11 Octobre 2017

Burkina Faso: Affaire putsch manqué de septembre 2015 - Bassolé est-il condamné d'avance ?

Incarcéré à la Maison d'arrêt et de correction des armées (MACA) pour son implication présumée dans le putsch manqué du 16 septembre 2015, le général Djibrill Bassolé a bénéficié d'une liberté provisoire dans la soirée du mardi 10 octobre 2017.

« Attentat contre la sûreté de l'Etat » ;

« association de malfaiteurs » ;

« fourniture de moyens financiers » ;

« meurtre », « dégradation volontaire de biens » ;

« coups et blessures volontaires » ;

« trahison » ;

Ce sont les chefs d'inculpation qui ont été retenus contre le prévenu, avant que la justice militaire ne les abandonne pour ne retenir que le crime de « trahison ».

Après plusieurs tentatives infructueuses de jouir de la liberté provisoire à l'instar de 63 parmi les 107 mis en cause dans l'affaire du coup d'Etat manqué, l'ancien chef de la diplomatie burkinabè a enfin obtenu le précieux sésame pour, dit-on, des raisons de santé.

Une décision, il faut le rappeler, qui est conforme au droit burkinabè, spécifiquement au principe sacro-saint qui dit que « la liberté est la règle, la détention l'exception ».

Le président de la Chambre de contrôle vient ainsi mettre fin à une exception qui a duré près de deux ans. Sans que, pour autant, cela entrave de quelque façon que ce soit la procédure judiciaire puisque la liberté provisoire a des règles et reste très encadrée. Par exemple, son bénéficiaire est tenu de répondre aux convocations de l'autorité judiciaire et d'avertir le juge de tous ses déplacements.

Sitôt la nouvelle connue, des organisations de la société civile ont appelé leurs militants à descendre dans la rue pour protester contre une ordonnance qui « vise à soustraire le général Djibrill Bassolé à la justice ».

Appel peu entendu, ce qui a obligé la petite centaine d'insurgés, qui flottaient littéralement dans la place de la Nation, à mettre prématurément fin à leur show. (Lire aussi page 2).

Alors, osons la question qui fâche : de quel droit peut-on user de la menace pour remettre en cause une décision de justice ?

Sur quoi peut-on se baser pour renier à un prévenu ce que le droit lui reconnaît ?

Est-ce à dire que Djibrill Bassolé est condamné d'avance et sans appel ?

Si déjà, pour une mise en liberté provisoire, on menace de marcher sur la justice, qu'en sera-t-il si lors du procès proprement dit le général Bassolé est relaxé ou écope d'une peine jugée insuffisante par « le peuple insurgé »?

Tous ces agissements ne risquent-ils pas d'influencer le juge, de conspirer contre le droit et, in fine, de compromettre l'indépendance de la justice ?

La question mérite d'être posée quand on sait qu'au lendemain de cette décision de mise en liberté provisoire, le commissaire du gouvernement a fait appel de l'ordonnance de la Chambre de contrôle.

Avait-il prévu de le faire ou a-t-il agi a posteriori, sous l'influence des frondeurs du jour ?

Comme on peut le constater, les fossoyeurs de l'indépendance de la justice ne sont pas toujours ceux que l'on croit.

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