12 Octobre 2017

Afrique: Santé - Stratégies de prévention et de réduction des risques

interview

Le 4 octobre 2017, il s'est tenu à Casablanca une conférence internationale avec pour thème la Santé en Afrique et les stratégies de prévention et de réduction des risques. La rencontre était organisée par le Think Tank Africa2025, une initiative de Casablanca Media Partners et AllAfrica.

Elle réunissait des médecins et des experts en santé publique venus de l'Afrique de l'ouest et du nord.

La cible 3.4 des objectifs de développement durable (ODD) est la réduction par la prévention et le traitement, d'un tiers du taux de mortalité prématurée due aux maladies non transmissibles (MNT) d'ici à 2030.

Celles-ci sont la cause de 70% des décès dans le monde. A la différence des maladies infectieuses, les MNT qui dépendent de notre comportement, peuvent être prévenues, contrôlées et soignées assez facilement. Lorsqu'elles ne le sont pas, leurs complications constituent un poids financier majeur pour les individus, les familles et la société dans son ensemble. C'est un enjeu particulièrement important pour les pays africains dont les ressources pour la santé sont déjà très limitées.

Le Professeur Jacko Abodo de l'Université d'Abidjan et médecin au CHU Yopougon qui y a participé, nous a accordé une interview.

Professeur Abodo, vous venez de participer à cette conférence sur la prévention et la réduction des risques, est-ce qu'il s'agit là d'un concept que vous pratiquez déjà ?

Je suis le chef de service endocrinologie, maladies métaboliques et nutrition à l'Université d'Abidjan et au CHU de Yopougon, je suis très intéressé par tout ce qui concerne les maladies chroniques et essentiellement les maladies cardio-vasculaires mais également le diabète, l'hypertension, les cancers et les maladies rénales.

Ce dont nous avons parlé aujourd'hui va en droite ligne de ces maladies qui constituent l'actualité parce qu'elles sont trop fréquentes, il y a trop de maladies cardio-vasculaires, trop d'accidents vasculaires cérébraux, beaucoup de crises cardiaques, trop de complications liées au diabète et aux maladies métaboliques.

Nous pensons que ce genre de conférence est à encourager et surtout que les Africains, que ce soit les Africains au sud du Sahara ou les Maghrébins se mettent ensemble pour parler le même langage, pour s'échanger les expériences et pouvoir répondre de manière durable et efficace à ces grands fléaux qui minent le monde entier mais principalement les pays d'Afrique. Vous l'avez bien vu, les maladies chroniques sont responsables aujourd'hui de plus de 70% des cas de décès dans nos pays alors que nous avons malheureusement peu de ressources pour faire face à ces maladies.

Le deuxième volet de ce qu'il faut retenir, c'est que compte tenu du fait que nous avons peu de ressources pour faire face à ces maladies dans leurs complications, il faut agir en amont. Quels sont les facteurs de risque de ces maladies ? Eh bien, ce sont des maladies liées au comportement à savoir l'alimentation déséquilibrée, l'inactivité physique, les conséquences du stress sous toutes ses formes. Avec l'instabilité politique et les crises politiques qui sévissent dans la plupart des pays africains, tout cela conjugué va être à l'origine de ces maladies cardio-vasculaires.

Et il faut prendre les dispositions dès maintenant pour en parler dans les pays africains. Dans un pays très ouvert comme le Maroc qui a réintégré l'Union africaine, nous pensons que c'est un grand challenge et que c'est une très bonne initiative, qu'il faut donc féliciter, encourager tous les organisateurs  et notamment ces deux grosses structures de médias. Nous pensons que tous ces aspects sont liés et ces réflexions ne pourront être que bien menées et elles permettront de prévenir, de réduire ces maladies et leurs conséquences et pourquoi pas aboutir in fine à aller vers l'émergence et vers les défis majeurs qui attendent les pays africains.

Vous pensez donc que la prévention des risques et la réduction de ces risques, c'est la solution et que c'est-ce qu'il faut faire contre ces maladies non transmissibles ?

Le grand défi, c'est la prévention parce que nous n'avons pas beaucoup de ressources et ces ressources ne peuvent pas être toutes dédiées à la prise en charge des complications, il faut agir donc  en amont pour éliminer les facteurs de risques qui sont l'alimentation qui doit être mieux équilibrée et tous les autres défis dont nous avons parlé, qui sont également l'activité physique à avoir, le stress sous toutes ses formes. Les trois principaux sujets étaient les aspects nutritionnels, le stress et bien entendu les pathologies respiratoires qui sont très liées non seulement aux maladies infectieuses mais aussi aux maladies de l'environnement, on a parlé de la pollution, tous ces éléments sont vraiment dans la même mouvance.

