21 Octobre 2017

Cameroun: Le dur combat des familles des victimes un an après la catastrophe ferroviaire d'Eséka

Le 21 octobre 2016 le déraillement d'un train provoquait la mort de 79 personnes au Cameroun. Un an après les familles des victimes redoutent un enlisement de la procédure judiciaire.

Les souvenirs de la catastrophe sont encore dans toute les têtes. Le 21 octobre 2016, un train déraille entre Douala et Yaoundé. Certains wagons sont retournés dans un ravin. Les passagers vivants tentent de s'agripper aux wagons et s'entraident pour sortir. Mais le désormais nommé "train de la mort" provoquera la mort de 79 personnes. Plus de 550 autres seront blessées. Ce jour là un pont s'était effondré sur la route entre Yaoundé et Douala. Le train était bondé et 8 wagons - il y en avait 17 au total - avait éte ajoutés. Un an après la catastrophe ferroviaire les familles des victimes redoutent un enlisement de la procédure judiciaire.

Après l'accident le corps de la sœur cadette de Marie Rose fut parmi les premiers exposés à la morgue d'Eséka. Après l'inhumation, Marie Rose et sa famille ont engagé une procédure auprès de Camrail pour que la société assume sa responsabilité. Mais le transporteur Camrail n'a même pas pris la peine de se déplacer aux audiences du procès et a proposé aux victimes des dédommagements minimes. "Ils ont invité les familles à prendre une somme qu'ils ont déterminée unilatéralement pour les frais funéraires. Et puis, ils ont fait signer un document montrant que la perception de ces frais n'empêche pas les parties d'engager des voies soit transactionnelles soit judiciaires", explique Marie Rose Kouoh Gouate.

Un collectif d'avocat pour aider les victimes et les familles

Suite à cet accident, le transporteur, dont le groupe Bolloré est l'actionnaire majoritaire, aurait voulu traiter seul à seul avec les victimes ou les ayants droit. Mais certains avocats ont réalisé la nécessité de venir en aide aux survivants et aux familles des disparus, pour la plupart financièrement démunis et ignorants du droit. Ainsi, Maitre Dominique Fousse a constitué un collectif d'avocats qui a porté plainte contre la société Camrail et ses dirigeants au tribunal d'Eseka pour différents délits dont homicide involontaire et négligence.

Aujourd'hui, le collectif défend une cinquantaine de clients dans cette affaire : "On est approché par des gens qui ont reçu des indemnisations tellement basses qu'ils vont nécessairement dénoncer les conventions faites parce qu'il y a dole. On a profité du fait qu'ils ne connaissaient pas le droit pour conclure n'importe quoi. Ces gens-là pourront donc dénoncer les conventions dolosives qui ont été signées entre Camrail et eux-mêmes", explique Dominique Fousse.

Pas d'amélioration de la sécurité

Des procédures sont en cours devant le tribunal d'Eséka, au Centre du Cameroun, lieu de la catastrophe. Deux audiences ont déjà eu lieu en l'absence de représentants de la société, la personne morale incriminée, et des prévenus dont l'ancien directeur général de Camrail. Maitre Albert Oyié défend aussi les victimes du "train de la mort". Il explique que "c'est le directeur général qui représente, qui incarne Camrail sur le plan physique" Il n'a donc pas compris pourquoi personne n'avait comparu à l'occasion de la dernière audience. "Toutes choses que nous avons relevées, et nous avons été suivis en cela par le procureur de la République qui s'en est offusqué", raconte l'avocat.

Un an après la catastrophe, plusieurs personnes sont toujours protées disparues et aucune amélioration de la sécurité ferroviaire n'a été engagée, alors que la concession signée entre Camrail et l'Etat du Cameroun, il y a une vingtaine d'années, prévoyaient des améliorations majeures telles que la construction d'un chemin de fer à double sens et un écartement métrique des rails. La prochaine audience aura lieu le 8 novembre prochain et le procureur de la République d'Eséka a demandé que l'ex- président de Camrail et certains cadres de la société y assistent.

Contactée, la direction générale de Camrail, n'a pas souhaité répondre à nos questions.

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