20 Octobre 2017

Sud-Soudan: Sécheresse et guerre, les deux fléaux du pays

Photo: Daily Monitor
Personnes déplacées au Camp de réfugiés de Pagirinya à Adjumani, près de la frontière entre l'Ouganda et le Sud-Soudan.

La moitié de la population sud-soudanaise a besoin d'une aide alimentaire. La famine est liée à la sécheresse, mais aussi et surtout à la guerre civile. Les femmes souffrent le plus de la faim et des violences.

C'est le moment du ravitaillement mensuel dans le camp de réfugiés de Bentiu, dans le nord du Soudan du Sud. Des milliers de personnes affamées se sont alignées pour recevoir leur ration alimentaire. Le déroulement de l'opération est toujours bien préparé.

Juste après l'éclatement de la guerre civile au Soudan du Sud, en 2013, l'ONU a érigé ce camp pour protéger la population civile. Près de 200.000 personnes y ont trouvé refuge. Ce conflit armé a provoqué au fil des années une famine qui s'est étendue à tout le pays.

Hannah Nyarure et les autres femmes attendent avec patience leur ration alimentaire. A plusieurs reprises déjà, cette mère de quatre enfants a tenté de se débrouiller sans l'aide de l'ONU, elle est même rentrée avec ses enfants dans son village d'origine. "La situation sécuritaire n'est pas bonne mais au village, je peux au moins essayer de cultiver des céréales et des légumes."

Réfugiés, soldats, rebelles : tout le monde a faim

Malgré tout, elle doit continuer à faire chaque mois cinq heures de marche pour aller s'approvisionner dans le camp. La dernière saison des pluies a été inhabituellement courte. Hannah Nyarure n'a presque rien pu cultiver.

Mais la poursuite des combats est plus grave encore que la rareté des pluies. Car même si quelque chose pousse dans les champs, il arrive toujours que des soldats ou des rebelles affamés viennent voler à manger. L'aide alimentaire qu'elle reçoit dans le camp n'échappe pas non plus au pillage. "C'est dangereux d'aller au loin pour chercher à manger: Mais nous n'avons pas le choix. En général les combattants ne prennent pas toute la ration. Ils nous laissent quelque chose.", raconte-t-elle.

Thomas Hoerz connaît bien les réalités vécues par les femmes comme Nyarure. Il coordonne la distribution de l'aide pour l'organisation allemande Wethungerhilfe dans le camp de Bentiu. "Si nous ouvrions encore plus de centres de ravitaillement , cela soulagerait naturellement les gens et surtout les femmes", explique-t-il. Mais il met en avant le risque pour le personnel. "Plus les centres sont petits et isolés, plus il est difficile de garantir la sécurité de nos agents."

La faim ne justifie pas les viols

Le journaliste sud-soudanais Parach Mach informe sur le conflit depuis ses origines. Ce qui était au départ une lutte de pouvoir politique entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar s'est élargi en un conflit ethnique particulièrement cruel.

Selon Parach Mach, beaucoup de crimes commis par les groupes armés trouvent leur origine dans le fait que les combattants souffrent eux-mêmes de la faim. "Ils n'ont aucun revenu. Ils ne vivent que de leur butin de guerre. Mais cela n'explique pas les nombreux viols et assassinats commis par tous. Je pense que notre cohésion sociale tout au long de ces années de guerre a été détruite. On ne fait plus de différence entre civils innocents et groupes armés."

Pour Thomas Hoerz, les Sud-Soudanais manquent surtout de perspectives: "Malheureusement nous n'avons aucun centre de formation professionnelle à l'intérieur des camps. Et partout dans le monde des hommes sans perspective sont en danger. Quand ils ont été un jour intégrés dans une milice, c'est cette alternative qu'ils gardent en tête."

C'est seulement quand les jeunes auront une alternative à la guerre que le conflit, et donc aussi la crise alimentaire, pourront prendre fin.

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