12 Octobre 2017

Kenya: Présidentielle - On prend les mêmes et on recommence

Photo: Daily Nation
Des policiers kényans dans les rues de Nairobi

« Maintenant on fait quoi ? » C'est la question que nous nous étions posée dans notre éditorial consacré à la décision de Raila Odinga de ne pas se présenter à la présidentielle du 26 octobre 2017.

Un scrutin qui, rappelons-le, fait suite à l'invalidation en dernier ressort des résultats de la présidentielle du 8 août alors que l'instance électorale avait désigné Uhuru Kenyatta président sortant vainqueur par 54,27% des voix contre 44,74% à son challenger Raila Odinga et qu'à l'unisson les observateurs avaient donné leur blanc-seing au scrutin pourtant décrié par l'opposition.

On ne finira pas d'épiloguer sur le courage du juge David Maraga et de ses collègues de la Cour suprême qui détonne dans une Afrique où la justice se retrouve bien souvent au service de l'exécutif. Cette décision historique des sages faisait suite au recours en annulation introduit par Raila Odinga, l'opposant historique qui refuse aujourd'hui de prendre part à la confrontation électorale qui s'annonce.

A l'origine de ce désistement, la crainte que les mêmes causes prodisent les mêmes effets. « Nous sommes arrivés à la conclusion que l'IEBC n'a pas l'intention d'entreprendre les changements au niveau de ses opérations et de son personnel pour garantir que les illégalités et irrégularités qui ont conduit à l'invalidation du scrutin du 8 août ne se reproduisent pas », a expliqué le candidat de la coalition NASA.

Dès lors, plusieurs scénarii catastrophes étaient à envisager, sachant que les 6 autres candidats à cette présidentielle qui avaient obtenu moins de 1% des voix ne seraient pas, a priori, autorisés à prendre part à ce second tour qui ne veut pas dire son nom.

Primo : le maintien du scrutin à la date prévue, mais avec un candidat unique ;

secundo : une victoire du président sortant Uhuru Kenyatta sur tapis vert, autrement dit sans coup férir ;

Tertio : l'appel à un candidat de substitution, juste pour combler le vide laissé par le poids lourd de l'opposition.

Mais c'était compter sans la versatilité de la commission électorale qui, à deux semaines de l'échéance, et sans tenir compte du retrait de l'opposant, a annoncé mercredi soir que les 8 candidats ayant pris part à la présidentielle du 8 août dernier seraient admis à se représenter. Ainsi, bon gré mal gré, on prend les mêmes et on recommence. Autant dire que c'est au lasso que la commission électorale entend traîner le chef de file de la NASA vers des joutes politiques devenues décidément incontournables. Mais une chose est de lui tailler une camisole de force, et une autre est de la lui faire porter. Et qui connaît bien l'irrédentisme de Raila Ondinga pressent que ce ne sera pas chose facile.

Déjà, le pouvoir multiplie les mesures de prévention contre d'éventuels troubles en interdisant les manifestations dans la capitale et d'autres villes du pays. Et une fois de plus le Kenya tout entier retient son souffle, hanté par les fantômes d'un passé dont le souvenir reste encore vif dans les mémoires. En 2007 en effet, après la victoire de Mwai Kibaki, de violentes manifestations aux relents ethno-régionalistes avaient éclaté, faisant un millier de morts et des centaines de milliers de déplacés. Pourvu que malgré les tensions qui subsistent encore, l'histoire ne se répète pas.

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