2 Novembre 2017

Tanzanie: Octobre en Afrique - La paix à travers le pluralisme, un « ministre du WhatsApp » et la grande panique de la Tanzanie

La quête d'Alice Nderitu pour une paix pluraliste, le bâillonnement des réseaux sociaux au Zimbabwe, la fermeture de journaux en Tanzanie, la libération des journalistes détenus au Cameroun, et plus encore dans notre tour d'horizon du mois d'octobre des nouvelles de la liberté d'expression en Afrique.

Par Caro Rolando pour IFEX D'après des dossiers de groupes membres de l'IFEX ARTICLE 19 , Cartoonists Rights Network International , Comité pour la protection des journalistes , Fondation pour les Médias en Afrique de l'Ouest , Media Institute of Southern Africa , Reporters sans frontières (RSF) , Human Rights Network for Journalists - Uganda 2 novembre 2017

Le ministre Zimbabwéen de WhatsApp

« ... des gouvernements comme celui du Zimbabwe cherchent à façonner le cyberespace d'une manière qui ne sert simplement qu'à légitimer leur répression, leurs intérêts politiques personnels et leur survie à long terme »

Arthur Gwagwa et Jeffrey Smith dans un post de blog pour le Conseil des relations étrangères

Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a créé un nouveau ministère de la cyber sécurité qui a vocation d'être utilisé comme « un piège à rats ». Le porte-parole du gouvernement, George Charamba, a déclaré que Mugabe a eu cette idée pour répondre à une « menace émergente pour l'Etat ... une menace fondée sur les abus et les comportements illégaux », selon BBC News.

Zimbabwe has a new "minister of WhatsApp" whose first job seems to be to stop WhatsApp https://t.co/3GA9yiNoRz via @qzafrica

- Quartz Africa (@qzafrica) October 14, 2017 Zimbabwe a un nouveau "ministre de WhatsApp" dont le premier travail semble être d'arrêter WhatsApp

Le 9 octobre, il a été annoncé que l'ancien ministre des Finances, Patrick Chinamasa, dirigerait le ministère de la Cyber Sécurité, la Détection des menaces et l'Atténuation. Peu après, les Zimbabwéens ont commencé à plaisanter au sujet de la position de Chinamasa en le désignant comme « ministre de WhatsApp ». Mais les blagues ne traduisent pas la gravité de cette situation. Dans un post sur un blog pour le Conseil des Relations étrangères, Arthur Gwagwa et Jeffrey Smith notent que la rhétorique de la sécurité nationale est utilisée pour réprimer la participation politique alors que le parti au pouvoir ZANU-PF fait face à une crise de leadership et que les mouvements civiques dirigés par les citoyens prennent de l'ampleur.

Dans un communiqué, l'Institut des médias d'Afrique australe-Zimbabwe (MISA-Zimbabwe) a déclaré que les menaces du ministre Chinamasa de renforcer le contrôle des médias sociaux ont « des effets négatifs sur l'utilisation des médias sociaux par les citoyens ».

Liberté et Internet ... seulement pour certains

La fin du mois d'octobre a apporté la liberté aux journalistes Félix Cyriaque Ebolé Bola, Baba Wamé et Rodrigue Tongué. Le 30 octobre, un tribunal militaire du Cameroun les a jugés non coupables de diffamation pour « complicité dans la tentative d'insulter » le président Paul Biya, Les journalistes ont été détenus depuis 2014 et accusés à l'origine d'une histoire qu'ils recherchaient. Ils enquêtaient sur des allégations selon lesquelles les forces de sécurité camerounaises étaient en collusion avec un dirigeant d'un groupe armé de la République centrafricaine, selon des informations citées par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Aboubakar Siddiki, qui a également été arrêté en 2014 dans le cadre de cette affaire, n'a pas été libéré le 30 octobre avec les journalistes. Le célèbre critique du président Paul Biya, et leader du Mouvement camerounais du salut patriotique, a été, par contre, condamné à 25 ans de prison pour « complot visant à déstabiliser » le gouvernement de Biya, selon BBC News.

Des journalistes et des leaders de l'opposition ne sont pas les seuls à être réduits au silence au Cameroun. Le 1er octobre, la police des régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays a attaqué les manifestants avec des balles réelles et du gaz lacrymogène alors qu'ils se rassemblaient pour commémorer l'anniversaire de la proclamation de l'indépendance du Cameroun. Africa Freedom of Expression Exchange (AFEX) rapporte qu'un total de 12 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées à cette occasion.

