17 Octobre 2017

Burkina Faso: A qui profite le retour de Blaise Compaoré ?

Photo: RFI
Blaise Compaoré, chef de l'Etat burkinabè.

S'il y a un sujet qui défraie la chronique au Burkina Faso, c'est bien le retour de l'ancien Président du Faso, Blaise Compaoré, exilé depuis 2014 en Côte d'Ivoire.

Chassé du pouvoir en fin octobre 2014 par une insurrection populaire après 27 ans de règne, Blaise Compaoré avait déposé ses valises à Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d'Ivoire avant de déménager en février 2015 à Cocody, un quartier huppé d'Abidjan.

Pour bien jouir d'un exil doré, le tombeur de Thomas Sankara, Burkinabè de souche, a choisi de prendre la nationalité ivoirienne comme pour dire définitivement au revoir à la mère patrie. Mais depuis quelques temps, des voix issues du monde politique et des Organisations de la société civile (OSC) s'élèvent pour réclamer le retour au bercail du «beau Blaise».

Après le président du Rassemblement démocratique populaire (RDP), Nana Tibo, qui a déjà annoncé le retour de Blaise Compaoré pour le 14 décembre prochain après un tour à Abidjan, c'est le tour du coordonnateur national du Cadre d'expression démocratique (CED), Pascal Zaïda de réclamer le retour de tous les exilés politiques dont principalement l'ancien locataire de Kosyam.

Ces acteurs sont suivis dans leur démarche par les militants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), dont Blaise Compaoré est le père fondateur. Cette fièvre politique autour du retour de l'ancien Président suscite beaucoup de questionnements. A qui profite le retour de l'enfant terrible de Ziniaré ?

Pourquoi une telle polémique autour du sujet. Techniquement, rien ne s'oppose à un retour de l'ancien chef de l'Etat burkinabè dans son pays natal.

Il est même souhaité pour la manifestation de la vérité dans certains dossiers judiciaires. En effet, l'ex-capitaine de l'armée burkinabè est poursuivi dans deux affaires emblématiques à savoir le dossier Thomas Sankara et l'affaire de l'insurrection populaire.

Objet d'un mandat d'arrêt international pour «assassinat», «attentat» et «recel de cadavre» dans l'affaire du coup d'Etat qui a emporté le père de la Révolution le 15 octobre 1987, Blaise Compaoré est aussi poursuivi en tant que ministre de la Défense par la Haute cour de justice pour «assassinat, complicité d'assassinat, coups et blessures» dans le dossier de l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

Si beaucoup réclament aujourd'hui la justice pour Thomas Sankara et ses compagnons ainsi que la lumière dans les évènements d'octobre 2014 et les autres crimes politiques, il est difficile de s'opposer au retour d'un acteur principal dont le témoignage serait incontournable dans ces différents dossiers.

Au lieu d'un mandat d'arrêt international, qui n'a pas de chance d'aboutir, si Blaise Compaoré choisit courageusement de revenir faire face à son histoire au Burkina Faso, une telle chose est à saluer.

De prime abord, ni les partisans de Blaise Compaoré, ni le pouvoir en place, encore moins la justice burkinabè, qui semble être le grand gagnant dans ce «come-back», ne sauraient dire non à ce retour au pays natal de l'ancien président.

Au-delà de toutes les considérations, le Président Compaoré fait partie de l'histoire du pays des Hommes intègres et peut apporter sa contribution à la réconciliation nationale en donnant sa part de lumière aux dossiers sombres de la République.

Toutefois, le retour de l'exilé de Cocody semble poser un véritable problème politique. En effet, la politique a ses raisons et ses accointances que le citoyen non initié ignore et les intérêts politiques, parfois complexes, ne sont pas forcément ceux du peuple.

C'est pourquoi, ce retour peut être un pavé dans la mare du monde politique burkinabè déjà agité. En outre, les échos de certains milieux semblent lier le regain de l'activisme de certains OSC et partis politiques à l'annonce du retour de Blaise Compaoré.

A en croire ces sources, ce retour est susceptible d'être source de déstabilisation du pays et l'on accuse les partisans du natif de Ziniaré de vouloir pêcher en eau trouble.

A analyser de près, les raisons politiques, pour ne pas dire d'Etat, risquent de prendre le pas sur celles techniques et empêcher Blaise Compaoré de revenir respirer l'air du Burkina Faso s'il en avait la nostalgie et le besoin.

Et dans ce cas, la justice militaire et la Haute cour de justice doivent s'apprêter à juger l'ancien président par contumance.

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