12 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Nikki Haley en RDC - La MP brouille déjà les pistes

L'arrivée annoncée de Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, fait peur à la MP qui s'active pour planter un décor pouvant refléter tant soit peu la mise en œuvre de l'Accord politique du 31 décembre 2016.

La tripartite CNSA-Céni-Gouvernement, prévue du 12 au 16 octobre, est l'un des aspects de l'opération de charme apprêtée pour amadouer l'envoyée des USA. Peine perdue, car Washington, très avisé, ne peut pas tomber dans ce panneau de brouillage de pistes que prépare Kinshasa.

L'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, est annoncée dans les tout prochains en République démocratique du Congo. A la demande du président des Etats-Unis, Donald Trump, la dame de fer vient tâter le terrain pour cerner les contours de la crise congolaise née de la non-tenue d'élections en décembre 2016. L'Accord politique signé le 31 décembre 2016 sous l'égide de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) avait réussi à désamorcer la bombe. Mais, par la faute de la MP, la mise en œuvre de cet Accord a chaviré au moment de la conclusion de l'arrangement particulier qui devait circonscrire ses modalités pratiques. Depuis lors, c'est l'impasse.

Dans les rangs de la MP, on se défend d'appliquer cet accord, se servant à l'occasion de la nomination de Bruno Tshibala, transfuge de l'UDPS, à la Primature et de la coopération de Joseph Olenghankoy à la présidence du CNSA (Conseil nationale de suivi de l'Accord du 31 décembre 2016). Ce n'est pas pour autant que la crise politique a été résolue. Entre les deux acteurs de la crise, à savoir le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement ainsi la Majorité présidentielle, de profondes divergences persistent. Dans ce duel, l'issue paraît presqu'incertaine.

C'est dans ce contexte tendu qu'arrive - sauf imprévu - le 21 octobre, la représentante des Etats-Unis aux Nations unies. Emissaire du président Trump, l'ambassadrice Nikki Haley vient en RDC avec une mission précise. Il s'agit de réunir tous les éléments nécessaires pour présenter au président Trump un rapport complet sur la RDC. Washington qui dispose déjà d'assez d'éléments sur la RDC attend donc confronter les informations collectées par le câble diplomatique avec ce que va ramener Nikki Haley. A Kinshasa, on est bien conscient des enjeux. Aussi s'attèle-t-on à arranger la boutique pour donner bonne impression à l'émissaire du président Trump.

Depuis un temps, tout le monde s'est mis à l'œuvre. La Céni n'est pas en reste. Le tout récent déplacement de son président aux Etats-Unis s'inscrit dans ce cadre. Corneille Nangaa, président de la Céni, est allé déblayer le terrain - question de préparer l'opinion publique américaine à la situation de crise qui prévaut en RDC. A Washington, Corneille Nangaa s'est efforcé à convaincre. Selon les échos qui nous sont parvenus, l'exercice n'a pas été tendre pour lui. Partout où il est passé, ses interlocuteurs n'ont pas trouvé des réponses probantes à leurs nombreuses interrogations, commentent dans les milieux diplomatiques.

Mais, c'est à Kinshasa, se dit-on dans la MP, que se joue la grande partition. Tout est mis en place pour rassurer l'ambassadrice Nikki Haley de la volonté du pouvoir de Kinshasa d'aller aux élections. L'annonce précipitée de la tripartite Céni-CNSA-Gouvernement rentre dans ce schéma. Même si le projet de loi organique portant organisation et fonctionnement a été recalé dernièrement à l'Assemblée nationale, la MP s'évertue désormais à colmater les brèches. C'est donc avec un président du CNSA non investi que la Céni et le gouvernement vont débattre du processus électoral. Comme à Kananga, il ne faut donc pas s'attendre à une surprise. D'autant plus que tout est régenté par la MP qui bat la mesure - la Céni et le CNSA n'ayant d'autre choix que de s'aligner.

Olenghankoy dans le filet de Shadary

Mais, en attendant Nikki Haley, la MP multiplie également des signaux pour baliser le terrain. Hier mardi, le vice-Premier ministre de l'Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, est allé voir le président du CNSA, Joseph Olenghankoy, pour une séance de travail largement consacré au processus électoral. De cette rencontre, on n'en sait pas grand'chose.