La violence a été aggravée par une autre panne d'Internet dans les régions anglophones. Les activistes ont déclaré avoir de la difficulté à accéder aux plateformes, dont Facebook et WhatsApp. Plus tôt cette année, les habitants des régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun ont enduré une coupure d'Internet de 93 jours, provoquant un tollé international et une campagne appelée #BringBackOurInternet (Rétablissez notre Internet).

La grosse panique en Tanzanie

Les défenseurs de la liberté d'expression en Tanzanie pourraient bientôt avoir besoin de développer leur propre hashtag, car les journaux du pays font face à une censure croissante.

Le 24 octobre, Tanzania Daima a été suspendu pendant trois mois après avoir publié un article citant un nombre incorrect de Tanzaniens qui prennent des antirétroviraux pour traiter le VIH. Même après avoir publié un rectificatif, Tanzania Daima était toujours accusé d'avoir « induit gravement le pays en erreur et d'avoir créé une sorte de panique », selon Bloomberg.

C'est le quatrième journal à être fermé en Tanzanie depuis juin. Al Jazeera rapporte que d'autres publications risquent des sorts similaires, parmi lesquelles MwanaHalisi, Raia Mwema et Mawio.

.@pressfreedom is concerned by the this suspension of daily newspaper, #Tanzania Daima for 90 days, part of censorious trend @MagufuliJP https://t.co/GERmRlBOPd

- CPJ Africa (@CPJAfrica) October 24, 2017 @laliberté de la presse est préoccupée par cette suspension de 90 jours du quotidien #Tanzania Daima, une face de la tendance à la censure

Henry Maina, responsable du bureau d'ARTICLE 19 en Afrique de l'Est, a exprimé ses inquiétudes au sujet de la vague de fermetures en Tanzanie, qui se sont produites simultanément avec la persécution des critiques du gouvernement. « Nous allons avoir une situation où les médias, la société civile et l'opposition ne peuvent plus donner de la voix pour demander des comptes au gouvernement parce que les instruments du pouvoir sont clairement utilisés pour l'incarcération, la prison et dans des affaires clairement montées de toute pièce »a-t-il déclaré à la Voix de l'Amérique.

La Paix à travers le pluralisme

En tant qu'enfant qui a grandit au Kenya, Alice Wairimu Nderitu a appris que les femmes ne pouvaient pas participer aux processus de rétablissement de la paix.

Devenue adulte, elle leur a démontré qu'ils avaient tort.

Le 3 octobre 2017, Nderitu a reçu le Prix mondial 2017 du pluralisme pour sa carrière impressionnante en tant que mediatrice de paix.

Le Prix - qui récompense des réalisations hors du commun pour soutenir des sociétés plus inclusives à travers le monde - est décerné par le Centre mondial du pluralisme, un centre international sans but lucratif de recherche et d'éducation basé à Ottawa, au Canada.

Nderitu est présentement conseillère principale au Centre du dialogue humanitaire. Pendant des années, elle a réussi dans un domaine où les femmes médiatrices sont nettement sous-représentées. En 2010, Nderitu était l'un des trois médiateurs qui conduisaient un processus de paix en tant que commissaire de la Commission nationale de cohésion et d'intégration au Kenya. La Commission a réuni 100 ainés de différentes communautés ethniques en réponse aux violences électorales au Kenya en 2007-2008 qui ont fait plus de 1.300 morts et 600.000 déplacés. Nderitu était la seule femme autour de la table.

Son travail l'a également conduite dans diverses régions du Nigeria, notamment à Jos, dans le Southern Kaduna et le Southern Plateau, où elle a conduit des dialogues inclusifs entre les membres de nombreuses communautés ethniques, veillant à ce que les femmes et les jeunes soient activement représentés dans les négociations. Nderitu a également été co-fondatrice et la première présidente de la Plate-forme Uwiano pour la paix, une agence de prévention des conflits qui a contribué à assurer des élections pacifiques au Kenya en 2013.

Les efforts de Nderitu sont particulièrement importants à ce jour, du fait que le Kenya est confronté à des violences à la suite de la reprise des élections présidentielles en octobre.

