6 Novembre 2017

Centrafrique: Face à la dégradation de la situation sécuritaire, l'ONU appelle à un engagement accru de tous les acteurs

Photo: Photo ONU/Kim Haughton
Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République centrafricaine, Parfait Onanga-Anyanga, devant le Conseil de sécurité.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République centrafricaine (RCA), Parfait Onanga-Anyanga, a jugé lundi crucial l'engagement continu du Conseil de sécurité dans les efforts de stabilisation du pays.

« L'année en cours a été marquée par des faits graves », a déclaré M. Onanga-Anyanga, à l'adresse des membres du Conseil de sécurité.

« De nombreux Centrafricains ont perdu la vie », a-t-il indiqué en soulignant que la dégradation de la situation sécuritaire n'avait pas permis le retour durable des personnes affectées depuis le début de la crise.

La RCA compte désormais près de 600.000 personnes déplacées et un demi-million de réfugiés dans les pays voisins. « De nombreux autres encore ont disparu, dans l'oubli et le silence, sans sépulture. »

Le Représentant spécial a indiqué que cette situation sécuritaire avait assombri davantage un environnement humanitaire déjà désastreux, avant de mentionner la mort violente de treize travailleurs humanitaires, « faisant de la RCA le pays le plus dangereux pour l'action humanitaire ».

« C'est dans ce contexte d'une brutalité inouïe, où il n'y a souvent aucune paix à préserver, que les Casques bleus sont engagés et risquent quotidiennement leurs vies », a-t-il poursuivi. « Douze d'entre eux ont succombé depuis le début de cette année, victimes de violentes attaques ciblées. »

M. Onangya-Anyanga a déclaré que, partout où la présence de l'État faisait défaut, les attaques brutales à l'encontre des civils avaient persisté, en particulier dans le sud-est et le nord-ouest du pays.

Avec le début de la saison sèche et de la transhumance, il a dit craindre un regain d'affrontements à l'ouest du pays, notamment, entre des combattants anti-Balakas locaux et des membres armés de la communauté Peulh (Fulani) ou des éléments armés affiliés aux ex-Séléka.

« Malgré les rigueurs du terrain et l'impact négatif de l'incompréhension entretenue découlant d'attentes démesurées du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) et forcément déçues, même si je les comprends, la Mission continue de mener son mandat avec courage et détermination ».

Le Représentant spécial a noté que la multiplication des foyers de tension et l'exacerbation de la violence mettaient en évidence les limites de la Force de la MINUSCA, « que le retrait des forces ougandaises sous mandat de l'Union africaine a accentué. »

Renforcer les institutions légitimes de la RCA

Le Représentant spécial a souligné l'aspect essentiel des décisions du Conseil de sécurité pour permettre de nouvelles avancées dans le pays.

Comme l'a indiqué le Secrétaire général, la RCA est un pays qui fait face à d'immenses défis mais où existent aussi des opportunités réelles de parvenir à une résolution politique de la crise, a-t-il poursuivi.

M. Guterres a également plaidé pour un renforcement des institutions légitimes du pays, une augmentation substantielle des moyens de la Force de la MINUSCA et une plus grande prise de responsabilités nationales pour la sécurisation du pays, notamment à travers un déploiement progressif des bataillons centrafricains ayant été réformés par la Mission formation de l'Union européenne (EUTM).

« Pour réussir sur tous ces fronts, il faudrait un engagement de tous les acteurs autour d'un processus politique inclusif sous le patronage du Président centrafricain », a affirmé M. Onangya-Anyanga.

Il a souligné, à cet égard, l'espoir que représente l'adoption de la Feuille de route pour la paix et la réconciliation en RCA, initiée par l'Union africaine, pour une sortie de crise par le dialogue. Les États régionaux devront renforcer leur engagement afin d'inverser la courbe de la violence, a-t-il continué.

M. Onangya-Anyanga a ensuite fait état de certains progrès accomplis dans la mise en œuvre du Plan national de relèvement et de consolidation de la paix et du Cadre d'engagement mutuel, qui fournissent des instruments stratégiques indispensables au renforcement institutionnel et au relèvement du pays.

Mais deux millions de personnes ont un besoin urgent d'assistance alimentaire, a-t-il dit en ajoutant que « les perspectives de retour des déplacés et des réfugiés restent fortement compromises par la persistance des tensions ».

Augmenter les effectifs de la force de la MINUSCA

Devant le Conseil, le Représentant spécial a souligné que la demande du Secrétaire général d'augmenter de 900 soldats les effectifs de la Force de la MINUSCA fait partie d'une stratégie complète visant à remédier à la détérioration de la situation sécuritaire et à créer un espace en vue de l'avancement du processus politique.

Le chef de la MINUSCA a précisé que la Force serait ainsi plus flexible en vue d'un déploiement rapide dans les zones à risque pour les civils.

« Nous allons renforcer notre soutien au processus politique et améliorer la protection des civils en mettant l'accent sur la prévention, tout en veillant à garantir un accès humanitaire », a indiqué M. Onangya-Anyanga tout en précisant vouloir assurer que le personnel de la Mission respecte plus que jamais la politique de tolérance zéro pour les atteintes et l'exploitation sexuelles prônée par le Secrétaire général. « Nous pouvons et devons faire mieux. »

En conclusion, le Représentant spécial a réitéré l'appel du Secrétaire général afin que les dirigeants centrafricains mettent fin à la manipulation politique et à l'instrumentalisation de l'ethnie ou de la religion. « Tolérance, dialogue et compromis nécessiteront du courage politique et moral de la part de tous les acteurs ».

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