25 Octobre 2017

Burkina Faso: Procès en escroquerie - Le pasteur et sa femme tondaient leurs brebis

Dans les colonnes de l'Obs. du 9 août 2017, nous vous faisions cas d'une «prophétesse» impliquée dans une affaire d'escroquerie. La mise en cause et son époux étaient devant les juges de la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, hier 25 octobre.

Prévenus d'escroquerie et de complicité d'escroquerie, Zénabo Tankoano, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, et son époux, Daniel Kéré, ont plaidé non coupables. Un choix qui a «surpris» Joseph Bazié et les quinze autres victimes.

Pour le ministère public, les faits sont «suffisamment établis» et il a requis une peine d'emprisonnement de 5 ans ferme pour chacun et une amende d'1,5 million de francs CFA. Le dossier a été mis en délibéré pour le 15 novembre prochain. Explications.

«En 2012 après mon accouchement, elle m'a appelée en me disant avoir eu des révélations. Elle a affirmé que Dieu lui a dit de me faire faire des semences car mon frère aîné n'était pas prêt à partager l'héritage de notre défunt père. J'ai alors donné trois cent mille francs CFA. Pour que mon fils réussisse au baccalauréat.

J'ai "semé" aussi cent mille une autre fois. Elle a dit qu'il en fallait plus, je lui ai ensuite remis la même somme mais à ma grande surprise, l'examen n'a pas marché. C'est là qu'elle m'a dit que la réussite de mon fils était prévue en réalité l'année suivante.»

«Moi, elle m'avait dit qu'en temps normal ma fille devait épouser un Blanc. Comme celui-ci ne venait pas, elle a dit que je suis en train de lui mettre la pression pour qu'elle épouse quelqu'un d'ici.

Afin que Dieu arrange cette situation, elle a dit que je devais verser un million de francs ; somme que je n'ai pas. Elle m'a conseillé d'aller voir le monsieur qui sort avec ma fille pour le lui expliquer.

Celui-ci a donné deux cent mille d'abord. Ensuite je suis allé dans le but de prendre cinq cent mille mais il a trouvé que ce n'est pas clair mais il a donné trois cent mille. Ma fille ne s'est toujours pas mariée.»

Ce ne sont là que quelques morceaux choisis. Chacune des victimes est passée à la barre raconter ses déboires avec le couple Zénabo Tankoano et Daniel Kéré.

Ces plaignants leur reprochent des faits d'escroquerie. Selon Joseph Bazié, le chef de file de ces derniers, qui dit n'avoir pas fait de «semences», la prévenue s'est fait passer pour une prophétesse et a grugé plusieurs personnes en leur faisant «voir des miracles» lors des séances de prière.

Les fidèles, à l'écouter, avaient le front collé au sol durant le culte pendant que le couple se tenait debout et que la «prophétesse» parlait « en langue», un langage inintelligible. Dès que les brebis se relevaient, elles voyaient des fruits, du miel et des raisins prétendument envoyés par Dieu.

«Je l'ai surprise une fois ; en réalité elle enlevait toutes ces choses de son sac. Le jour où son sac était gonflé, on devait s'attendre à des miracles.

Je l'ai également vue à deux reprises tenant une pochette et un briquet. Il y avait du feu qui brûlait les habits des gens lors des prières et elle prétendait que c'était la colère de Dieu qui s'abattait ainsi sur eux à cause de leurs multiples pêchés», raconte Joseph Bazié.

«Qu'est-ce que vous faites des semences?» a demandé le juge. «C'est de l'argent que nous réunissons et en fin d'année nous aidons des malades, des orphelins, des veuves, etc.

Ce n'est pas obligatoire, chacun est libre d'en donner ou pas», a répondu Zenabo Tankoano. Mais pour les plaignants, lesdites semences étaient en permanence exigées par dame Tankoano et leur montant était bel et bien fixé par celle-ci.

