19 Octobre 2017

Congo-Kinshasa: Une responsabilité historique pour un nouveau départ

Photo: Le Potentiel
DES MANIFESTANTS

Les USA et l'UE sont d'accord pour une transition sans Kabila. Raison, préparer en toute sérénité l'alternance démocratique tant attendue. En retour, ils attendent que l'Opposition s'organise autour d'une vision claire et précise afin d'aider la RDC à se relever.

La rencontre de ce jeudi à Brazzaville autour de Denis Sassou, précédée dernièrement par le passage à Kinshasa du délégué de l'UA et de Jacob Zuma, s'inscrit dans cette perspective. Les leaders ci-haut cités ont l'obligation de s'organiser pour ne plus décevoir.

Un tournant décisif se dessine en République démocratique du Congo. Dans les instances internationales, l'option a été déjà levée. Le décor d'une transition sans le président Kabila se met en place.

Les Etats-Unis et l'Union européenne se sont d'ores et déjà inscrits dans cette optique. Pour le moment, les deux travaillent en synergie en vue de convaincre l'Union africaine à adhérer à ce schéma.

D'Addis-Abeba, des sources généralement bien informées rapportent que l'UA ne s'y oppose plus. Le dernier passage en RDC du président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki Mahama, s'inscrivait dans cette logique. Bien après, c'est le président sud-africain Jacob Zuma qui a fait le déplacement de Kinshasa pour en parler de vive voix avec son homologue congolais.

Au Palais de la nation, siège de la présidence, des langues ne sont pas prêtes à se délier. Selon certaines indiscrétions, le chef de l'Etat continue à faire de la résistance au projet piloté par les Etats-Unis et l'Union européenne. Il campe toujours sur la souveraineté de la RDC en matière de politique intérieure.

Ce qui est vrai, c'est qu'au-delà des frontières congolaises, les éléments du puzzle se mettent pour la concrétisation de ce schéma qui, de l'avis des observateurs, paraît irréversible. Il reste cependant des questions sur lesquelles l'Occident voudrait s'appesantir pour s'assurer de l'efficacité de ce plan de sauvetage mis en route.

La grande inconnue

Evidemment, la grande inconnue demeure encore et toujours l'Opposition congolaise. Les deux dialogues organisés en 2016, à savoir celui de la cité de l'Union africaine coordonné par le Togolais Kodjo, et celui du Centre interdiocésain piloté par la Cenco, ont mis à nu les grandes divisions qui rongent l'Opposition. La majorité au pouvoir s'est servie de ces divisions pour reprendre le contrôle de la situation politique.

Par voie de débauchage, le pouvoir en place a réussi à fragiliser l'Opposition. Les nominations de Samy Badibanga et Bruno Tshibala ont démontré le degré d'errance fort avancé de l'Opposition congolaise. Alors, comme réussir une transition sans Kabila dès lors que l'Opposition ne rassure pas ? C'est la grande inconnue.

Dans les milieux intéressés par ce dossier, l'on multiplie les rencontres pour amener enfin l'Opposition congolaise à parler d'une seule voix. Bruxelles sert de plaque tournante à toutes ces rencontres.

Dans la capitale belge, des réunions se succèdent pour recréer, à l'instar de Genval en 2016, un nouveau front uni de l'Opposition. Les plus indécis, tels que Vital Kamerhe de l'UNC, Eve Bazaïba du MLC et Mbusa Nyamuisi du RCD/KML ne sont plus mis en marge.

Le décor se met en place pour amener l'Opposition à se fédérer autour d'une vision commune afin de consolider sa crédibilité à l'échelle internationale.

L'option d'une transition sans Kabila ne faisant l'objet d'aucun doute, l'Opposition a l'obligation de s'organiser pour ne plus revivre la surprise de 1996, lorsque l'AFDL a ressurgi sur la scène politique, accaparant le pouvoir après une marche glorieuse qui est terminée le 17 mai 1997 à Kinshasa.

Au sein de la communauté internationale, on redoute la réédition de pareil scénario. L'option n'a d'ailleurs pas été prise en compte, rapportent des sources concordantes.

