12 Octobre 2017

Ile Maurice: Heba Capdevila-Jangeerkhan - «Juan Carlos Fernandez Zara n'était pas la bonne personne pour le poste de CEO»

interview

Selon la Chairperson du Mauritius Institute of Directors (MIoD), le renvoi de Juan Carlos Fernandez Zara est justifié. Mais elle concède que l'affaire est plus complexe qu'elle en a l'air.

Vous avez parlé, dans votre communiqué et dans une interview accordée à la presse, des nombreux différends entre le board du MIoD et l'ex-Chief Executive Officer (CEO) Juan Carlos Fernandez Zara (JCFZ). D'où son renvoi le 22 septembre. Or, il nie avoir eu des problèmes avec le board et crie à l'injustice. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur ces «désaccords» ?

Durant les 12 derniers mois, le conseil d'administration a régulièrement rappelé à JCFZ son incapacité à répondre à l'une de ses principales responsabilités d'un CEO. À savoir, fournir un business plan adéquat et détaillé. Le board n'était donc pas en mesure d'avoir une vision à long terme de la mise en place de la stratégie.

Cela s'est traduit par l'absence de budgétisation, de planification, de préparation et de suivi de l'administrationgénérale du MIoD, d'une détérioration continue des relations avec nos principaux collaborateurs parmi les formateurs locaux et consultants étrangers.

Il faut ajouter à cela un manque de suivi des différents forums, comités et programmes de formation enclenchés par le MIoD, entre autres. Résultat : après les six mois de période d'essai, le conseil d'administration a décidé de ne pas confirmer le contrat de JCFZ, n'étant pas satisfait de sa performance.

Toutefois, après en avoir discuté avec lui, le board a décidé d'étendre sa période probatoire de trois mois. Son contrat a par la suite été confirmé en février 2017, car il faisait des efforts pour s'améliorer. Le board, de bonne foi, pensait que les choses allaient s'améliorer s'il se sentait en sécurité à son poste.

Mais tel n'a pas été le cas. Cela a mené l'ancien président du conseil d'administration, Tahen Kumar Servansingh, à démissionner. Le board et moi-même, en tant que présidente, avons continué à travailler avec JCFZ, essayant, en vain, d'aligner sa performance et son attitude selon les attentes que l'on a d'un CEO.

C'est-à-dire ?

Son comportement était loin de se conformer à celui d'un CEO. Il était clair qu'il tentait de façonner le MIoD à son image. La pérennité de l'organisation était loin d'être sa priorité. Ce n'est pas ce que l'on peut appeler de la bonne gouvernance.

L'institut doit être géré de sorte à ce qu'il dépasse les intérêts individuels, que ce soit les membres du board, les CEO ou les employés. Le rôle du MIoD est de répondre aux besoins des membres, des fondateurs, des patrons ainsi que nos stakeholders dans leur ensemble.

Le board avait la responsabilité d'agir dans l'intérêt des membres. Nous avons donc retenu les services d'Eversheds Sutherland en tant que conseiller légal et nous assurons les membres ainsi que tous nos partenaires que nous avons agi en toute légalité, tout en respectant les obligations contractuelles, dans la transparence et pratiques de bonne gouvernance.

Pourquoi ne pas lui avoir donné l'opportunité de s'expliquer auprès du board avant de le démettre de ses fonctions ?

Il a eu l'occasion de s'expliquer à diverses occasions, d'améliorer sa performance tout en recevant les feedbacks du board. Tout a été dit, que ce soit par lui ou le board, à la fois verbalement et en écrit. Le conseil d'administration n'a pas pris cette décision à la légère. D'un point de vue de management et people skills, il n'était pas la bonne personne pour ce poste.

Le MIoD n'a-t-il pas réalisé cela dès l'entretien d'embauche ?

Nous avons un processus de recrutement très approfondi. Mais même dans ce cas, il peut arriver que l'on ne trouve pas le bon candidat. Le recrutement des talents de haut niveau est l'un des plus grands défis pour les organisations du monde entier.

Qu'en est-il des employés qui disent avoir été poussés vers la porte de sortie à la suite du licenciement de l'ex-CEO ?

Pas du tout, aucun employé n'aété sommé de démissionner ! Le board a demandé aux employés de se réunir immédiatement après la réunion spéciale du 22 septembre. Lors de cette rencontre, cinq membres du board, six employés ainsi que le Company Secretary étaient présents.