Police de représailles

« Ce à quoi nous assistons ressemble à une police de représailles; une tentative flagrante d'intimider et de punir les habitants de la forteresse de l'opposition »

Justus Nyang'aya, responsable d'Amnesty International au Kenya

Les remarques désobligeantes de Justus Nyang'aya reflètent les plus récents actes de violence qui ont éclaté au Kenya lorsque le pays a organisé des élections pour la seconde fois depuis août.

Le 26 octobre, les Kenyans se sont à nouveau rendus aux urnes après un jugement de la Cour suprême qui a déclaré inconstitutionnelles les élections du 8 août.

Les tensions étaient vives lorsque le chef de l'opposition Raila Odinga a appelé au boycott des élections renouvelées. Certains de ses partisans ont bloqué l'accès aux bureaux de vote et ont lancé des pierres pour protester.

Mais la plupart des partisans de l'opposition ont manifesté pacifiquement - et beaucoup n'ont pas du tout manifesté. Pour la police, il n'y avait aucune différence.

« À Kisumu, les éléments de preuve que nous avons recueillis donnent une image sinistre des tirs de la police, des agressions barbares et même de pénétration par effraction dans les maisons des personnes soupçonnées d'être des manifestants; mais aussi de ceux qui se trouvaient à proximité des manifestations », a déclaré Nyang'aya dans un communiqué de presse d'Amnesty International. « Des gens ont été grièvement blessés ou abattus alors qu'ils achetaient de la nourriture au marché, rentraient de l'école ou se reposaient chez eux ».

Amnesty International a rapporté qu'au moins deux personnes ont été tuées par la police à Kisumu, pendant qu'un travailleur communautaire et militant a été tué par balle dans le bidonville de Mathare, à Nairobi, le 26 octobre.

La déclaration d'Amnesty ne fait qu'aggraver l'urgence d'un rapport récent de la Commission nationale des droits humains du Kenya (KNCHR). Publié le 9 octobre, le rapport de la KNCHR révèle que 37 personnes ont été tuées à la suite des élections du 8 août, dont 3 enfants. Certains d'entre eux sont morts à la suite de balles réelles tirées par la police, indique le rapport.

En bref

Des caricaturistes d'Accra ont assisté à un atelier organisé par Cartoonists Ghana, en partenariat avec Cartoonists Rights Network International et le National Endowment for Democracy. Les participants ont eu l'occasion de discuter de sujets tels que la diffamation et les droits des personnalités officielles. Ils ont également élaboré des stratégies sur la façon de poursuivre leur travail en toute sécurité, sans compromettre leur droit à la libre expression. Des ateliers comme ceux-ci sont particulièrement importants étant donné que les caricaturistes de la région font déjà face à des contrecoups pour leur travail.

Ramón Nsé Esono Ebalé, un caricaturiste de Guinée équatoriale, a passé son 44ème jour de détention le 31 octobre. Ebalé - mieux connu sous son pseudonyme Jamón y Queso - produit des commentaires critiques sur le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo au travers ses dessins et de son blog,

Au Togo, quatre personnes ont été tuées alors que les forces de sécurité réprimaient les manifestations de l'opposition - parmi eux il y avait un garçon de 11 ans. La violence faisait suite à des mois de manifestations appelant à une réforme politique et à la fin de la « dynastie Gnassingbé ».

En Ouganda, deux rédacteurs en chef de journaux ont été interrogés par la Direction des enquêtes criminelles sur des articles publiés à propos d'un projet de loi visant à supprimer la limite d'âge présidentiel dans le pays. Le rédacteur en chef du Daily Monitor, Charles Odoobo Bichachi et le rédacteur en chef adjoint de Red Pepper, Kintu Richard, ont ensuite été accusés d'un délit de communication/diffamation, selon le Réseau des droits humains des journalistes en Ouganda.

En République centrafricaine, une station de radio communautaire en vue, Radio Mbari, a été contrainte de fermer après avoir été menacée par des groupes armés.

Au Tchad, l'éditeur Juda Allahondoum a été arrêté à la suite d'une histoire qu'il a publiée sur l'implication présumée d'une compagnie aérienne tchadienne dans des livraisons d'armes à la Syrie. Il a ensuite été accusé de « prétendre être journaliste », selon Reporters sans frontières.

Tanzanie

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