16 Octobre 2017

Kenya: Comment préserver le Kenya d'un nouveau chaos ?

analyse

Les tensions qui secouent le Kenya depuis l'annulation de la réélection supposée de l'ancien président Uhuru Kenyatta commencent à franchir un nouveau pas.

La confusion née de l'annonce du retrait de l'opposant Odinga, la réponse de la commission électorale, le vote unilatéral d'amendements à la loi électorale par les partisans du président sortant ainsi que l'interdiction des manifestations de l'opposition dans certaines villes, créent un cocktail qui risque de détonner fort avec de graves répercussions sur l'avenir du pays. Comment prévenir dans ce contexte un nouveau chaos au Kenya ?

Pouvoir et opposition à la manœuvre au Kenya

A la suite de l'annulation des élections d'août, le parti au pouvoir n'a pas tardé à annoncer son intention d'amender la loi électorale. C'est chose faite depuis le mercredi 11 octobre. L'Assemblée nationale majoritairement acquise au Jubilee, parti du président sortant, a adopté deux amendements, malgré le boycott du processus par les députés de la coalition d'opposition NASA. La première interdit à la Cour Suprême d'annuler une élection, comme elle l'a fait le 1er septembre. La deuxième, quant à elle, prévoit qu'en cas d'annulation d'une élection, un second scrutin serait organisé, et que si l'un des deux candidats retirait sa candidature, l'autre obtiendrait automatiquement la victoire.

Du coup, l'annonce du retrait de l'opposant Raila Odinga ne cesse d'alimenter la confusion. Ce dernier, invoquant une élection qui serait pire que la précédente, n'avait pas attendu l'issue du vote du parlement avant sa sortie. Le Sénat validera-t-il ces lois, pour le moins controversés en période électorale ?

Il faut rappeler que Raila Odinga avait posé des exigences pour sa participation à une nouvelle élection. Malgré l'annonce de son retrait, il précise tout de même, dans une interview à la radio Jambe que « Si les changements nécessaires sont faits, nous participerons aux élections »[1].

Mais, pour la Commission électorale, Odinga est toujours en lice, ainsi que tous les autres candidats ayant participé à la présidentielle d'août. Elle maintient par ailleurs, la date des élections au 26 octobre. Ce que soutient le camp du président sortant et par ailleurs, l'Union Africaine.

La sortie de l'Union Africaine qui ne rassure pas au Kenya

C'est dans un communiqué du 11 octobre que Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'Union Africaine s'est exprimé sur la situation kényane. Il a indiqué prendre acte du retrait d'Odinga et invité les autorités kényanes à poursuivre le processus électoral dans la paix. Le président de la Commission a par ailleurs, appelé « toutes les parties prenantes à faire preuve de leadership pendant cette période et à assurer la réussite du processus électoral et en même temps contribuer à la consolidation de la démocratie au Kenya et la préservation de la paix et de la stabilité dans le pays »[2].

Mais en précisant que « L'UA est prête à prendre toute initiative jugée appropriée pour faciliter la conclusion pacifique du processus électoral », on est en droit de s'interroger sur la réelle posture de l'organisation régionale et sa pertinence par rapport à son rôle de préservation de la paix et de la stabilité sur le continent. L'UA serait-elle en attente d'une sollicitation formelle des autorités kényanes ? Y-a-t-il des initiatives diplomatiques efficaces pour faire évoluer les positions des différents acteurs sur la tenue sereine de nouvelles élections ? Le maintien des élections au 26 octobre serait-il la moins pire des situations selon l'UA ?

Agir pour préserver le Kenya d'un nouveau chaos

Dans les crises politiques, les mots, même venant de leaders charismatiques, n'ont jamais été suffisants pour apaiser les frustrations et entamer la détermination des masses à en découdre. Il faut des actes forts à même de calmer les velléités des différents protagonistes. En général, jusqu'à ce que la situation ne dégénère, chacun pense et clame avoir raison. Puis, survient le carnage ; et là, alors qu'on compte les pertes, on se rend compte de la bêtise.

On sait la lassitude que nourrit ce processus électoral qui n'en finit pas. On sait aussi les tensions qu'il continue d'alimenter, l'opposition étant décidée pour l'instant à faire entendre ses préoccupations. Il y a des signes annonciateurs d'un nouveau chaos au pays de Kenyatta, et l'interdiction des manifestations de l'opposition suscite de graves craintes[3].

De plus l'incertitude actuelle commence à peser sur l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est[4]. On le sait tous ou presque, la tension actuelle n'est pas de nature à permettre des élections apaisées pouvant laisser place à un pays réconcilié après le 26 octobre. En anticipant cette hypothèse, l'UA et la communauté internationale devraient rechercher la voie de la sagesse qui n'est pas forcément celle de la légalité sur laquelle semble se fonder la Commission électorale et divers acteurs institutionnels. En l'occurrence, différer les élections pourrait être une alternative, le temps de calmer les tensions qui ne semblent pas près de s'estomper.

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