9 Octobre 2017

Cote d'Ivoire: Philippe Mangou après sa déposition-vérité - Merci, mon général !

Jamais, depuis l'ouverture officielle du procès conjoint de Laurent Gbagbo et son « petit » Blé Goudé à la Cour pénale internationale (CPI) le 28 janvier 2016, un témoin n'avait été aussi percutant. Direct, précis et concis. Pas un mot de trop. Pas un commentaire de plus. Juste les faits, la vérité et rien que la vérité !

Dès l'annonce de l'audition du Général de corps d'armée Philippe Mangou, ex-chef d'Etat-Major des Formes armées nationales de Côte d'Ivoire (Fanci), tout le monde s'attendait au caractère piquant de son témoignage.

Non pas parce qu'il est un habitué des déclarations fracassantes, bien au contraire c'est un homme mesuré, peu disert, sans doute un caractère tiré de sa formation militaire.

Mais, plutôt, parce que c'est un sachant. Un homme qui a été au cœur, de sa par fonction et son poste, de la stratégie militaire élaborée par l'ex-chef d'Etat et ses fidèles.

Un homme qui avait donc beaucoup à nous apprendre. Et il nous en a appris beaucoup, plus que d'ailleurs tous les témoins qui s'étaient succédé avant lui dans le prétoire de la CPI, à La Haye, aux Pays-Bas.

Après huit jours d'interrogation par les avocats de l'accusation et ceux de la défense, étalés sur deux semaines ouvrables, le Général Philippe Mangou a édifié les Ivoiriens sur la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011.

Il a surtout éclairé la lanterne de ses compatriotes sur certains actes commis pendant cette période et révélé des vérités qui étaient jusque-là gardées sous le boisseau, par ceux qui avaient tout intérêt que les Ivoiriens ne les sachent pas.

L'ancien patron des Fanci a donc parlé avec le cœur, mû par son éducation religieuse rigoureuse et une soif inextinguible de faire triompher enfin la vérité. Celle qui soulage les âmes blessées et honore la mémoire de ceux qui sont tombés.

Et s'il l'a fait, c'est aussi parce qu'il voulait être en paix avec sa conscience, en harmonie avec son âme, qui souffrait, on le devine, de voir tant de vérités étouffées au profit de mensonges.

Sans donc porter de gants, Mangou a dit, juste, ce qu'il a vu et entendu. Ses réponses étaient d'une précision chirurgicale, telle la gâchette d'un tireur d'élite.

Qui a gagné les élections de 2010 ? « Le président élu en 2010 était Alassane Ouattara », a-t-il répondu. Un vrai uppercut à la face des partisans de Laurent Gbagbo qui refusent toujours d'admettre la déconvenue de leur « champion » dans les urnes.

Le « show » Mangou venait ainsi de commencer. Sans langue de bois, il a dénoncé l'outrecuidance de l'intouchable Dogbo Blé, commandant militaire du Palais sous Gbagbo, qui ne respectait personne ni ses supérieurs hiérarchiques encore moins les anciens officiers supérieurs de l'armée.

C'est en fait, lui, qui commandait l'armée, du moins la branche qui était dévolue corps et âme au « dieu » Gbagbo, pour paraphraser Mangou. Chez qui, il prenait ses ordres. Cette révélation de Mangou n'est pas du tout anodine.

Elle confirme ni plus ni moins l'idée selon laquelle, c'est Gbagbo qui décidait de tout et actionnait ses soldats sur le terrain. Grâce à Mangou, on a la certitude, que tout était planifié et orchestré sous la houlette de l'ancien locataire du Palais présidentiel du Plateau.

L'élégant ex-Cema a aussi mis sur la table le recrutement massif des mercenaires libériens dans le camp Gbagbo, lesquels étaient placés sous la conduite du Commandant Séka Séka ; le détournement de l'embargo sur les armes via le CeCos, avec un armement démesuré dont le seul but était de faire la guerre pour confisquer le pouvoir.

Selon Mangou, les munitions achetées par Gbagbo pouvaient faire sauter trois communes. Quand cela vient de la bouche d'un officier comme lui, c'est à prendre au sérieux. Le haut gradé ne s'est pas arrêté là, il a aussi rabattu le caquet aux proGbagbo au sujet du massacre des femmes d'Abobo en mars 2011.

Il a dit tout haut qu'elles ont été bel et bien tuées, même si les partisans de l'ex-chef d'Etat s'obstinent toujours à nier l'évidence, en voyant derrière ce crime odieux un montage. Ce n'est pas tout, le général Mangou est même allé loin en révélant que Laurent Gbagbo a financé accidentellement le commando invisible.

Un véritable coup de massue pour les pontes de l'ancien régime. De toute évidence, Mangou a malmené l'ancien président, à l'image d'un boxeur acculé dans un coin du ring subissant les assauts répétés de son adversaire. Le général a asséné les coups, dans tous les sens : gauche, droite, uppercut ...

Au point où les avocats de Laurent Gbagbo ne savaient plus quoi faire. En réalité, ils faisaient face à un sacré dilemme : laisser Mangou parler tranquillement et faire son déballage ou essayer de le discréditer avec tout ce que cela comporte comme risques de le pousser à bout, donc de l'amener à dire des choses qu'ils ne voudraient pas qu'il dise.

Manifestement, Me Altit et ses hommes étaient sans armes, face à un Général déterminé à faire triompher la vérité. C'est la première fois qu'ils plient l'échine devant un témoin. Et c'est tout à l'honneur du Général Mangou, qui était en roue libre, tel un poisson dans l'eau.

De toute évidence, l'enfant de pasteur a démontré à la face de la nation et du monde entier, qu'il est le prototype achevé du militaire : franc, droit et juste. Il a aussi montré qu'il est un homme du devoir, de vérité qui ne pouvait se taire sur certains faits de la crise postélectorale, qui a fait officiellement 3000 morts.

C'est sans doute également pour la mémoire de ces hommes et ces femmes arrachés brutalement à l'affection de leurs proches.

Contrairement à de nombreux témoins passés devant lui, pour ne pas dire tous, Mangou n'est pas allé se balader à La Haye. Il y est allé pour apporter la lumière sur ce passé douloureux de la Côte d'Ivoire. Ainsi, grâce à lui, les Ivoiriens et le monde entier ont tout compris.

Pour cela, nous ne pouvons que le remercier. Merci mon Général pour cet indispensable devoir de mémoire. Merci encore mon Général pour avoir ouvert les yeux des Ivoiriens sur certains faits majeurs de la crise postélectorale.

Merci enfin mon Général pour ta droiture, ta sincérité. Des valeurs trop rares dans ce monde d'aujourd'hui.

A La Haye, il y aura désormais un avant et un après Mangou. « Le temps n'efface pas la trace des grands hommes », disait Euripide, un poète grec. Celle de Mangou restera à jamais dans l'histoire de ce procès.

Cote d'Ivoire

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