10 Octobre 2017

Burundi: Bujumbura et Mediapart, le début d'une idylle?

Il y a peu, le site Mediapart a publié des informations mettant à mal la réputation de la Cour pénale internationale (CPI). Ces révélations vont-elles faire le jeu du pouvoir de Bujumbura ? Texte et dessin de Damien Glez.

Bien que conjoncturelle, la question est existentielle : peut-on critiquer la CPI sans faire le jeu des autocrates en quête d'impunité universelle ? Quand l'auteur de ladite critique est journaliste, il peut considérer la révélation de la vérité comme impérieuse.

Il a fallu pas moins d'une semaine de publications à Médiapart - le site mythique qui joua un rôle déterminant dans la révélation des affaires Bettencourt et Cahuzac - pour dérouler, sur la CPI, des révélations issues de plus de 40 000 documents confidentiels. Conçue en collaboration avec huit autres médias internationaux membres de l'European Investigative Collaborations, la série sensationnaliste s'intitule «Les Secrets de la Cour».

Nul doute qu'à Bujumbura, on doit jubiler. Dès 2016, et de façon pionnière, le Parlement burundais votait, à une écrasante majorité, le retrait du pays de la juridiction internationale. Or, les révélations de la presse française tombent au moment précis où les opposants au régime attendent qu'une enquête soit ouverte par la Cour pénale internationale...

Une révélation journalistique est-elle vraiment de nature à détourner le cours judiciaire ? Sur le dossier ivoirien, déjà, certains observateurs soulignent que la procédure contre Laurent Gbagbo pourrait être caduque, car la CPI aurait demandé de garder prisonnier l'ancien président de la Côte d'Ivoire, en avril 2011, alors que, selon Médiapart, n'existait, « à cette époque, ni mandat d'arrêt ni enquête de la CPI ». Qu'en est-il du dossier burundais ? Pour l'heure, deux résolutions votées lors de la 36e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU -l'une proposée par le groupe de l'Union africaine au conseil des droits de l'Homme et l'autre initiée par l'Union européenne- ont exprimé diverses inquiétudes en matières de droits de l'Homme. Beaucoup de regards se sont alors dirigés vers la CPI pour lui suggérer ou l'enjoindre d'ouvrir une procédure, après quelques enquêtes préliminaires déjà effectuées par le parquet de la Cour.

Il reste donc à la procureure de la CPI la possibilité de s'autosaisir avant la date butoir du 27 octobre, enclenchant une procédure avec ou sans mandats d'arrêt. Bien sûr, le régime burundais fait une lecture personnelle de la résolution initiée par l'UA, notamment de son filigrane : la gêne de nombreux Etats africains à l'égard d'une institution de La Haye jugée « afrophobe ». De même, il peut agiter les révélations de Mediapart pour nier toute légitimité d'un outil présumé instrumentalisé par l'Occident. Pour autant, l'Africaine Fatou Bensouda a déminé les articles journalistiques en prenant ses distances, jeudi dernier, avec son prédécesseur Moreno Ocampo, le principal acteur mis en cause par les écrits. Si la procureure ne s'autosaisissait pas, la chambre préliminaire de la CPI pourrait l'y pousser, en activant l'article 53.3 du Statut de Rome.

La décision (ou la non-décision) de Fatou Bensouda n'éludera pas la question de fond : faut-il jeter le bébé de la justice internationale avec l'eau de la présumée afrophobie de la CPI ? Pour confronter la Cour à ses limites actuelles, une quinzaine d'activistes et d'associations de la société civile africaine y ont déposé, samedi, une plainte contre l'ancien président français Nicolas Sarkozy pour avoir provoqué l'intervention en Libye qui a débouché sur la mort du colonel Kadhafi. Il y a des boîtes de pandore qu'il faut peut-être ouvrir...

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