10 Octobre 2017

Ile Maurice: Lèvres, «doudou» et compagnie - Les femmes en prennent plein la figure

Elles ont osé dénoncer des pratiques «douteuses». Ou encore se battre pour leurs convictions et vivre pleinement leur sexualité.

Mais ces femmes, dont la protagoniste du languegate, se sont fait lyncher par les internautes, reléguant presque le rôle du PPS Tarolah au second plan. Mais d'où vient cette culture du sexisme chez nous ? Pourquoi existe-t-elle encore en 2017 ? Mise à nue.

Il y a ça : «Sa fam-la éna so foto touni, pé excite zom. A ki la fot ?» Et ceci : «To bizin komans provok li pu li fer sa.» Et puis cela : «To pli cheap ki enn prostitié.» Les facebookeurs n'y sont pas allés de mainmorte. Latchmee Devi Adheen, qui a osé dénoncer des messages indécents que Kalyan Tarolah lui aurait envoyés, s'est fait descendre en flèche. Certains allant même jusqu'à occulter le fait que, contrairement au Private Parliamentary Secretary (PPS), elle n'est pas payée par l'argent des contribuables. Toujours est-il que ce type de commentaire est symptomatique de la société dans laquelle nous vivons, soulignent les experts. Qui mettent à nu le phénomène de sexisme.

Ce n'est pas la première fois qu'une femme se fait «lyncher» virtuellement. Il y a eu Trisha Gukhool, qui, au temps de sa lutte contre la pub de Coca-Cola, qu'elle jugeait discriminatoire envers la femme, a eu droit à toutes sortes de «fleurs». Des photos d'elle, alors qu'elle avait 17 ans, ont même circulé sur la Toile, histoire de la discréditer.

Des jeunes filles, figurant dans de nombreux «clips» à caractère érotique et publiés par des «petits copains», ont été raillées. Leur vertu et leur moralité, elles, ont tout bonnement été condamnées sur la place publique.

Voyeurisme

Alors pourquoi certains et certaines, sont-ils plus prompts à sauter à la gorge - et à la poitrine - des femmes ? Pour le Dr Roukaya Kasenally, spécialiste en médias, deux facteurs sont à prendre en compte : la culture du voyeurisme et le patriarcat (NdlR, organisation familiale et sociale fondée sur la descendance par les mâles et sur le pouvoir exclusif ou prépondérant du père.) «On aime bien ce genre de chose. Nous vivons dans une société très patriarcale. Nous vivons dans une ère de pseudo-modernisation, mais nos réflexes sont très définis par le patriarcat qui jette toujours le tort sur la femme qui est supposément source de provocation.»

Bruneau Woomed, ancien président de Men Against Violence, une association qui a cessé d'exister il y a un an, Life Coach et très engagé dans la lutte pour l'égalité du genre, avoue que c'est un phénomène commun. «La femme qui dénonce s'expose effectivement à un retour de manivelle. Quand un homme dénonce quelqu'un ou quelque chose, on va rarement fouiller dans son passé pour le salir mais une femme, n'importe quoi peut la discréditer.» Une attitude de deux poids deux mesures qui, selon lui, existe à travers le monde et prend racine dans le patriarcat. «Si une femme est sortie avec un homme, cela n'empêche pas qu'il l'ait harcelée après une rupture», rappelle Bruneau Woomed.

Et comment gère-t-on une telle situation ? «Mon expérience, à vrai dire, ne m'a en aucun cas troublée. Au contraire, sachant que j'ai agi par conviction et connaissant mon domaine, j'ai fait ce qu'il fallait faire. Si j'étais affectée, je n'aurais pas continué à me battre», soutient Trisha Gukhool.

Cette dernière a, cependant, également été victime de «slut shaming» puisque des photos d'elles portant des vêtements que certains avaient jugés osés, ont circulé sur Facebook. Mais elle balaie tout ça d'un revers de la main. « Si j'étais perturbée par tout cela, je n'aurais pas continué mes combats, par exemple, pour l'éradication de la taxe sur les serviettes hygiéniques et tampons, qui a été un succès. Alors j'encourage les femmes qui sont victimes de backlash de ne pas se laisser abattre.» Parole de combattante.

Ile Maurice

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