Plusieurs personnes ont donc été témoins de cet échange. J'ai partagé la décision du board touten expliquant le contexte. J'ai dit que le board comptait sur leur collaboration pour aider le MIoD à communiquer avec ses membres à la suite de cette décision.

J'ai souligné que le board reconnaît que c'était une situation regrettable mais que chacun devait prendre ses responsabilités et agir dans l'intérêt du MIoD. J'ai aussi précisé que le board n'imposerait à personne de l'assister dans la communication mais que ceux qui ne souhaitent pas le faire devaient nous laisser leurs clés pour accéder au bureau, ainsi que l'accès au système CRM/WEB du MIoD afin de pouvoir envoyer toute communication.

Trois employés ont décidé de s'en aller et de ne pas apporter leur aide en ce sens. Le 25 septembre, j'ai reçu des lettres de la part de ces trois employés qui ont décidé de partir pour ce qu'ils considèrent des raisons de congédiement implicite (constructive dismissal). Le board a catégoriquement nié cela, tout en invitant les employés à reprendre leur travail, chose qu'ils n'ont pas faite jusqu'ici.

Dans un article paru mardi dans «l'express», le consul honoraire de Suisse se dit «choqué» qu'une institution comme le MIoD, qui offre des formations en matière de bonne gouvernance, a agi ainsi envers l'ex-CEO. Qu'en pensez-vous ?

Je suis déçu que le consul honoraire n'a pas choisi de me contacter afin de comprendre le contexte dans son intégralité. En fait, j'ai pris l'initiative de l'appeler mardi matin pour lui proposer un rendez-vous et lui faire part, en tant que consul honoraire, de toutes les informations relatives à cette polémique.

Je voulais lui permettre de comprendre les raisons qui ont poussé le board à prendre cette décision. Il m'a dit qu'il reviendrait vers moi. J'attends donc son appel. Je réitère que le MIoD et le board ont agi selon les principes de bonne gouvernance et dans le cadre de leurs mandats respectifs.

Le MIoD compte-t-il introduire les projets qui ont été enclenchés sous l'ancien CEO, comme la plateforme nationale sur l'innovation avec la Suisse, entre autres ?

La stratégie de l'institut inclut un important champ d'actions axé sur l'innovation à travers diverses initiatives. Celles qui ont déjà été enclenchées se poursuivront sous la direction du CEO par intérim, Roshan Ramoly, ainsi que l'équipe du MIoD.

De plus, dans les mois à venir, nous avons prévu plusieurs activités. Nous travaillons également pour construire et réparer les relations avec des stakeholder organisations. Un sondage sera aussi effectué auprès de nos membres afin de mieux répondre à leurs besoins et attentes. La date de notre assemblée générale annuelle sera communiquée sous peu. Nous enclencherons également le recrutement d'un nouveau CEO et des nouveaux membres du personnel, entre autres.

Qu'est-ce que le Mauritius Institute of Directors ?

Lancé officiellement en 2007, le MIoD est une organisation privée fondée grâce à l'apport du National Committee on Corporate Governance. L'objectif : promouvoir la gouvernance d'entreprise à Maurice en créant un forum professionnel destiné aux administrateurs et gestionnaires tant pour le secteur public que le privé. Surtout connu pour ses programmes de formation, il a, depuis janvier 2017, amorcé une nouvelle stratégie qui tourne également autour du plaidoyer (advocacy) sur des sujets d'ordre macroéconomique, les services conseils pour les entreprises ainsi que le «networking», entre autres.

La réplique de l'ancien CEO

«Le fond de l'histoire est plus complexe que ne laisse entendre la Chairperson. Ces faits sont minutés et il y a des e-mails qui démontrent le contraire de ce qu'elle annonce. Je ne vais pas entrer dans les détails car il s'agit d'une affaire qui est en justice. Ce que je peux vous dire, c'est que je n'ai jamais reçu par écrit des plaintes du conseil d'administration. Bien au contraire, j'ai reçu des preuves écrites de sa satisfaction. De plus, l'extension de ma période probatoire ne s'est pas accompagnée d'indicateurs qui m'auraient permis de savoir sur quelle base j'allais être confirmé. Cela aussi est minuté. Du reste, je trouve que l'argument manque de fond. Pourquoi décider de me renvoyer juste après que j'ai relevé un potentiel problème dans la gestion des affaires du MIoD par la Chairperson ? Pourquoi le board n'a pas décidé de me convoquer pour en parler, alors même que je le lui ai demandé à plusieurs reprises ? Pour moi, ce qui est important, c'est de rester sur une base de faits et c'est ce que j'entends faire.»

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