Ensuite, c'est son mari qui encaissait la liquidité. Des témoignages des victimes il ressort que la mise en cause dans cette affaire prétendait se rendre dans un établissement de santé (hôpital Yalgado ou Blaise Compaoré) pour « semer » les sommes récoltées, mais en réalité il n'en était rien.

Les rares fois où elle s'est effectivement rendue dans une formation sanitaire en compagnie de son mari et d'un donneur de « semences », elle a enjoint aux deux de patienter à l'entrée. Quelques instants après, elle appelait au téléphone la « brebis » qui patientait dehors et lui passait un interlocuteur féminin qui remerciait son bienfaiteur pour son don et lui prodiguait des bénédictions. Chose étrange, cette voix était la même à toutes les fois.

«Vous avez acheté plusieurs motos, une voiture, un terrain au Togo, où avez-vous eu l'argent ?» l'a interrogée Me Isaac Ndorimana, collaborateur de Me Eliane Marie Natacha Kaboré, conseils des victimes. «Il appartient à la partie poursuivante d'apporter les preuves, on demande à la prévenue de faire l'état des lieux de son patrimoine !» lui rétorque Me Guy Hervé Kam, avocat du couple d'accusés.

«Répondez à la question», a intimé le juge. «Je suis aussi commerçante, j'ai deux salons à Fada, une dizaine de parcelles là-bas, un salon à Tampouy. Je vends des pagnes et des bijoux que j'amène du Togo, on me connaît aux 10 yaar. Nous avons deux taxis en circulation actuellement, je peux justifier tout ça, je n'ai jamais bouffé les semences de personne », a rétorqué Zenabo Tankoano.

De plus, selon les avocats de la partie plaignante, il s'agit de deux «imposteurs» , ce d'autant qu'ils ne remplissent même pas les conditions pour se prévaloir du titre de pasteur (être appelé par Dieu, faire des études, s'allier à une église reconnue, être consacré par un évêque, entre autres).

C'est pourquoi ils ont demandé qu'ils soient reconnus coupables des faits qui leur sont reprochés et qu'il leur soit infligé la peine maximale afin de dissuader tous ceux qui voudraient s'aventurer sur ce terrain. Ils demandent en outre le remboursement des sommes cumulées, qui se chiffrent à environ 30 millions de francs CFA.

Au terme de ses réquisitions, le ministère public a également souhaité que les deux prévenus soient retenus dans les liens de la prévention.

Pour lui, les juges devaient même requalifier les faits de complicité d'escroquerie de Daniel Kéré en escroquerie tout simplement, eu égard au rôle qu'il a joué. En répression, il a proposé pour chacun une peine d'emprisonnement ferme de 60 mois et une amende d'1,5 million de francs CFA au profit du Trésor public.

Pour Me Guy Hervé Kam, il s'agit d'un procès de l'irrationnel, de la foi et de l'absurde. Selon lui, l'émotion l'a emporté sur la raison et il a jugé contradictoire la demande de sanction du parquet alors qu'il a relevé qu'il y avait un doute. «Le doute profite à l'accusé », a-t-il rappelé. Un certain nombre d'indices et de concertations, selon lui, prouvent qu'il s'agit d'une machination contre ses clients.

Malgré les habits brûlés qui ont été présentés à la barre comme pièces à conviction, il n'arrive pas à faire lien avec les séances de prière. «Qu'est-ce qui nous montre que c'est effectivement lors des prières que cela a eu lieu puisque ma cliente dit ignorer d'où venait ce feu ?

Dans le domaine de la foi, lorsqu'on donne de l'argent pour des offrandes, la personne qui le reçoit ne peut en aucun cas garantir le résultat.

On ne peut dire qu'il y a eu escroquerie», a-t-il argué. Les prévenus, quant à eux, ont finalement demandé pardon et imploré la clémence des juges, qui ont renvoyé le délibéré au 15 novembre 2017.

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