6 Novembre 2017

Madagascar: De quel nationalisme veut-on parler ?

analyse

Face à la domination coloniale, les avis sont partagés, surtout parmi les politiques qui se disent nationalistes. À partir d'une étude sur le journal Ny Fandrosoam-baovao, Lucile Rabearimanana lève un pan sur l'histoire politique malgache entre 1931 et 1959 (Revue d'études historiques Omaly sy Anio, N°9 et N°11, 1979 et 1980).

En général, écrit l'historienne, les nationalistes soutiennent que tous les Malgaches, et plus particulièrement ceux des régions côtières, souffrent d'une domination coloniale et que tous aspirent à l'indépendance (lire précédentes Notes). Pour soutenir son opinion, Ny Fandrosoam-baovao de Gabriel Razafintsalama insiste sur « l'existence d'une nation malgache basée sur l'héritage d'une langue, d'une littérature, de souffrances et de gloire... » C'est en tout cas la conviction du PDM, comme du pasteur Ravelojaona pour qui « la nation malgache est une réalité incontestable ». Et pour la sauvegarder malgré la domination coloniale, « il faut en particulier défendre sa langue ».

Lucile Rabearimanana précise que, dans les premiers temps de la colonisation, les nationalistes trouvent dans la langue, la littérature et la culture malgaches « le moyen d'exprimer leur amour pour la patrie ». Et la langue malgache est d'autant plus à préserver qu'elle est remplacée par le français dans l'enseignement, surtout du second degré.

Ny Fandrosoam-baovao spécifie cependant que réclamer l'indépendance ne signifie guère expulser les Français, encore moins abandonner la civilisation française. Le journal ne cesse d'ailleurs de témoigner son attachement à la France. Et « nous nous demandons s'il s'agit d'un opportunisme ou d'une véritable conviction ». Cette question de l'historienne s'explique par le fait que, par crainte de la censure, l'organe de presse fait toujours preuve de modération dans ses prises de position. « Mais plus que cela, cet attachement à la France devait être réel car le journal est le porte-parole de couches sociales tananariviennes qui, en fin de compte, ont bénéficié de la colonisation française. »

L'historienne indique que c'est ce milieu de la bourgeoisie de la capitale qui fournit la majeure partie des cadres autochtones de

l'administration coloniale. Dès le XIXe siècle, elle reçoit une éducation et une formation intellectuelle à l'occidental, grâce aux missions protestantes anglaises. Du reste, la politique coloniale de l'enseignement « n'a fait que confirmer cette avance acquise par les habitants d'Antananarivo dans la mesure où, jusqu'après la seconde Guerre mondiale, les seuls lycées du pays se trouvent dans la capitale ».

C'est également dans la ville des Mille que s'ouvre un embryon d'université. Et on ne peut occulter le fait que la région d'Antananarivo est favorisée sur le plan des infrastructures non seulement scolaires, mais aussi économiques et sociales en général, comme les infrastructures sanitaires, voies de communication...

En outre, les fonctionnaires merina- « privilégiés de la société malgache dont le niveau de vie et le mode de vie diffèrent sensiblement de ceux de la majeure partie des Malgaches »- ne peuvent qu'être attachés à un pays, à une civilisation qui les favorise. Car, met en exergue l'historienne, les membres des couches sociales aisées de la capitale ont adopté cette civilisation française dans leurs croyances religieuses, leurs coutumes, leur mode de vie, leur culture et même leur idéologie.

De plus, ils bénéficient de la présence française du régime colonial dans un autre domaine. « Ils constituent des auxiliaires de la colonisation non seulement en se faisant fonctionnaires, mais encore en tant que planteurs, collecteurs et commerçants.» Disséminés dans tout le pays, ils sont intégrés dans le circuit de traite, collectant les produits d'exportation destinés aux grandes compagnies de commerce et vendant au détail les denrées de première nécessité pour les populations locales. Enfin, les rares Malgaches qui peuvent participer à la direction des affaires politiques du pays, se recrutent parmi cette bourgeoisie tananarivienne. « Mais cet attachement à la France exclut-il l'aspiration à l'indépendance ? »

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