« Si cette éventualité n'est pas prioritaire, rien n'exclut qu'on y fasse recours si l'Opposition congolaise démontre, une fois de plus, son incapacité à parler d'une seule voix », commente sous le sceau de l'anonymat un homme politique très averti.

Et de poursuivre : « L'Opposition congolaise est face à ses responsabilités. Elle doit démontrer à la face du monde qu'elle peut servir d'alternative crédible après Kabila ».

Cette interpellation va droit en direction de principaux leaders de l'Opposition. Les plus visés sont évidemment Félix Tshisekedi, président du Rassemblement, Pierre Lumbi, président du Conseil des sages du Rassemblement et Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle. D'autres, et non des moindres, se retrouvent également dans cet échantillon. C'est le cas de Vital Kamerhe, président de l'UNC.

Après avoir flirté avec la majorité au pouvoir dans le cadre du dialogue de la cité de l'UA et marqué sa présence au dialogue du Centre interdiocésain, Kamerhe a fait volte-face en rejoignant enfin les rangs de l'Opposition. Depuis lors, il appelle à une union sacrée de l'Opposition pour faire barrage à la MP.

Des sources renseignent qu'entre lui et Moïse Katumbi, les malentendus auraient été dissipés après un aparté dans la capitale belge. Les deux personnalités, dit-on, regardent enfin dans la même direction. Un pas important dans le sens de la consolidation des digues pour une opposition plus que jamais revigorée.

De l'autre côté, il y a des leaders de l'Opposition qui ont pignon sur rue et dont le poids politique compte aussi sur la balance pour une opposition forte et unie. On cite notamment Mbusa Nyamuisi, leader du RCD/KML, Martin Fayulu, le tout bouillant président de l'Ecidé, parti membre du Rassemblement.

Dans les rangs, une personnalité émarge du lot. Il s'agit de Sindika Dokolo, puissant homme d'affaires congolais, gendre de l'ex-président angolais, Jose Eduardo Dos Santos.

Porté à la tête du mouvement citoyen « Congolais debout » lancé dernièrement à Paris, Sindika Dokolo donne des insomnies au pouvoir de Kinshasa qui le redoute autant que Moïse Katumbi, avec il est d'ailleurs très lié.

Regarder dans la même direction

Ce sont donc toutes ces personnalités qu'on attend voir porter haut le nouveau message de l'espoir d'un pays qui s'éveille. Si, pour la Majorité au pouvoir, une transition sans Kabila relève juste de l'illusion, dans les plus hautes instances internationales, le projet est pris très au sérieux. Y arriver, rapporte-t-on, ne serait plus qu'une question de jours, voire de mois. Mais le goulot d'étranglement reste ce doute sur la capacité de l'Opposition à s'assumer.

Dans tous les cas, une transition sans Kabila, dont la direction sera confiée à une personnalité neutre, n'est plus évoquée au conditionnel, mais c'est de la réalité. Une aubaine que l'Opposition doit saisir la balle au bond pour ne plus être prise de court, une nouvelle fois.

Le fond du problème, c'est que l'Opposition congolaise doit s'organiser - par idéal et par vocation - en se regroupant autour d'un front uni face à la majorité au pouvoir. C'est la voie obligée vers l'alternance. Rien ne sera acquis aussi longtemps que l'Opposition se montrera fébrile et dispersée mais aussi prête à se jeter à la première occasion dans les bras de Joseph Kabila.

Le président de l'UA et le président sud-africain ont fait le déplacement de Kinshasa pour dire de vive voix au président Kabila que son sort a été déjà scellé et qu'il était temps de partir. Sans doute, on le lui redira encore à Brazzaville, en marge de la réunion convoquée par le président Sassou du Congo/Brazzaville. Sur les colonnes de Jeune Afrique, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo ne s'est pas empêché de dire tout haut ce qui se prépare au sujet de l'avenir de la RDC.

Le plus évident est que l'étau se resserre autour du pouvoir en place à Kinshasa depuis 2001. Les signes de la fin s'amoncellent. L'Opposition a là une belle opportunité de resserrer ses rangs, faire bloc pour vaincre toutes ses contradictions internes. Tous ses leaders, dans leur diversité, doivent regarder dans la même direction, à savoir l'alternance démocratique. Le bout du tunnel n'est plus loin...

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