13 Octobre 2017

Tunisie: L'impératif d'une politique nationale de la jeunesse

Ces phénomènes ne sont pas nouveaux

Le phénomène n'est pas nouveau, bien qu'il se soit propagé, au cours de dernières années, pour devenir endémique. Il y a plus de dix ans, la sonnette d'alarme a été tirée, mais elle n'a pas eu d'échos auprès des autorités de l'époque.

Dans un rapport publié, en 2007, par les Nations unies, sur la base de données recueillies par plusieurs organismes gouvernementaux tunisiens, dont notamment l'Observatoire national de la jeunesse, et présenté au mois d'octobre de la même année devant les représentants de la presse nationale et internationale, « environ 41% des jeunes âgés de 15 à 19 ans désirent émigrer et 15% sont prêts à le faire clandestinement » et évoquent «un avenir incertain» dans leur pays. Le rapport a relevé alors que « la tendance est plus élevée chez les garçons (52,7%), les chômeurs (55%) et les jeunes issus des régions défavorisées, en particulier le Nord-Ouest où plus d'un jeune sur quatre rêve d'émigrer illicitement ».

Un constat, déjà, amer. Un autre fait, non moins rassurant, «la proportion des Tunisiens mis en cause dans le vol a triplé en moins de quatre ans», lit-on dans un rapport de l'Observatoire français de la délinquance qui publie, depuis 2006, les chiffres de la délinquance constatée et enregistrée par les services de police et les unités de la gendarmerie. C'est la première fois que les Tunisiens font leur apparition dans ce genre de document.

Sans revenir aux raisons de la déferlante migratoire et ses conséquences, car beaucoup a été dit et redit sur le sujet, encore moins sur l'implication de jeunes Tunisiens dans le terrorisme et le crime, il est clair que la responsabilité de tous les gouvernements successifs depuis les premières années de l'indépendance est évidente, puisqu'ils n'ont pas pensé à la mise en place d'une véritable politique de la jeunesse, réfléchie et concertée. Les quelques tentatives entamées n'avaient pas abouti.

Que l'on ne se leurre pas. Beaucoup de dialogue avec les jeunes, de consultations, d'études et de rapports sur et avec les jeunes ont été initiés mais dont les conclusions sont restées sans lendemain. Le dernier en date est le « dialogue sociétal autour des questions des jeunes », annoncé par le président de la République et clôturé par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, fin décembre dernier.

Il avait annoncé un certain nombre de mesures dont notamment l'organisation d'une conférence nationale sur l'investissement au profit des jeunes, la révision des attributions du Conseil supérieur de la jeunesse et la mise en place d'une stratégie nationale intégrée de la jeunesse à l'horizon de 2030. Depuis, on n'en sait que peu ou prou sur la suite qui a été donnée à ces « faits » d'annonce !

Une vision nouvelle de la jeunesse

Nous avons, tant de fois, appelé à mettre la question de la jeunesse au cœur de l'actualité nationale et à hisser le secteur au niveau des secteurs stratégiques. En l'absence de feuille de route claire, on ne saurait apporter de réponses claires aux préoccupations des jeunes. Cette feuille ne pourrait être définie sans la mise en place d'une politique nationale de la jeunesse, que nous avons précédemment évoquée.

Cette politique devrait se donner comme objectif stratégique, « d'avoir une vision nouvelle de la jeunesse » en rapport avec les nouvelles mutations et l'évolution du pays, à tous les niveaux et les défis des générations futures. Une politique qui garantirait « une vision de société ouverte pluraliste », respectueuse des principes fondamentaux de la Constitution, de l'unité nationale et à forte cohésion sociale. Elle devait s'inscrire « de manière cohérente » dans les stratégies de développement politique, économique, social et culturel du pays.

Pour ce faire, le gouvernement pourrait mettre en place un comité national, avec notamment le ministère des Affaires de la jeunesse et l'Institut tunisien de études stratégiques, pour se pencher sur la définition du cadre conceptuel et l'élaboration d'un projet qui fera l'objet d'une concertation avec toutes les parties concernées, en premier lieu les représentants des jeunes et ce à partir d'une analyse profonde des problématiques de la jeunesse tunisienne. La politique nationale de la jeunesse aura pour finalité d'impliquer les jeunes au processus de prise de décision, notamment dans les décisions les concernant et à les amener vers leur autonomie et à leur responsabilité sociale.

Plusieurs pays, dont des pays africains comme le Burkina Faso, Madagascar, le Congo, ont déjà arrêté une politique nationale de la jeunesse, définie dans un texte de loi qui sert de guide pratique en vue d'harmoniser toutes les actions en faveur de la jeunesse. Cette politique est le fruit « d'un long processus basé sur l'approche participative, la concertation, le dialogue et le consensus ». Il est grand temps d'élucider cette question et penser à une véritable politique de la jeunesse qui permette de sortir des sentiers battus.

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