31 Octobre 2017

Burundi: Le harcèlement sexuel, un crime silencieux

Vous avez peut-être vu des hashtags comme #metoo #balancetonporc, à l'occasion d'une campagne de mobilisation pour dénoncer le harcèlement sexuel sur les réseaux sociaux.

Si de notre connaissance aucune burundaise n'a participé à cette campagne en donnant un témoignage de ce qu'elle a vécu, ce qui est assez compréhensible vu notre culture, beaucoup de jeunes filles et femmes burundaises souffrent quotidiennement de ce crime odieux.

Carine est domestique dans une famille voisine, à Bujumbura. Souvent agressée par ses collègues masculins depuis l'âge 15 ans, elle n'a révélé son calvaire que très récemment, à l'âge de 21ans : « Je me rendais dans la chambre, et je pleurais seule pendant une trentaine de minute, et puis j'essuyais mes larmes pour continuer mon travail.»

Toutes les amies à qui elle se confiait lui conseillaient de se taire, lui assuraient que toutes les filles domestiques vivent la même chose et que parler ne va rien changer. Effectivement, parler n'a pas empêché que ces « porcs » avec qui elle travaillait continuent à la harceler sexuellement.

L'omerta, la règle générale

Carine est un cas parmi tant d'autres. Dans la culture burundaise, la femme est appelée à être « Umugumyabanga » (celle qui ne dévoile pas les secrets) et surtout quand il s'agit d'affaires sexuelles. Cette culture a sa part de responsabilité dans le mauvais comportement de certains hommes qui se donnent le droit de perpétrer des actes ignobles envers les femmes, prisonnières d'un tabou culturel.

L'acte reste dans les quatre murs de la chambre où il est commis, dans la forêt où les jeunes filles parties ramasser du bois se font accrocher par leurs cousins, dans le petit bureau où les femmes sont harcelées par leur boss et restent coi. De telles histoires se racontent entre femmes confidentes et ça reste toujours entre elles : « Une Burundaise ne doit jamais élever la voix pour parler de telles insanités ».

Selon une étude menée avec l'appui de Cordaid publiée en janvier 2017, les violences contre les femmes vont pourtant en augmentant. En 2013, 6.000 cas ont été enregistrés, dans seulement six provinces sur dix-sept. Des chiffres en deçà de la réalité.

Si la victime en souffre physiquement, émotionnellement et psychologiquement, les fautifs ne se rendent pas compte de la gravité et de l'impact de leur comportement abject. Les victimes se sentent honteuses, souffrent dans le silence et se résignent, traumatisées.

La nouvelle loi, un espoir ?

Une loi portant prévention, protection des victimes et répression des violences basées sur le genre No 11/13 a été adoptée le 22 septembre 2016. Cette loi spécifie différentes sortes de violences sexuelles dont le harcèlement sexuel dans son article 2, point n. La loi apporte de nouvelles spécificités et se révèle être efficace par rapport au code pénale de 2009 qui ne reconnaissait que quelques formes de VBG. Toutefois la loi à elle ne suffit pas pour éradiquer ce fléau.

Il faudrait libérer la parole, dénoncer. Les parents devraient sentir le devoir d'éduquer leurs fils pour qu'ils deviennent des hommes respectueux envers les femmes, puis dire à leurs filles de dénoncer haut et fort toute tentative d'agression sexuelle.

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