On a également évoqué la réduction des risques notamment en ce qui concerne le tabagisme, êtes-vous au courant de cette nouvelle tendance pour offrir une alternative notamment aux fumeurs ?

Bien sûr, c'est l'actualité de ce moment puisque ça fait partie des objectifs du développement durable que l'OMS a mis en place et pour lequel il appelle les pays du monde entier et notamment les pays africains à s'uniformiser pour faire face à ces défis. Vous savez que le tabac est un grand fléau. Le tabac qui sévissait par le passé dans les pays développés devient maintenant une véritable calamité dans les pays en développement avec le rajeunissement des populations qui fument, la féminisation de cette pratique, c'est le moment de prendre les dispositions pour éviter que ce soit une véritable catastrophe avec toutes les conséquences à savoir les maladies respiratoires, à savoir les cancers et les problèmes cardio-vasculaires.

Un représentant du géant de  tabac, Philip Morris, a parlé des cigarettes électroniques et du tabac chauffé, qu'est-ce que vous en pensez ?

Ce sont des alternatives intéressantes parce que ces habitudes qui surviennent chez des sujets adultes sont difficiles à gérer. Donc demander d'arrêter, c'est peut-être un leurre. Comme il l'a dit les résultats n'ont pas toujours abouti.  Amener une personne sur cinq à arrêter le tabac, c'est déjà une grosse victoire. Il faut trouver des alternatives donc des facteurs qui peuvent compenser et avoir des risques beaucoup plus faibles mais le principal défi c'est d'agir en amont sur les facteurs de risques, sur les populations jeunes, les élèves, les étudiants, sur les écoliers, sur ces personnes encore naïves de ces effets.

Concrètement par rapport à la prévention qu'est-ce que vous conseillez à vos patients ou à vos étudiants en matière de prévention en ce qui concerne notamment le diabète dont vous avez parlé, et en matière d'alimentation? Est-ce qu'il y a quelque chose qui est fait dans vos services, à l'université ou alors en Côte d'Ivoire en général ?

Si j'ai été invité à ce forum, ce n'est pas un effet du hasard, comme les organisateurs l'ont dit, ils ont essayé de s'informer, dans les médias, ils sont allés sur les réseaux sociaux pour voir ce qui est fait dans les différents pays pour savoir qui il fallait inviter. En Côte d'Ivoire, nous avons mis en place modestement depuis 2009, l'Association de lutte contre les maladies non transmissibles de Côte d'Ivoire et plus récemment nous avons créé l'Alliance des organisations de lutte contre les maladies non transmissibles et nous sommes en train de mettre tout en œuvre pour sensibiliser les populations pour pouvoir éduquer les populations à une nutrition équilibrée, à une activité physique régulière et puis surtout une campagne de dépistage pour pouvoir déjà dépister toutes ces maladies cardio-vasculaires, si elles existent, et les prendre en charge pour éviter les complications et donner des conseils au niveau de la jeunesse, des élèves, des étudiants et cette année pour la Journée mondiale du diabète qui a lieu en novembre, nous allons le faire cette fois-ci avec l'ensemble des étudiants des universités.

Ce  sera fait sur le campus avec une grande marche pour dire que les maladies chroniques et notamment le diabète doivent être prévenues et que les jeunes doivent être sensibilisés et c'est le sens de notre action. Nous sommes véritablement en phase avec tout ce qui se passe, c'est pour cela que nous avons accepté l'invitation et que nous avons échangé, nous repartons enrichis.

Nous pensons que cette initiative pourra faire tache d'huile, qu'elle devra se répéter et se perpétuer.

Vous-mêmes vous m'avez l'air bien en forme, faites-vous du sport ? Mangez-vous équilibré ? Vous avez l'air d'être un sportif !

Vous pouvez voir que je n'ai pas d'obésité abdominale  et que je n'ai pas de surpoids, j'ai 1,95 m et je fais 90 kilos donc j'ai un bon indice de masse corporelle, parce que je fais du sport deux fois par semaine à raison d'environ 45 minutes par séance et je fais un effort pour avoir une alimentation équilibrée à base essentiellement de féculents pour éviter les sucres à absorption rapide, éviter également la consommation excessive de sel, des aliments gras et manger beaucoup de fruits et de légumes pour maintenir cette forme.

Pas de cigarettes ?

Je n'ai jamais fumé et je souhaite ne jamais fumer.

Et l'alcool ? Avec modération ?

Oui l'alcool comme je le conseille aux sujets sains et aux sujets diabétiques, d'éviter l'alcool sauf un petit peu de vin au repas, une ou deux fois par jour, je pense que c'est acceptable.

Vous-mêmes, vous ne buvez pas ?

Je prends un peu de vin, je mets en pratique ce que je conseille à mes patients et au reste de la population.

 

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