12 Octobre 2017

Sénégal: 17ème édition du festival image et vie - «Songho» - Un film drôle, sans être léger... grave, sans être lourd

Ironie du sort ou hasard de calendrier dans cette 17ème édition du Festival Image et Vie, «Songho», le court métrage documentaire de la réalisatrice Kady Diedhiou, a été projeté ce mardi 10 octobre, Journée mondiale de la santé mentale.

Un film drôle, sans être léger, grave par endroits, sans être lourd, qui interroge nos certitudes, notre rapport à la norme et au comme-il-faut. «Songho», comme le héros schizophrène de ce film, un personnage multiple, qui rêve de strass et de paillettes, un personnage différent, obsessionnel, à fleur de peau, lucide, mais à sa façon, clairvoyant, à sa façon toujours, drôle et attachant...

«Songho», court métrage documentaire de la réalisatrice Kady Diedhiou, passerait quasiment pour un de ces récits un peu trop faciles, qu'il suffirait d'aller ramasser en se baissant, ou presque... Mais n'allez donc pas vous fier au côté plus ou moins offert et pas fabriqué de cette histoire, et encore moins au naturel d'un personnage à qui l'on ne demande pas autre chose que d'être lui-même. Songho (Thierno Faye) ne joue pas, et ne se compromet pas non plus. Il fait dans la démesure, tire des plans sur la comète, se dessine des mondes, en rêvant de stress et de paillettes... Sans parler de cette veste en cuir, tenue de sortie pour grands rendez-vous plus ou moins officiels, qui lui donne une sorte de dégaine de rock-star.

Songho assume, mais pas toujours : ce statut de «vedette» pas conventionnelle, et peut-être un peu trop beau comme il dit, pour les quatre murs de sa chambre spartiate, là-bas à l'hôpital psychiatrique de Thiaroye, où il s'amuse à jouer avec les mots. Songho est schizophrène ; il n'est pas double, non, plutôt multiple. Il jardine, comme il ramasse de la ferraille, chante de sa belle voix de conteur, qui déraille et grince par endroits, mais qui sent si bon le vécu...

Un parolier de l'ombre, un peu-beaucoup dans sa bulle, qui rêve de «gloire musicale», mais avec ses codes bien à lui ; dans le show-business mais pas trop. Quant à ses chansons, disons qu'elles lui ressemblent : philosophes, codées, subtiles, décalées, insaisissables, originales, anticonformistes...

«Songho», le film de Kady Diedhiou, questionne forcément notre rapport à la norme, au comme-il-faut. Que fait-on donc de ces personnes plus ou moins à la marge, qui ne correspondent pas vraiment au moule, ou qui n'entrent pas dans le cadre... Un film drôle, sans être léger, grave, par endroits, sans être lourd, et qui a le don de nous ouvrir les yeux. Sur les incompris de nos sociétés, ceux qui ont du mal à trouver leur place, les transparents et les inaudibles, ceux que l'on étiquette et ceux que l'on refuse de prendre au sérieux.

Ironie du sort, hasard de calendrier, ou pure préméditation, le film de Kady Diedhiou a été projeté ce mardi 10 octobre, Journée mondiale de la santé mentale, en pleine 17ème édition du Festival Image et Vie. Songho, lui, n'est pas «fou». Il est différent, obsessionnel, à fleur de peau, lucide, mais à sa façon, clairvoyant, à sa façon toujours, drôle et attachant, et aussi inadapté, peut-être, que «L'albatros» de Charles Baudelaire. Quand il ne fait tout simplement pas penser à quelqu'un comme l'humoriste Sanokho, ou comme Thierno Seydou Sall, le «poète errant» du réalisateur Bamba Diop, héros anticonformiste de son film «Les Vérités du fou».

«Songho», le film, est à lui seul une leçon de vie. Un film à la fois drôle et sensible, un drame qui joue à cache-cache, des tranches de rire amer par endroits, la justesse d'un personnage, qui ébranle nos certitudes et nos prêt-à-penser, et un art du silence parfaitement maîtrisé.

Sénégal

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