8 Novembre 2017

Zimbabwe: Grâce Mugabe va-t-elle réussir à succéder à Robert Mugabe ?

Au Zimbabwe, la lutte pour la succession de Robert Mugabe, 93 ans et plus vieux président en exercice de la planète fait rage.

Le dernier acte de cette bataille a été la demande publique faite par la première dame Grâce Mugabe ce 5 novembre à son mari président devant des milliers de personnes réunis dans un stade à Harare, capitale du pays : « Je dis à M. Mugabe : vous devriez me laisser prendre votre place ». Mais réussira-t-elle à se hisser à la tête du pays à la suite des élections de 2018 ?

Des arguments "prêt-à-porter" pour évincer des adversaires politiques. Pour laisser la voie libre à son épouse Grâce Mugabe, Robert Mugabe a limogé ce 6 novembre, Emmerson Mnangagwa, à la fois vice-président du pays et du parti au pouvoir, la Zanu-PF.

Ce potentiel successeur du président sur la sellette depuis quelques mois est accusé officiellement de "déloyauté", indique france24.com. Selon le ministre de l'Information Simon Khaya Moyo, "le vice-président a systématiquement et constamment fait preuve de manque de loyauté, de manque de respect, de malhonnêteté et de manque de sérieux".

Mais la première dame est allée plus loin en accusant dimanche le vice-président d'avoir conspiré avec des Blancs pour fomenter un coup d'État contre Mugabe au moment de l'indépendance en 1980[1].

Il faut rappeler que monsieur Mnangagwa avait été nommée en 2014, en remplacement de Joice Mujuru, précédemment vice-présidente et accusée elle aussi, par l'épouse du président de vouloir renverser Mugabe.

Présenté à l'époque comme l'immense favori à la succession de Mugabe, monsieur Mnangagwa avait en effet, manoeuvré en accord avec Gâce Mugabe pour évincer politiquement madame Mujuru.

On est donc bien loin de se douter que cette nouvelle séquence dans la course à la succession du vieux Bob, déroule un vieux stratagème qui est de coutume dans toutes les dictatures ou pouvoirs monolithiques: à chaque fois que de besoin, l'argument de complots est brandi pour écarter des adversaires gênants.

Un système inique qui perdure malgré une grave crise et une volonté perceptible de changement

Ce n'est un secret pour personne, le Zimbabwe traverse une grave crise. Et le vieux combattant de l'indépendance, dépassé et probablement atteint de sénilité est incapable de le juguler.

De plus, le système en place est suffisamment pernicieux et inique[2] qu'il semble ignorer le sort de tout un peuple constamment sacrifié sur l'autel de luttes de pouvoir pour le pouvoir.

Malheureusement cette situation n'est pas un cas isolé sur le continent africain où des satrapes locaux font feu de tout bois pour s'éterniser au pouvoir ou placer leur progéniture afin de pérenniser leur instinct de domination ad vitam aeternam.

La recette? Il suffit de s'appuyer sur des militaires non républicains qui n'ont aucun scrupule à violenter leurs propres concitoyens dont le seul crime est de réclamer un mieux-vivre pour tous, y compris ces corps habillés souvent mal servis eux-mêmes.

Grace Mugabe pourra-t-elle réussir?

Influente au sein du parti, notamment à la tête de la puissante ligue des femmes, elle pourrait aisément réussir à franchir tous les obstacles, s'il en est, à sa nomination à la vice-présidence de la Zanu PF.

Mais dispose-t-elle de toutes les armes nécessaires pour s'imposer à la tête du pays? Le soutien des militaires qui sont les véritables faiseurs de roi dans ce pays en quête de démocratie lui sera-t-il entièrement acquis?

Les divisions au sein du parti au pouvoir feront-elles le lit d'une descente aux enfers de la frange qui soutient l'épouse du président?

L'alliance annoncée en mai entre Morgan Tsvangirai, figure de l'opposition et Joice Mujuru, ancienne vice-présidente de Mugabe saura-t-elle se consolider et conquérir un peuple en attente d'alternance?

Il se peut que le passage de relais à la première dame signe la fin du régime Mugabe pour enfin tourner l'une des pages sombres de l'histoire de ce pays, écrites de la main même d'un des héros incontestés de l'indépendance du Zimbabwe.

Il faut espérer que cette nouvelle "OPA" familiale sur le pouvoir d'Etat contribue à revitaliser les forces démocratiques, éprises de liberté et d'alternance afin de sonner le glas de la gouvernance chaotique que subit le peuple africain du Zimbabwe depuis des dizaines d'années. C'est en tout cas, ce que nous appelons de nos vœux.

Zimbabwe

Le président Robert Mugabe a démissionné

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a remis une lettre de démission au Parlement, a… Plus »

Copyright © 2017 This is Africa. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.