. En effet, elle est perçue notamment par bien des princes qui nous gouvernent, comme un instrument aux mains des Blancs pour casser du Nègre. Sans adhérer forcément à cette thèse dont sont friands les dictateurs sous nos tropiques, l'on peut toutefois faire le reproche à la CPI d'avoir une gestion à géométrie variable en ce qui concerne bien des atteintes massives aux droits humains de par le monde.

Au delà donc du symbole que représente la plainte des OSC africaines contre Sarkozy à La Haye, l'on pourrait se poser la question de savoir si la CPI n'est pas rattrapée par sa gestion à géométrie variable des affaires sombres de la planète. Cette question est d'autant plus pertinente que des présidents comme Kadhafi existent encore sur bien des continents.

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