21 Octobre 2017

Maroc: Politique nationale d'immigration et d'asile - Les efforts déployés et les objectifs à atteindre

Driss Yazami : Le gouvernement est appelé à élaborer un nouveau cadre juridique qui prenne compte des mutations et des progrès ayant marqué les quatre dernières années

La Politique nationale d'immigration et d'asile (PNIA) avance lentement mais sûrement. C'est ainsi qu'on peut qualifier le bilan qui en a été présenté jeudi à Skhirat à l'occasion de la célébration de 4ème anniversaire de son lancement. En fait, si le dispositif mis en place a permis la régularisation de la situation de milliers de migrants irréguliers, l'ouverture des services publics aux migrants et réfugiés et la mise à niveau des cadres légal et institutionnel, il n'en demeure pas moins qu'il reste encore beaucoup à faire en matière d'intégration.

En fait, nombreuses sont les lacunes et limites observées au niveau de l'accès à l'emploi, au logement, à l'éducation et à la santé. D'après un rapport du ministère délégué chargé des Marocains résidant à l'étranger et des Affaires de la migration, le nombre de migrants insérés sur le marché du travail à travers les dispositifs de l'ANAPEC reste limité. Ceci d'autant plus que les informations concernant le nombre de migrants insérés sur le marché formel de l'emploi et les conditions d'emploi dans l'informel ne sont pas légion. Le document note également l'insuffisance de la sensibilisation du secteur privé aux possibilités d'emploi de ces catégories de personnes et la limite de l'accompagnement et du financement de la création d'activités génératrices de revenus au profit des migrants.

Une situation similaire existe au niveau du droit au logement. Le rapport constate une absence d'accès aux crédits de logement pour les migrants et réfugiés et d'un système d'information pour recenser le nombre de bénéficiaires du logement social. Il a également souligné le nombre limité d'établissements offrant des logements temporaires aux migrants et l'absence de structures d'accueil d'urgence pour les mineurs non-accompagnés et les victimes de la traite d'être humains.

Concernant le secteur de la santé, si plusieurs avancées ont été réalisées et des efforts considérables entrepris, certaines contraintes sont encore de mise. Tel est le cas du retard pris pour la mise en œuvre de l'assistance médicale des migrants et le manque de formation relative à la prise en charge de la population migrante du personnel médical au niveau des structures de santé. Le manque de données afférentes à la migration, l'insuffisance des connaissances scientifiques concernant certaines catégories vulnérables, notamment les femmes et les enfants, et l'absence d'un système d'information et de surveillance épidémiologique pour le suivi de l'état de santé des migrants ont été aussi pointés du doigt.

Les efforts déployés par les pouvoirs publics rencontrent également des difficultés dans le domaine de l'éducation des enfants des migrants et réfugiés. Ainsi, le rapport du ministère a-t-il observé des problèmes en matière d'inscription de ces derniers dans les écoles publiques nationales. Ces difficultés ont été attribuées, en partie, à la complexité et à l'hétérogénéité des procédures d'inscription concernant les enfants étrangers, ou imputées à des interprétations personnelles de la circulaire de 2013 au niveau des AREF.

Lors de cette rencontre qui a été marquée par la présence de William Lacy Swing, directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les représentants de plusieurs pays africains, d'organismes internationaux et d'ONG nationales et internationales, Driss El Yazami, président du CNDH a appelé le gouvernement à élaborer un nouveau cadre juridique en matière d'immigration et d'asile qui prenne compte des mutations et des progrès qui ont marqué les quatre dernières années. Pour lui, si le Maroc a réussi à se doter d'une loi spéciale relative à la traite humaine, il est temps pour lui d'accélérer la procédure de promulgation des deux textes de loi concernant la migration et l'asile qui ont, d'ailleurs, fait partie des engagements de l'Etat pris lors du lancement de la nouvelle politique de migration.

Quant à Mohamed Aujjar, ministre de la Justice qui a présidé la séance d'ouverture aux lieu et place d'Abdelkrim Benatiq, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Marocains résidant à l'étranger et des Affaires de la migration, il a insisté sur le volontarisme de la nouvelle politique de migration et d'asile et sur le fait que le Royaume a toujours été à la hauteur des attentes des pays frères africains en matière de défense des droits des migrants.

Le ministre a également précisé que le Souverain suit personnellement le dossier des migrations à l'intérieur du pays comme au niveau de l'Afrique estimant que ce continent représente notre futur et constitue notre grande maison.

A ce propos, le ministre a annoncé que le Royaume ambitionne de poursuivre l'expérience de la régularisation des migrants en situation administrative irrégulière afin de garantir leurs droits et de réussir le défi de leur intégration dans la société marocaine.

Un modèle pour le continent africain

Des ministres africains ont salué, jeudi à Skhirat, la politique migratoire marocaine, la qualifiant d'initiative «humaine» ayant donné des résultats positifs et pouvant servir de modèle à d'autres pays.

Lancée sur Hautes instructions de S.M le Roi Mohammed VI, la stratégie nationale d'immigration et d'asile a donné de bons résultats dans le traitement des problèmes de la migration au Royaume et se veut désormais un modèle à suivre par d'autres pays, a indiqué le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés de la Guinée-Bissau, Jorge Malu qui s'exprimait lors d'une rencontre organisée par le ministère délégué chargé des Marocains résidant à l'étranger et des Affaires de la migration à l'occasion du 4ème anniversaire du lancement de cette stratégie.

Il a réitéré la gratitude du président et du peuple de la Guinée- Bissau au Souverain pour cette initiative, se réjouissant, à cette occasion, des liens historiques unissant les deux pays et de la «grande contribution que le Royaume du Maroc a apportée et continue d'apporter» à son pays, surtout dans le domaine de l'éducation et de la formation des cadres.

De son côté, le ministre délégué chargé des Congolais de l'étranger, Emmanuel Ilunga Ngoie Kasongo s'est félicité de la politique «humaine et louable» lancée par S.M le Roi Mohammed VI en matière de migration.

Pour sa part, la ministre déléguée chargée des Affaires maghrébines, africaines et des Mauritaniens à l'étranger, Khadijetou Mbareck Fall, a salué la politique migratoire prônée par le Maroc, depuis 4 ans, dans le but de régulariser la situation des immigrés illégaux.

Elle a, en outre, exprimé la volonté de son pays de renforcer la coopération maghrébo-africaine pour traiter de la problématique de la migration, qui représente un défi majeur à l'ensemble de la communauté internationale.

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