11 Octobre 2017

Cameroun: Langues et traditions africaines - Moteurs d'émergence

Un colloque international, activité majeure du 40e anniversaire du CERDOTOLA, se déroule en ce moment à Yaoundé

Emergence, renaissance. Deux mots au centre des travaux de dizaines d'experts de renommée mondiale réunis à Yaoundé. Le quarantenaire du Centre international de recherches et de documentation sur les traditions et les langues africaines (CERDOTOLA) leur donne l'opportunité d'aborder un sujet souvent éludé dans les discussions autour du développement. L'Afrique pourrait apporter une contribution certaine à l'essor économique et surtout culturel mondial, si seulement on lui laissait l'occasion de le démontrer. Il serait donc difficile, considérant cet apport de l'Afrique au développement, d'ignorer ses langues, ses traditions.

Le Pr. Lupwishi Mbuyamba, de la RDC, directeur de l'Observatoire de politique culturelle en Afrique (OCPA) dans son intervention, a souligné d'ailleurs que « les traditions s'intègrent dans la renaissance culturelle, et peuvent servir à opérer une révolution tranquille. Il est important de préserver cette identité, la faire connaître. » Le thème du colloque international, une des phases majeures des célébrations de ce 40e anniversaire, dévoile la position des chercheurs rassemblés depuis lundi dernier au palais des Congrès, autour du Pr. Charles Binam Bikoï, secrétaire exécutif du CERDOTOLA. « Les institutions culturelles et scientifiques africaines dans les enjeux de l'émergence et de la renaissance ».

Ainsi résumé, le but général de cette rencontre est d'explorer le rôle fondamental de ces institutions africaines, mais aussi les nombreuses difficultés auxquelles elles font face. S'exprimant mardi dernier, le Pr. Jean Tabi Manga, éminent universitaire camerounais, a suggéré de renouveler les savoirs, de renforcer les préoccupations de recherches et de se concentrer sur des œuvres plus actuelles. S'interroger également sur l'apport de la recherche africaine à l'évolution de l'humanité. Ces questions et bien d'autres meubleront les cinq journées de réflexion. Ce vendredi, jour de clôture du colloque international, des résolutions et recommandations sont attendues.

Pr. Charles Binam Bikoï: « Les langues africaines, conditions de développement »

Secrétaire exécutif du CERDOTOLA

Le Cerdotola célèbre ses 40 ans d'existence. Cet événement est-il une célébration de la survie pour cette institution qui a traversé de nombreuses épreuves ?

C'est une célébration tout court. On commémore le jour où le CERDOTOLA est venu à la vie. Ensuite, on regarde le chemin parcouru et on observe si le temps a permis de faire mûrir les choses. Je crois que la commémoration de la naissance du CERDOTOLA et de son établissement au Cameroun, est une chose qui s'inscrit dans l'ordre naturel. Une institution est une personne morale. Surtout quand on sait que de nombreuses institutions sont nées en même temps que la nôtre, mais n'ont pas la possibilité de dire leur existence aujourd'hui. Ainsi, à 40 ans, il faut faire le point, rassembler ses forces, mesurer les énergies qui nous restent pour propulser un nouveau départ. Ce colloque est à la fois une célébration au sens du souvenir et une reprogrammation pour une projection nouvelle. Raison pour laquelle nous ne nous attardons pas beaucoup sur les aspects purement festifs. C'est un moment de haute réflexion à la fois intellectuelle et scientifique sur la culture, le devenir des institutions africaines au service de l'humanité d'Afrique.

Vous avez invité d'autres pays africains à rejoindre le CERDOTOLA. Un plan a-t-il déjà été établi à cet effet ?

Le plan est établi en soi. A partir du moment où la clause qui fait du CERDOTOLA une organisation sous-régionale en Afrique centrale est levée, alors l'institution s'étend à présent au-delà du continent. Ce, partout où des hommes et des femmes croient au destin de l'Afrique. Ce qui justifie un certain nombre de mouvements en diaspora. Notamment à Haïti, au Brésil, en Colombie et même aux Etats-Unis. Le CERDOTOLA est donc au service de la cause mondiale de l'Homme africain. Et donc, à partir du moment où on a choisi cette direction, l'extension se fait d'elle-même. Ce colloque est le moment où nous devons pouvoir servir à la construction de passerelles entre l'Afrique et ses fils de la diaspora. Le mouvement est en marche. Nombreux sont les pays qui expriment de plus en plus le désir de s'associer à ce que nous faisons. Ainsi, le secrétariat exécutif va davantage jouer son rôle de coordination et de fédération des demandes et puis de diplomatie auprès des Etats pour que les choses se fassent.

On parle d'émergence dans le colloque international du quarantenaire et les langues africaines y tiennent un rôle majeur. Peuvent-elles réellement conduire l'Afrique au développement ?

Les langues africaines sont la condition du développement. Car, elles sont des langues de communautés vivantes. Alors si on considère que les communautés s'expriment dans leurs langues, elles expriment leur relation au monde, leur aspiration, leur capacité et le fruit de leur imagination créatrice. C'est cela qui doit être considéré pour enraciner et faire surgir l'émergence. Car, si les communautés sont considérées comme des espaces et des entités de consommation de ressources qui leur tombent du ciel, jamais il n'y aura cette appropriation des stratégies des politiques qui pourraient être définies par le haut. Les communautés sont des entités fondatrices de la nation. Il s'agit donc aujourd'hui de porter leur génie créateur pour les mettre ensemble afin de booster chacune de ces communautés à aller à la rencontre des autres. Pour le CERDOTOLA, toute langue est une langue humaine. Et toute langue humaine est une grande langue, fût-elle parlée par deux à trois personnes.

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