11 Octobre 2017

Burkina Faso: Liberté provisoire de Bassolé - Des OSC montent au créneau, la justice reste sur sa position

Libérera, libérera pas ? Les spéculations allaient bon train hier mercredi 11 octobre 2017 sur le sort du général Djibrill Bassolé qui avait bénéficié la veille d'une liberté provisoire pour raison de santé.

Mais le commissaire du gouvernement a fait appel de cette décision du juge de la Chambre d'accusation. Ce qui suspendait du coup la procédure d'élargissement. Finalement, le Tribunal a rejeté, au cours d'une audience tenue dans la soirée, la demande du parquet militaire. L'ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré devrait donc humer aujourd'hui l'air de la liberté. Les récriminations de certaines Organisations de la société civile (OSC) n'y ont rien changé. En effet, le matin même, plusieurs d'entre elles ont marché vers la Justice militaire pour protester contre cette mise en liberté provisoire. Et le moins que l'on puisse dire est que ce n'était pas la foule des grands jours.

Il est 9h mercredi matin. Toutes les voies menant au Tribunal militaire au centre-ville sont bouclées, ce qui occasionne des embouteillages monstres dans les rues environnantes, déjà encombrées en temps ordinaire. Après l'annonce de la liberté provisoire accordée au général Djibrill Bassolé la veille au soir, des messages appelant à une manifestation le lendemain avaient circulé sur les réseaux sociaux. La Justice militaire, visiblement, elle aussi connectée a donc pris ses dispositions.

A 9h15 à la place de la Nation, lieu prévu pour le rassemblement à quelques encablures de là, il y a à peine une dizaine de personnes, des leaders d'OSC pour la plupart. « L'information est tombée tard la nuit. Beaucoup de gens n'en sont pas encore au courant », tente de justifier Massirou Guiro du Mouvement plus rien ne sera comme avant (M/PRSCA). Boukaré Conombo, le président du Mouvement brassard noir, lui, hésite à parler à la presse sur une place de la nation déserte. « Nous allons parler après notre action », glisse-t-il.

Avec si peu de monde, difficile d'envisager une quelconque « action » pour l'heure. Les croquants décident de patienter, le temps de se faire rejoindre par d'autres camarades. Les minutes s'égrènent, quelques manifestants viennent effectivement sur les lieux, mais pas de quoi former une marée humaine. Entre-temps, des tee-shirts blancs, confectionnés on ne sait à quel moment par le Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) avec ce message : « Non à la libération de Bassolé », sont distribués aux manifestants qui attendent toujours le signal de départ. Dans la petite foule, on commence à évoquer l'éventualité d'un report de la marche dans l'espoir de mobiliser plus de monde. Ce qui n'est pas du goût de certains parmi ce conglomérat d'OSC.

« Il faut qu'on fasse quelque chose sinon Bassolé va prendre l'avion », estime un bonhomme surnommé « général » par ses comparses. Après quelques tractations et hésitations, la manifestation est maintenue, mais les organisateurs décident d'attendre le Balai citoyen, en pointe lors des luttes précédentes, qui doit bientôt venir grossir les rangs.

A 10h30, Smockey et sa suite, qui se trouvaient à la maison du Peuple, apprend-on, n'avaient toujours pas pointé le bout de leurs semelles sur l'esplanade. « Pourquoi les attendre ? Ce n'est pas à cause du Balai citoyen qu'on est ici », lance un quidam qui trépigne d'impatience.

Le petit monde reçoit la visite de deux officiers de l'armée venus leur notifier que toute manifestation à la place de la Nation requiert au préalable une autorisation. « C'est un rassemblement spontané pour protester contre la libération de Djibrill Bassolé. Nous allons partir tout de suite », expliquent les manifestants aux deux militaires qui repartent aussitôt. « Est-ce qu'on a demandé l'autorisation au peuple avant de libérer le général ?» marmonne un croquant après leur départ.

A 10h 45, arrivent enfin les renforts du Balai citoyen. A leurs côtés, les familles des victimes et des blessés de l'insurrection populaire ainsi que du coup d'Etat. Comme les autres leaders qui se sont exprimés, Smockey a des mots durs à propos de la mise en liberté provisoire de Bassolé : « Foutaise », « coup d'Etat », « insulte», chacun y est allé de ses mots pour décrier une décision à « réveiller les morts ».

A la faible mobilisation du jour Smockey préfère ne pas accorder beaucoup d'importance : « Que les gens sortent ou pas, nous, nous avons pris nos responsabilités. Et peu importe notre nombre, nous sommes déterminés et irons jusqu'au bout. » De fait, une centaine de personnes avalent, aux environs de 11 h, à pied les centaines de mètres qui séparent la place de la Nation du Tribunal militaire pour exiger le retour en prison de l'ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré. Bloqués au niveau de l'Institut français, où les protestataires donnent de la voix dans un haut-parleur tenu par le Balai citoyen.

Les « Bassolé, en prison !», « Justice !», « Les juges corrompus, à bas ! » fusent pendant une dizaine de minutes sous le regard des gendarmes, lacrymogène bien en vue derrière les barrières. Puis retour à la place de la Nation, où Smockey assure que la mobilisation restera permanente tant que Djibrill Bassolé restera libre : « Nous sommes là, on va squatter, boire le thé, jouer l'awalé, mais on est calé. »

Au moment où nous bouclions la présente édition, nous avons appris de sources proches du parquet militaire que la mise en liberté provisoire de Djibrill Bassolé avait été finalement confirmée.

Contrairement à la rumeur faisant état hier dans la soirée d'une mise en résidence surveillée de l'ancien chef de la diplomatie burkinabè, le Tribunal militaire a confirmé l'ordonnance d'élargissement provisoire puisqu'elle ne prévoit pas, nous a-t-on appris, de résidence surveillée.

Aux environs de 19h, Djibrill Bassolé était toujours dans les locaux de la juridiction militaire où l'attendait une escorte devant le conduire à la MACA d'où il devrait ressortir aujourd'hui 12 octobre 2017.

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