Toujours est-il qu'une séance de travail a réuni autour d'une table mardi les membres du CNSA avec à leur tête, Joseph Olenghankoy, et le vice-Premier ministre Ramazani Shadary. Les deux parties se sont exercées à l'évaluation des mesures de décrispation relatives au dédoublement des partis politiques, mesures retenues dans l'Accord de la Saint-Sylvestre.

C'est à l'invitation, dit-on, du président du CNSA que le vice-Premier ministre Shadary a fait ce déplacement. Outre des questions se rapportant au processus électoral, deux sujets majeurs ont dominé leurs échanges, à savoir la décrispation politique et le dédoublement des partis politiques.

Plutôt évasif sur le dédoublement des partis politiques, Ramazani Shadary a évoqué la particularité de chaque parti politique concerné par l'accord, se référant aux considérations politiques et juridiques. Il s'agit, a-t-il indiqué, du MLC/L, de l'ARC, de l'ACO, de l'Unafec, du PDC, de l'Unadef et du MSR.

Il s'est défendu en faisant remarquer que le gouvernement est en règle avec les recommandations de l'accord parce qu'à son niveau, se défend-il, il a rapporté l'arrêté pris avant lui qui enregistrait deux partis (cas du MLC et MLC/L déjà résolu). S'agissant du dédoublement présumé de certains partis politiques, Ramazani Shadary a démontré, au cas par cas, l'absence, selon lui, des preuves juridiques (arrêtés) d'un quelconque dédoublement, préférant s'en remettre au CNSA pour le dénouement commun de certaines questions sur le plan politique. « Le ministère de l'Intérieur ne statue pas sur les conflits internes des partis politiques qui doivent être réglés devant les instances judiciaires, c'est-à-dire, devant les cours et tribunaux », a-t-il précisé.

Une fuite en avant

Entre le CNSA et le gouvernement, on est en face d'un mariage contre-nature. C'est un groupement d'intérêt créé pour la circonstance pour brouiller les cartes en vue de compliquer davantage la donne électorale. Dans ce jeu macabre, Joseph Olenghankoy, fait président du CNSA par la magie de la MP, est embarqué dans un scénario dont il ne maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants. Le fait pour le vice-Premier ministre en charge de l'Intérieur d'aller à sa rencontre ne va pas dans le sens de le valoriser. Bien au contraire. La rencontre a servi juste de cadre pour mettre au courant le président coopté du CNSA du projet élaboré au sein de la MP.

En réalité, tout se met en place en fonction de l'arrivée en RDC de l'ambassadrice Nikki Haley. Rien d'autre.

Sans doute, les Etats-Unis ne vont pas tomber aussi facilement dans le panneau de la MP. Il est un fait que l'Accord du 31 décembre 2016 a été voilé dans tous les sens. Il n'en reste plus rien. Depuis la signature, dans le cadre étriqué du Palais du peuple, de l'arrangement particulier, l'Accord politique du 31 décembre a été vidé systématiquement de sa substance. La MP en a fait juste une paperasse sans grande utilité. La nomination de Tshibala à la Primature ou encore de Joseph Olenghankoy au CNSA ne peuvent donc pas servir de prétexte pour le ramener à la vie. Par la volonté de la MP, l'Accord du 31 décembre 2016 a été enterré. De la plus belle des manières d'ailleurs.

Autant il se prépare un glissement pour repousser le plus loin possible les élections, autant la pression internationale se présente comme une épée de Damoclès suspendue sur la tête de la majorité au pouvoir. Ces pressions qui se précisent avec l'arrivée de l'ambassadrice Nikki Haley créent la panique au sein de la MP. Dans son jeu et ses manœuvres subtiles, la MP prépare le décor pour une éventuelle échappatoire. On tente juste de soigner les apparences pour donner un semblant d'implication du pouvoir au processus électoral. En réalité, tout est bloqué.

De la Céni jusqu'au CNSA en passant par le gouvernement, la MP a tout verrouillé. Elle est aux commandes de tout ce qui se rapporte au processus électoral. Il est pris en otage. La MP ne se voit pas intégrée le processus électoral tant que son autorité morale, le président Kabila, n'est pas assuré de concourir à un nouveau mandat. Pas évident de voir les élections en RDC avant 2019. C'est le schéma savamment monté dans la MP.

A Nikki Haley d'en découdre les ficelles pendant son séjour en RDC.

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